Sommaire

LES SOCIETES

économie - politique - culture

formation sociale

 

Sous le titre général La Société, j'ai publié, de 1977 à 1983, six volumes de macrosociologie. Ces livres procédaient d'une recherche en quelque sorte rétrospective. J'étais parti des sociétés existant au 20è siècle en les distinguant selon l'axiome société implique Etat et réciproquement, pour en analyser les structures sous les angles économique, politique et idéologique. A l'aide des données établies par les diverses sciences sociales, j'avais prolongé rétroactivement ces analyses aussi loin qu'il se pouvait en l'état de ces sciences. Puis j'avais testé les résultats analytiques ainsi établis, en les assemblant en une représentation globale des sociétés (en tant que formations sociales) dans le système mondial qu'elles composent et qui les contient.

 

Toutefois, ce rappel caractérise l'investigation que j'avais menée, non l'exposé de ses résultats, dans les ouvrages publiés.1 Le lecteur inattentif pourrait s'y tromper, s'il prenait La Société pour un ouvrage "historique", alors qu'il s'agissait de refonder et d'exploiter la macrosociologie.La présente note revient sur ces ouvrages, non pour les résumer, mais pour critiquer et prolonger leurs résultats.

 

 

L'analyse des structures économiques (tome 2) m'a permis de dresser une typologie des formations économiques, lesquelles articulent généralement plusieurs modes de production. Chaque mode de production assemble des propriétaires et des travailleurs utilisant certains moyens de travail, dans les limites assignées par une relation de propriété bien définie et selon les modalités de la relation de production en vigueur. Les typologies des cinq éléments qui concourent ainsi au bâti de tout mode de production et les liaisons attractives ou répulsives qui existent entre ces éléments ont servi à dresser une nomenclature des modes de production, déployable autant qu'il convient aux études les plus détaillées, mais condensable pour la commodité des recherches synthétiques. Ces données ont été rendues agrégeables par l'étude des articulations économiques2 grâce auxquelles les modes de production sont associés en formations économiques dont la typologie a pu être, elle aussi, détaillée.

 

Les structures économiques ainsi analysées couvrent toute l'histoire sociale, des formations les plus primitives jusqu'aux innovations dont le 20è siècle a été prodigue. Du coup, le tome 2 de La Société appelle déjà quelques compléments et révisions. S'agissant des moyens de travail, il a correctement anticipé la portée de la révolution informatique qui excédera de beaucoup les bouleversements dûs à la révolution industrielle. Toutefois, il conviendrait d'apprécier l'effet des moyens de travail informatisés sur le trend potentiel de la production et de toutes les activités qui concourent à la formation du PIB.3 Il est probable qu'après le faisceau étroit des taux de croissance fragilement sous-tendus par les outils d'avant la révolution industrielle (nettement moins de 0,5 % par an) et le faisceau déjà plus large des taux procurés par cette révolution (autour de 2 % l'an ?), nous sommes entrés dans une période où la diffusion de la révolution industrielle déplacera les potentiels de croissance vers des niveaux bien supérieurs (au moins 4 % l'an ?). Encore faudrait-il substituer à ces chiffres incertains des moyennes précisément évaluées, couvrant pour chaque période l'aire effectivement conquise par les moyens de travail à considérer. Sous un autre angle encore, l'exploration des potentialités créées par la révolution informatique devrait s'enrichir d'un repérage de plus en plus méthodique des gabegies qui accompagnent sa diffusion. Déjà, la révolution industrielle avait transformé et gonflé les rentes de toute sorte, permis l'enflure des budgets étatiques et élargi le champ de la consommation somptuaire. Désormais, ces mêmes traits vont s'amplifier - sauf freinage politique - et de plus, certains autres défauts de la production capitaliste et de la société qu'elle irrigue risquent de s'épanouir : rigidités d'une organisation du travail régie par le fonctionnement du capital fixe, excroissances multiples de la "production de la demande", enflures de l'économie financière, etc.

 

Parmi les formations économiques, les modèles prépondérants des années 1950-80 ont subi des transformations très contrastées. L'internationalisation des formations centrales, de type capitaliste-monopoliste, s'est puissamment accélérée, avec des effets que l'on retrouvera en traitant des systèmes mondiaux. De son côté, le modèle domanial-étatique-capitaliste - qui est très répandu en Amérique latine, en Asie et, de façon souvent plus embryonnaire, en Afrique - n'a subi qu'une seule transformation majeure. Non pas du côté domanial, tant les réformes agraires ont été rares depuis vingt ans, tandis que, dans divers pays à commencer par le Brésil, les latifundia continuaient de se multiplier; ni même principalement du côté du mode de production capitaliste d'Etat, car son reflux manifeste, n'a guère écorné les secteurs extractifs, générateurs de rentes pour les budgets étatiques, tandis que les protections et autres leviers de l'articulation capitaliste d'Etat subsistaient vaille que vaille4. Mais bien par l'ouverture de plus en plus fréquente aux banques et opérateurs financiers en provenance des économies capitalistes-monopolistes : d'où des crises financières; à retrouver dans l'examen des systèmes mondiaux, en raison de leurs contaminations.

 

Quant au troisième modèle, celui des formations étatiques-socialistes, il a été presque totalement ruîné. Pressentie par les tomes 5 et 6 de La Société,5 cette ruîne a été analysée à vif par Le monde au 21è siècle (1991) et ses suites ont commencé d'être explorées dans L'avenir du socialisme (1996). Tous ces ouvrages ont insisté sur le fait que la transformation des formations étatiques-socialistes serait un processus de longue haleine et de portée différenciée, voire incertaine. Tel est bien le cas en 1999 et pour longtemps encore. En Europe centrale, les pays où le mode de production capitaliste s'était déployé jusqu'en 1940-45 ont retrouvé leur ancienne trajectoire, non sans une longue transition (encore inachevée) dûe aux réticences des classes salariées et des bénéficiaires de l'égalitarisme et du modeste welfare local, au déficit de l'épargne locale et aux tâtonnements circonspects du capital étranger. En mineur, les pays baltes ont essayé d'évoluer de même et ils y parviennent cahin-caha. L'Allemagne de l'est, curetée sans ménagement, puis arrosée d'abondantes subventions budgétaires, tarde néanmoins à se fondre dans le paysage allemand, après avoir été brutalement exposée à la concurrence marchande de l'ouest. Son retard est souligné par sa résistance culturelle diffuse : c'était une société organisée autrement que l'ouest et sa banalisation germanique requerra encore du temps. De son côté, l'Europe balkanique a régressé vers un capitalisme primitif, et pas seulement dans l'ex-Yougoslavie déchirée de guerres nationalitaires. Malgré les bavardages sur l'incorporation des pays de cette région dans l'Union européenne ou même dans l'OTAN, il faudra plusieurs décennies pour que le capitalisme y atteigne un degré suffisant de stabilité et de modernité.

 

On pourrait émettre un pronostic semblable pour la Russie, qui peine à répartir ses terres kolkhoziennes, à réagencer ses mammouths industriels - peu appêtissants pour les firmes multinationales, hormis les secteurs miniers et pétroliers - et à établir les normes juridiques, comptables et financières d'une économie pleinement marchande. Mais ici, deux circonstances de valeur contraire rendent le pronostic incertain : d'une part, ce pays flanqué d'excroissances biélorusse et ukrainienne de pérennité douteuse, doit gérer un ensemble complexe de révoltes ou de résurgences nationalitaires; d'autre part, ce pays exsangue est néanmoins riche d'énormes ressources naturelles et humaines qui continuent d'en faire une grande puissance virtuelle et réveillable. Rongée par les basses oeuvres du capital marchand et anesthésiée à grand renfort de crédits internationaux dérogeant aux normes du FMI, la Russie connaîtra sans doute un réveil politique dangereux, car sa langueur ne pourra pas s'étaler sur autant de décennies qu'il en faudra aux Balkans pour entrer dans le 21è siècle.

 

La novation la plus originale est celle de la Chine où, dix bonnes années avant la perestroika gorbatchévienne, la réforme agraire amorcée après 1949, puis avortée à l'époque des communes populaires a pu reprendre son cours. "La terre aux paysans" a donné à l'économie chinoise un réel élan, tout en asseyant solidement le régime de Deng Xiaoping. Dès lors, la maturation des zones économiques spéciales a pu acclimater un mode de production capitaliste au sein de la formation économique chinoise. Néanmoins, la Chine peine à vaincre les lourdeurs du mode de production étatique-socialiste survivant, notamment pour résorber l'endettement des combinats industriels. C'est peut-être dans la gestion de l'exode rural énorme qui la travaille depuis les années 1970 et qui persistera pendant plusieurs décennies encore, que la Chine affronte sa difficulté principale.

 

Tout bien considéré, je suis enclin à maintenir le pronostic suggéré par les ouvrages précités : une dérive des formations étatiques-socialistes vers le modèle domanial-étatique-capitaliste est vraisemblable. Autrement dit la Chine rejoindra le chemin que la Corée du sud, Taïwan et surtout le Japon ont suivi de la fin des années 1950 au début des années 1990, mais elle empruntera cette voie à sa manière et à son échelle. Il faudrait détailler les cas particuliers de Cuba, de la Corée du nord et des sociétés indochinoises, pour justifier l'idée qu'en ces divers cas, la même dérive aura lieu, tout comme elle s'appliquera dans la plupart des anciennes républiques soviétiques. Par contre, la Russie elle-même me paraît avoir quelques chances de se convertir en une formation capitaliste-monopoliste, après plusieurs décennies de convulsions...

 

 

Dans La Société, l'analyse des Appareils (tome 3) et des Classes (tome 4) a précédé et préparé celle des formations politiques et idéologiques. L'ensemble des appareils a été étudié d'un même élan, sans se soucier prématurément de leur forme apparente (entreprise, administration, église, parti, etc.), ni de leurs rapports avec le pouvoir d'Etat. De ce fait, les appareils à vocation idéologique qui, à l'instar des églises, sont parfois inclus dans l'appareil d'Etat et parfois libérés ou exclus de cette dépendance étatique directe, ont pu être étudiés dans leur continuité historique propre. De même, les entreprises économiques qui déploient leur activité à des fins idéologiques sur le marché (telles les compagnies cinématographiques) ou au coeur de l'appareil d'Etat (à la manière de certains medias), ont été examinées sans revenir sur leur appartenance inéluctable à l'un des modes de production précédemment définis.

 

Pour discerner les appareils, une nomenclature a été établie en respectant les règles suivantes : faire en sorte que la totalité des appareils ayant existé en quelque société que ce soit puisse être prise en considération; tenir pleinement compte de la division du travail à mesure qu'elle différencie ou autonomise les appareils à considérer; sous cette double contrainte, concentrer le plus possible la nomenclature visée. Ainsi ont été étudiés distinctement des ensembles dénommés : armées, finances, affaires locales, affaires étrangères, affaires économiques, contrôle idéologique, églises, juridico-judiciaire, écoles, arts et loisirs, associations, assistance, recherche, édition, publicité, entreprises et noyau. Par entreprises, il faut entendre uniquement les firmes (de toute sorte) en tant qu'elles opèrent un travail idéologique tourné vers leur propre personnel. Quant au noyau, il désigne l'appareil gouvernemental qui s'étoffe au coeur de l'appareil d'Etat.

 

Toutes les catégories d'appareils ainsi distinguées ont été examinées de façon à repérer leurs formes spécifiques au fil de l'histoire, puis à discerner les ressources financières et techniques6 dont chacune de ces formes a pu bénéficier. Les repères ainsi établis - à l'aide de toutes les données que les sciences sociales rendaient disponibles - ont permis de grouper les appareils élémentaires en ensembles complexes, aptes à fonctionner conjointement dans une société satisfaisant à leurs conditions d'existence. La question de savoir si telle forme de tel appareil, à vocation idéologique prédominante, est ou non un appareil d'Etat a été tranchée selon son degré d'autonomie vis-à-vis du pouvoir d'Etat.

 

Le repérage global des appareils ainsi organisé a permis d'étendre l'analyse des classes sociales à l'ensemble de la population d'une société, à tout niveau de développement. En effet, cette population totale se partage entre les modes de production et les appareils qui fonctionnent dans la société considérée 7,1à quoi s'adjoignent les dépendants directs ou indirects de ces "actifs". Dès lors une analyse portant successivement sur chaque mode de production et sur chaque ensemble d'appareils élémentaires a permis de repérer les potentiels de classes dont ces éléments sont porteurs. Comme les ensembles d'appareils sont associables, de façon sélective et repérable, aux diverses formations économiques discernées par l'analyse économique précédente, l'examen de l'ensemble des potentiels de classes existant dans une formation sociale donnée est ainsi devenu accessible : il dénote le potentiel de luttes de classes dont cette société est porteuse.

 

A plusieurs reprises, le terme potentiels a été associé aux analyses en termes de classes qui viennent d'être évoquées, pour souligner ceci qui est essentiel : les statuts de classes dont la place est nécessairement inscrite dans la structure des formations économiques ou des appareils étatiques et idéologiques qui les accompagnent ne permettent pas de préjuger des formes politiques sous lesquelles ces potentialités se manifestent, ni des formes idéologiques selon lesquelles les hommes ainsi classés objectivement reconnaissent (ou méconnaissent) leurs statuts. Il appartient à l'analyse des mêmes sociétés, considérées successivement dans leur structure politique et dans leur structure idéologique, de déceler les formes et les effets des transformations qui actualisent ces potentiels. Sans doute faut-il également souligner que les potentiels en discussion ne sont pas des virtualités, des êtres de raison qui prendraient corps ou non, sous des conditions à élucider. Les potentiels de classes-statut existent bel et bien et s'imposent avec une force quasi géologique aux sociétés humaines qui s'activent en surface et qui souvent ignorent8 les séismes et les éruptions volcaniques dont elles sont menacées, même si des geysers ou des solfatares en manifestent la menace. Cet écart entre les profondeurs et la surface tient au fait que le rythme des transformations structurelles des sociétés n'est nullement corrélé aux durées ordinaires de la vie humaine. La sagesse, "à vues humaines" qui inspire la plupart des activités politiques et idéologiques conforte cet écart, pour le plus grand confort des classes pour qui l'ignorance commune des statuts de classe est un gage de "paix sociale". Aussi convient-il d'analyser les structures politiques et idéologiques en prêtant plus d'attention à ce qu'elles confortent qu'aux dires de ceux dont elles rendent la vie confortable.

 

 

Ainsi préparée, l'analyse des structures politiques a pu se déployer (tome 5) en accordant aux Etats la place centrale qu'ils occupent très souvent, mais sans ignorer la foule, finalement immense, des pouvoirs qui s'autonomisent aux côtés des Etats. L'ensemble des pouvoirs, étatiques ou non, constitue la formation politique, laquelle est la représentation la plus synthétique que puisse produire l'analyse politique de chaque société Etat. Cettte formation marie une certaine société civile avec un Etat dont le type est défini par la nature spécifique du pouvoir d'Etat et par l'appareil d'Etat via lequel ce pouvoir s'exerce. En chaque société, le pouvoir d'Etat donne réponse à une question centrale : comment contenir le potentiel de luttes de classes (dûment repéré) dont cette société est porteuse ? autrement dit : comment assurer l'ordre public ? Cas par cas, une certaine forme de domination politique répond à ce besoin. Du coté de l'appareil d'Etat, la connexion avec cette domination politique s'établit aisément, puisque les investigations précédentes ont déjà établi les normes de coexistence d'une formation économique et d'un tel appareil, repérant ainsi l'assise de tout le système des classes sociales dans la société considérée.

 

L'étude de la société civile requiert une autre approche. En effet, plus la société se développe et plus se multiplient les entreprises, les associations, syndicats et partis de toute sorte, les églises sécularisées et tous les autres centres de pouvoirs autonomes vis-à-vis de l'Etat. Une complication supplémentaire résulte des marges d'autonomie qui se construisent dans l'appareil d'Etat lui-même, que ce soit par dysfonctionnement du pouvoir d'Etat ou par l'effet de traditions provinciales, de présences syndicales ou d'autres facteurs encore. Le système parlementaire (lequel inclut, l'ensemble des assemblées délibérantes de tout niveau) rend mieux visibles les institutions qui l'utilisent pour infléchir les activités étatiques (de tout niveau). Mais il complique également l'analyse, puisque ce système peut être à la fois l'expression de la société civile dans l'Etat et l'une des agences de l'Etat opérant sur la société civile. Pour toutes ces raisons, le repérage des divers types de société civile n'a pas été entrepris par une procédure d'inventaire, semblable à celle qui a permis de distinguer les divers types d'appareils d'Etat, mais bien par l'évaluation de l'espace où la société civile peut se déployer, selon l'organisation politique plus ou moins souple et libérale de la société considérée.

 

Les nomenclatures qui détaillent cette théorie des Etats et des formations politiques ont été validées, pour l'essentiel, par les décennies 1970 à 1990. Les remarques aujourd'hui formulables ont valeur de compléments plus que de corrections.La domination lignagère, caractéristique des sociétés les plus "primitives", a été validée - mais non détaillée - par mes recherches ultérieures sur les peuples. Elle correspond, en effet, au vaste ensemble des sociétés tribales, de leurs éclats divers et de leurs confédérations. Les arrière-plans tribaux de ces dominations survivent sous des formes variées dans certains au moins des Etats plus complexes que les confédérations tribales. Par filiation réelle ou symbolique, ils prennent la forme de dynasties régnantes ou propriétaires; ou bien celle de familles élargies (claniques ou gentilices) dont la solidarité interne, dûment agencée, assure le succès marchand, professionnel ou politique, fût-ce sur plusieurs générations et à longue distance. Ils entretiennent également les réservoirs de fidélités où se recrutent les gardes rapprochées, les officiers généraux ou même les ministres principaux de maints Etats. On en trouve aussi l'écho dans les bandes ou mafias organisées en vue d'activités délinquantes ou criminelles; etc. Toutes séquelles et reviviscences dont la fin du 20è siècle atteste l'actualité, non seulement dans les Etats qui se délitent, de l'Afrique à l'URSS , mais aussi dans les formations politiques solides et stables où, des bas-fonds aux sommets du pouvoir, ces archaismes perdurent parfois sous des allures modernisées.

 

Hormis le plus gros de l'Afrique et quelques régions reculées d'Asie, trois types d'Etat prévalaient durant les années 1970-80. Deux ont survécu non sans modifications, le troisième s'efface difficilement.Les Etats de base capitaliste développée - c'est-à-dire les Républiques bourgeoises dites II - ont certes perdu beaucoup des attributs du capitalisme d'Etat en matière de production, de banque ou de finance, mais leur structure essentielle n'a pas (encore ?) été transformée pour autant, car les 30 à 45 % du produit intérieur brut qu'ils prélèvent et dépensent ou redistribuent requièrent toujours une domination interventionniste lourdement appareillée. Néanmoins leur régression vers une domination simplement libérale progresse, à l'instar des Etats-Unis, non par un retour vers l'Etat gendarme à la façon du 19è siècle, mais par l'établissement ou le renforcement d'administrations décentralisées et différenciées, par le reflux des services publics, assorti d'un "dégraissage" de divers appareils d'Etat, bref par une débilitation des capacités administratives directement associées au capitalisme d'Etat, tandis que les tâches éducatives, sécuritaires et redistributives continuent de requérir des moyens substantiels, voire accrus. En somme, le nouvel Etat gendarme est plus riche que jamais, en bâtons comme en carottes, car l'âne a grandi : entendez que les classes, malgré leur diffraction organisationnelle et identitaire, sont plus éclairées, revendicatives et vindicatives que jamais et qu'il faut de grands moyens séducteurs ou répressifs pour les contenir. On en jugera mieux, si la crise financière mondiale, amorcée de 1971 à 1987, peu à peu enflée, mais encore mobile de 1987 à 1997, et qui a commencé de se généraliser en 1997-98, débouche sur une crise économique et politique générale, laquelle pourrait être aussi dramatiquement novatrice que la crise des années 1930...

 

En tout cas, cette crise a déjà secoué la plupart des Etats soumis à une domination militaire-nationalitaire, elle-même diversifiée selon les péripéties ou les drames de la décolonisation.9 La persistance ou l'extension de la grande propriété foncière, la rudesse néo-coloniale des puissances impérialistes, les spasmes de l'industrialisation capitaliste et de la maturation nationale ont empêché ces Etats de se transformer substantiellement, malgré le rabotage (encore partiel) de leur capitalisme d'Etat et malgré les "aspirations démocratiques" de leurs minorités "en voie de modernisation".Faute d'une suffisante transformation de leurs campagnes profondes, d'une canalisation utile de leur surcroissance urbaine et d'une scolarisation massive relativisant leurs traditions culturelles propres, ces Etats gardent des caractéristiques bien différentes de celles des républiques de style occidental : domination violente sans réel exutoire électoral; associations, syndicats et partis tenus en laisse; welfare modeste ou rudimentaire; persistance des liens familiaux-claniques; cloisonnement marqué des stratifications sociales; etc. Même le Japon qui est sorti de cette catégorie d'Etats, depuis un demi-siècle déjà, garde une bonne part de ces caractéristiques antérieures à la révolution démocratique bourgeoise, ce qui complique considérablement le traitement local de la crise financière. Plus ou moins vite, selon la portée future de cette crise financière, ces Etats devront passer par une crise politico-culturelle, de forme et intensité variables selon les particularités régionales, pour créer leurs variantes propres d'Etats démocratiques-bourgeois ou pour amorcer quelque novation majeure...

 

Par contre, la crise hégémonique attendue des Etats assis sur une base étatique-socialiste s'est effectivement amorcée au cours des années 1980,10avant de se déployer en une crise politique qui a mis fin, sans convulsions majeures, à ce type d'Etat. Si l'on néglige les exceptions cubaine et surtout nord-coréenne, la transformation de l'ancien "socialisme réel" s'oriente selon deux axes : celui des pays d'Europe centrale et orientale, naguère plus ou moins accoutumés au capitalisme et même à la démocratie bourgeoise, qui ont retrouvé leur trajectoire ancienne; et celui des pays de l'ex-URSS et des Balkans, dépourvus d'une telle expérience, qui se réorganisent en crise et sans projet. Les Etats du pourtour du Caucase et de la Caspienne relèvent du second groupe, non sans variantes locales dûes aux particularités historico-culturelles antérieures et à l'intensité des compétitions pétrolières internationales.

 

L'incertitude, quant au(x) type(s) d'Etat qui émergeront de ce second groupe tient aux particularités locales (richesses du sous-sol; acuité des poussées nationalitaires; ampleur des rémanences tribales ou domaniales; etc.) plus qu'aux traits communs qui, parfois les surclassent, en Russie notamment : poids des équipes de l'ancien parti dominant, y compris l'armée et la police; poids des dirigeants de kolkhozes, de combinats, etc, demeurés en place, avec ou sans "privatisation"; puissantes nostalgies de l'égalitarisme ancien, aiguisées par les troubles et les misères d'une transition chaotique vers on ne sait quoi; etc. Comme les classes liées au capital marchand, à certains appareils idéologiques, à la petite production artisanale et parfois agricole sont les seules à prendre déjà tournure, on ne peut encore apercevoir à quelle structure de classes dominantes et dominées, ce(s) Etat(s) devront s'ajuster, si bien que la transition mêle beaucoup de passé lentement pourrissant avec un peu d'avenir aux contours souvent indécis. Ce terrain est propice à une domination militaire, de forme comme de fond, assortie d'une forte dimension nationalitaire.

 

La Chine où la conversion des cadres politiques et militaires en patrons et cadres de l'économie va bon train, ne peut être rangée dans les groupes précédents en raison de ses rythmes propres et de ses orientations à demi originales.11 Les interrogations politiques majeures du premier 21è siècle concernent son avenir politique : souffrira-t-elle de tensions centrifuges que sa modernisation accentuera ? fera-t-elle éclater l'appareil centralisateur dirigé par le parti communiste ? ou bien, d'erreurs en essais et de réformes en crises, donnera-t-elle naissance à un nouveau type d'Etat et de formation politique ?

 

 

Avant d'en venir à l'analyse des structures idéologiques, une précsion peut être utile. La formation économique mise en lumière par une analyse visant la société tout entière, mais sous l'angle de ses seules activités économiques, n'épuise nullement l'étude de ces activités. Elle montre dans quel moule social celles-ci se déploient, mais d'autres visées qui atteignent parfois une dimension macrosociologique, permettent de caractériser ces mêmes activités sous d'autres angles, par exemple, pour mettre en évidence la population active d'une société ou son produit,12 etc. De même, la formation politique caractérise le moule social qui modèle les activités politiques de la société tout entière, cependant que d'autres concepts, plus ou moins enveloppants peuvent être avancés pour embrasser la vie politique. Dans l'état présent des sciences politiques, aucun n'atteint au degré de généralité des notions macroéconomiques, quoique, dans certaines de ses acceptions les plus générales, le concept de régime politique13soit parfois présenté comme tel. Encore faut-il interpréter correctement la métaphore du "moule" qui vient d'être utilisée deux fois de suite et qui pourrait l'être également pour la formation idéologique : ce moule désigne des structures sociales, de nature tout-à-fait contraignante, mais néanmoins déformables de par l'activité du ou des peuples inscrits dans la société considérée, c'est-à-dire de par les luttes de classes - expresses ou latentes, directes ou dérivées - qui travaillent ce(s) peuple(s).

 

Les recherches anthropologues poursuivies par diverses sciences sociales ont élaboré un concept de culture qui peut envelopper l'ensemble des activités inscrites dans la formation idéologique d'une société donnée, si du moins on accepte d'étendre ce concept, des sociétés courtes et "primitives" auxquelles il est souvent appliqsué, aux sociétés vastes, complexes et "modernes" auxquelles il est encore trop rarement étendu. Pour ma part, je tiens que l'idéologique et le culturel sont deux termes équivalents en extension, mais je consacre le premier à l'analyse des structures sociales dans lesquelles les hommes se représentent le monde (réel et imaginaire) où ils vivent, tandis que je fais usage du second pour désigner les pratiques et les représentations diversement matérialisées qui concrétisent ces activités14.

 

S'agissant, donc, des structures idéologiques (tome 6), il importe de ne pas les réduire aux seuls apparels idéologiques dont chacun se construit un champ d'action et qui, tous, rivalisent entre eux, tant pour élargir et retenir leurs publics respectifs, qu'en raison de leur spécialisation elle-même. Ainsi, par exemple, l'appareil juridico-judiciaire dérange forcément les églises, car le droit et le dogme se marient mal. Et ainsi de suite, autant qu'il est d'appareils, sauf à contrôler ceux-ci par des moyens politiques où le budget, la police, la censure et bien d'autres instruments sont appelés en renfort. Considérés dans leur ensemble, ces appareils ne détiennent jamais le monopole de l'activité idéologique, loin s'en faut, car avant leur apparition, comme après leur déploiement, la population tout entière est elle-même génératrice d'une incessante turbulence idéologique. Cela commence quand chaque mère apprend l'art de vivre à son enfant, notamment en l'initiant à un "langage maternel" qui est toujours une représentation du monde, une Weltanschauung, aussi étriquée soit-elle. Cela se poursuit, pour chaque individu, dans tous les groupes et tous les sites où toute sa vie s'inscrira et où il sera pris, activement et passivement, dans l'incessant brouhaha de la société.

 

Pour synthétiser cette activité idéologique de tout un chacun, deux approches sont nécessaires. L'une est de toujours se souvenir que tous les hommes, y compris ceux qui s'activent dans un appareil spécialisé, participent de cette turbulence idéologique populaire et banale. Les idéologues professionnels des écoles, des églises, des tribunaux, des théatres et de tous les autres appareils sont immergés, comme tous leurs contemporains, dans le bain culturel banal qui est celui de leur commune société. L'autre approche revient à considérer la population totale, non pas comme une poussière d'individus agités d'une sorte de mouvement brownien idéologique, mais bien comme un réseau de groupes de convivance dont les formes successives déterminent et délimitent les capacités idéologiques exercées hors les appareils et les champs idéologiques spécialisés15 L'analyse des groupes de convivance et de leur réseau a été détaillée, de la communauté la plus rudimentaire aux sociétés les plus complexes, cependant que les attaches de chaque forme de réseau avec les autres structures sociales ont été repérées.

 

Pour chaque société, il apparaît ainsi qu'un réseau de forme et de capacité bien définie et un ensemble d'appareils idéologiques dûment typifié sont associés dans la formation idéologique caractéristique de la société considérée. En aucun cas, il ne s'agît là d'une sorte de juxtaposition d'éléments disparates, car la domination politique qui assure l'ordre public dans la société ne peut jamais se désintéresser des activités idéologiques. Que ce soit par le canal d'une église tutélaire, par l'établissement d'un rigoureux appareil de contrôle idéologique ou par d'autres voies plus subtiles, le potentiel de luttes de classes qui fonde la domination politique s'exprime également par une relation d'hégémonie idéologique. Pour qui voudrait se représenter concrètement ce qu'une telle relation signifie, il n'est sans doute pas de meilleure lecture à recommander que l'ouvrage magistral de Lucien Febvre : Rabelais ou le problème de l'incroyance au 16è siècle. Mais pour qui s'intéresse à la série historique des formations idéologiques, il faut prêter attention aux repérages détaillés par le tome 6 de La Société.

 

L'analyse des structures idéologiques permet de comprendre ce que culture veut dire. Dans sa plus grande généralité, ce terme désigne le discours social total, c'est-à-dire l'ensemble des pratiques et représentations par lesquelles les hommes d'une société expriment ce qu'ils savent de leur monde réel et imaginaire et ce qu'ils y font Dans ce discours total, certains appareils idéologiques s'efforcent de survaloriser, comme "culture" véritable, divers éléments de leurs discours propres : tels savoirs scolaires, telle connaissance des arts, tel goût musical, théatral ou autre, etc. A ces conceptions élitiquement restrictives, la prise en considération des activités idéologiques du réseau des groupes de convivance permet d'opposer une toute autre visée, celle d'une culture populaire qui, dans sa conception la plus extensive, n'est autre que le coutumier de la vie quotidienne, le savoir-faire, savoir-dire, savoir-vivre dans lequel les membres d'une même société se reconnaissent et grâce auquel ils règlent leur existence. Autrement dit le discours social total qu'est la culture d'une société entremêle les éléments inégalement sophistiqués que les appareils idéologiques s'efforcent de répandre et le discours social commun où ces éléments pénètrent plus ou moins, non sans s'y déformer.

 

  

Au demeurant, les formations que décèlent les analyses spécialisées ne décrivent jamais des concrétions réelles, des morceaux de société effectivement séparés ou séparables. L'objet réel que ces formations décomposent analytiquement doit être recomposé en une représentation globale, c'est-à-dire en une formation sociale qui donne une image théorique synthétisant la société soumise à examen. Les repères objectifs multiples que les analyses spécialisées ont mis en lumière donnent toutes les prises nécessaires pour raccorder entre elles les formations identifiées par ces analyses, si, toutefois, leur cohérence spatio-temporelle est elle aussi, garantie, ce qui n'est pas automatiquement le cas. En effet, l'axiome société Etat qui a permis d'organiser ma recherche ne correspond pas toujours à la réalité.

 

En maintes occasions, ma recherche a montré, au contraire, que la congruence des structures économiques, politiques et idéologiques qui caractérise les sociétés tribales (ou "primitives") ne se retrouve, au fil de l'histoire, que dans les sociétés organisées autour d'un type d'Etat nationalitaire, lesquelles sont dotées d'une formation économique convertie en marché national par leur Etat, qui s'emploie, par surcroît, à unifier la formation idéologique en "nationalisant" toute sa population. Les sociétés européennes et américaines des 19è et 20è siècles se sont rapprochées de cet Idealtype, mais sans l'atteindre, car des isolats retardataires et des excroissances coloniales ont souvent compliqué leur organisation. Auparavant, la quasi coincidence spatiale des formations économiques, politiques et idéologiques n'a jamais pu s'observer dans les empires de toute sorte,16 mais a parfois été atteinte ou approchée dans les Etats plus courts, logés aux marges de ces empires ou lentement mûris au bénéfice d'une territorialisation bien établie.

 

Il faut donc remplacer l'axiome initial par un simple ancrage méthodologique partant du fait qu'en toute société non "primitive", l'Etat affirme sa domination sur une population dont la ou les formation(s) économique(s) et idéologique(s) sont subordonnées à la formation politique qu'il surplombe. Savoir s'il existe une ou plusieurs formations économiques ou idéologiques dans l'aire ainsi contrôlée est une question de fait à traiter cas par cas. Les typologies analytiquement établies permettent d'identifier les propriétés spatiales des formations ainsi décelées, y compris les capacités plus ou moins enveloppantes des formations politiques elles-mêmes. En outre, l'examen des systèmes mondiaux offrira plus loin l'occasion de revenir sur ce point qui est toujours résolu, de fait, par l'interaction d'Etats, eux-mêmes soumis à d'éventuelles pressions économiques ou idéologiques internationales.

 

 

Pour apprécier la capacité intégrative des Etats et pour comprendre le fonctionnement des systèmes mondiaux, les logiques sociales révélées par les diverses analyses dont La Société rassemble les résultats sont de grande utilité. D'une part, en effet, une logique économique sourd de chaque formation économique, si bien que, dans un système mondial donné, la ou les formation(s) les plus développées font prévaloir leur logique propre. La grande transformation étudiée par Karl Polanyi marque le passage d'une logique fondée sur la production traditionnelle de valeurs d'usage à une logique beaucoup plus brutale où seule compte la valeur d'échange des marchandises, ce qui a pour effet, notamment, de convertir l'emploi de la terre et l'utilisation de la force de travail en pures et simples marchandises,17au grand dam des relations sociales antérieures. Les tentatives de socialisme étatique et même de capitalisme d'Etat (plus ou moins keynésien) esquissées au 20è siècle n'ont pas réussi à faire mûrir la logique économique nouvelle dont elles portaient la promesse, si bien que le système mondial actuel est soumis, plus brutalement que jamais, à une logique de la valeur d'échange qui ignore les frontières.

 

La logique économique a pour répondant une logique idéologico-politique qui exprime le poids de la contrainte exercée par la domination politique et l'intensité du consentement à l'ordre établi, assuré par l'hégémonie idéologique. Tout en exprimant une idée qui, de Machiavel à Weber, est riche de précédents, Gramsci a fort bien montré que la contrainte et le consentement sont complémentaires, en ce sens que l'atténuation de l'un entraîne le renforcement de l'autre. Toutefois cette dialectique générale se manifeste sous des formes variables, selon le type d'Etat en vigueur, la densité de la société civile et la richesse des appareils idéologiques (y compris les associations à finalité politique). L'analyse de ces formes montre que, dans les systèmes mondiaux capitalistes des 19è et 20è siècles, la logique idéologico-politique de l'Etat-nation, mûrie dans les sociétés centrales, a commencé de gagner les sociétés naguère colonisées ou soumises à la tutelle d'une puissance étatique-socialiste. D'où cette contradiction majeure du système mondial aujourd'hui en vigueur : la logique économique prédominante soutient une mondialisation du capitalisme qui ne cesse de la renforcer, tandis que la prolifération des Etats indépendants, tous enclins à nationaliser le ou les peuples qui les habitent, produit une ample moisson d'Etats-nations que la mondialisation économique place en porte-à-faux. Autant dire que le monde actuel est gravement instable.

  1- Pour embrasser l'ensemble de ces résultats, il faut adjoindre aux six tomes de La Société, Le Monde au 21è siècle, publié en 1991, et L'Avenir du socialisme, publié en 1996

2- Tribut, rente, capital marchand et marché de plein exercice, monnaie, crédit, capital financier, impôt et sa dépense, interventions étatiques de caractère colonial, capitaliste ou socialiste.Le concept de produit intérieur brut (PIB) est à rénover pour tenir compte du foisonnement informatique, mais aussi de la poussée des firmes multinationales

3- Le concept de produit intérieur brut (PIB) est à rénover pour tenir compte du foisonnement informatique, mais aussi de la poussée des firmes multinationales.

4- La réorganisation imposée par l'Etat aux chaebols coréens atteste de cette persévérance.

5- Publiés en 1981 et 1983 - et préparés durant les années 1970, comme l'ensemble de l'ouvrage.

6- Les principales ressources techniques à considérer sont les moyens de travail déjà disponibles, notamment les modes de transmission utilisables à partir du moment où l'écrit s'adjoint à la parole, etc.

7- Les doubles emplois résultant du statut économique de certaines formes d'appareil sont à éliminer, comme il se doit.

8- Ou déifient ou transposent de mille autres manières.

9- Ou, dans le cas de l'Amérique latine, de leur relative autonomisation vis-à-vis des Etats-Unis.

10- Plus tôt, même, en Europe de l'est.

11- Plus vite entrée en réforme aprés les crises du "grand bond en avant" et de la "révolution culturelle", mais (prudemment ?) déviée vers une novation économique majeure précédant une très lente évoluition politique.

12- Produit qui sera dit brut ou net, intérieur ou national, etc. selon les méthodologies qui règlent sa comptabilisation. Ainsi le PIB, souvent utilisé, est un produit intérieur brut.

13- A ne pas confondre avec la notion, plus étroite, de forme de régime qui embrasse seulement certaines des caractéristiques fonctionnelles du gouvernement, du Parlement, des élections.

14- En discutant, plus loin, de l'axiome liant une société à un Etat, je reviendrai sur l'extension des divers types de formations que l'analyse peut distinguer.

15- Eux-mêmes pénétrés de toutes parts par le réseau banal.

16- Gramsci les considère comme des "blocs mécaniques de peuples".

17- A la terre et au travail, Polanyi adjoint la monnaie, ce qui est une erreur, dans une période où précisément la monnaie achève de s'émanciper de toute marchandise matérielle, pour devenir une pure relation sociale - dont la gestion politique est des plus délicates.


MACROSOCIOLOGIE / INTERVENTIONS / LA SOCIETE
 MACROSOCIOLOGIE Principes / Peuples/ Sociétés/ Systèmes mondiaux / Civilisations / Problèmes