LA SOCIETE

TOME 4

(suite)

***

LES CLASSES  

  


CHAPITRE 4

 

LES PREMIERES SOCIETES CAPITALISTES

 

 

26. [Ce n°, non repris dans la présente édition, montre que la transition d'un type de formation économique à un autre devient clairement intelligible lorsqu'elle est conçue non point comme le remplacement d'un mode de production exclusif par un autre mode de production tout aussi vaste - et, à plus forte raison, lorsque ledit "mode de production" est supposé "contenir" ou "entraîner" le type d'Etat et la superstructure idéologique qui l'accompagneraient "nécessairement"- mais bien comme un ensemble de transformations des MP qui composent une FE donnée, des articulations qui relient ces MP et de la prépondérance qu'exerce l'un d'entre eux.]

 

27. Sociétés domaniales capitalistes

FE 10 domaniale capitaliste

FE dont les variantes s'accompagnent, à mesure de leur développement propre et de la maturation étatique, d'un Appareil E (1,5 à 4% de la population active) ou F ou G (4 à 12%).


MP 9 latifondiaire

MP 10 capitaliste

MP 4 paysan

MP 5 artisanal

MP 6 capitaliste marchand

MP 7 esclavagiste

MP 8 servagiste

Articulations : capitaliste marchande; rentière; bâti du marché généralisé

Aires économiques : de voisinage rural enveloppées dans l'aire du marché en construction

Transition VU-VE ou logique de VE


Les sociétés domaniales capitalistesse caractérisent par la prédominance d'une propriété foncière rentière, par la formation d'un capitalisme industriel encore vagissant et par la persistance, enfin d'un capital marchand. Le jeune secteur capitaliste s'étend avec l'industrie qu'il crée. Il s'annexe les mines et les trandsports. Durant cette phase où la manufacrure l'emporte sur la fabrique, la classe capitaliste est principalement formée d'entrepreneurs individuels. La classe d'encadrement capitaliste demeure embryonnairez et les bureaux et services commerciaux sont le plus souvent squelettiques.

La manufacture et l'industrie vendent certes leurs produits, mais le capitalisme commercial tarde à naître, car cette production demeure, pour un temps, prisonnière des réseaux et des usages commerciaux et financiers que le capital marchand a établis, souvent depuis des siècles. Ainsi, l'un des effets du jeune capitalisme est de renforcer le secteur capitaliste marchand : comme banquier, il gagne à jouer sur une richesse monétaire en croissance rapide; comme négociant, il commercialise une production beaucoup plus élastique que celle de l'artisanat et de l'agriculture.

Provisoirement renforcé, le capital marchand doit cependant rompre assez vite ses attaches avec la petite production marchande. Il n'est bientôt plus en mrsure de soumettre formellement l'artisanat, alors que celui-ci est évincé, d'une branche à l'autre par la soumission réelle de la production au capitalisme industriel. Les survivances du travail en chambre et autres formes de la manufacture dispersée dessinent, négativement, la carte des progrès de l'industrie. La classe artisanale ne survit qu'au prix d'une permanente mobilité vers les nouvelles opportunités temporaires que lui ouvrent l'entretien des produits industriels ou la vente de services aux particuliers.

De son côté, la propriété foncière est en transit : elle participe encore du MP 9 latifondiaire (métayage, surcharge rentière des petits et grands fermiers) mais elle participe aussi du MP 10 capitaliste par l'exploitation directe qu'elle réalise ou qu'elle autorise à ses fermiers. A quoi s'ajoute la place - variable selon la trajectoire historique de chaque pays - du MP 4 paysan , c'est-à-dire de petite propriété foncière associée à la location ou à la propriété du sol.

Dans toutes les sociétés domaniales capitalistes, la classe des tenants est assez considérable, car toutes disposent d'un AE bureaucratique dont les branches idéologiques atteignent bientôt le stade de l'AI scolaire. Hors l'AE, les éléments idéologiques commencent également à proliférer.

On le voit, la société domaniale capitaliste ressemblerait en tous points l'univers de Balzac, si celui-ci n'était aveugle au monde ouvrier, car, de ce côté, son regard ne porte pas au delà de l'artisanat parisien.

 

28. Les potentiels de luttes de classes, propres aux sociétés domaniales capitalistes s'inscrivent sur les quatre axes entrecroisés du schéma ci-après.

[Note de 2000 - Je souligne ceci qui a échappé à trop de lecteurs inattentifs : il s'agît, ici, d'un schéma qui vise à l'essentiel, non d'un tableau détaillé et ce qui est figuré ce ne sont pas les luttes de classes qui devraient avoir lieu dans les sociétés considérées, mais bien les potentiels de luttes de classes sous-tendus par l'infrastructure des dites sociétés, potentiels dont l'actualisation s'opère selon des modalités que les tomes 5 et 6 aideront à concevoir. La présente remarque vaut pour tous les autres schémas qui seront présentés dans la suite du présent tome 4]

 
 
Le premier axe de luttes est celui le long duquel s'organise l'exploitation capitaliste. La nouvelle classe des capitalistes industriels, assistée par les premiers éléments de la classe d'encadremùent capitaliste, s'y oppose à la classe ouvrière. La production de plus-value est, ici, l'enjeu réel, lequel se concrétise en termes de salaires et de profits industriels. Sur un axe 1 bis, parallèle au précédent, se loge l'artisanat, bientôt déprotégé, où artisans et compagnons subissent la contagion des modes d'exploitation en vigueur dans l'industrie.

Un second axe de luttes oppose la classe des propriétaires fonciers à la paysannerie. Les tensions y sont d'intensité variable selon la pression rentière que subissent les diverses classes paysannes. Cette pression est à son maximum pour les métayers, elle est forte pour les petits exploitants locataires du sol, moins forte pour les fermiers capitalistes locataires de plus grands domaines et elle se limite à la dure compétition pour l'achat de terres (et le rachat de parts d'héritage) pour les petits propriétaires exploitants.

Le troisième axe représente les luttes de classes qui déterminent la valeur de la force de travail, laquelle dépend principalement, dans les premiers temps capitalistes, de celle des produits alimentaires. Sur ce troisième axe, l'enjeu est le niveau global de la rente foncière - et non son partage entre les diverses classes foncières et paysannes, comme c'était le cas sur le deuxième axe. En effet, dans les sociétés domaniales capitalistes, les formes d'exploitation en vigueur dans l'agriculture doivent encore peu à la nouvelle exploitation capitaliste.

Le quatrième axe est celui ou se rangent et s'opposent en une lutte aux fronts multiples, toutes les classes qui participent au partage de la totalité du surplus social (plus-value capitaliste, rentes de toute sorte et éléments de valeurartisanale ou paysanne échappant à leurs producteurs).

Tandis que la classe artisanale perd rapidement l'importance stratégique qu'elle avait parfois dans les sociétés capitalistes marchandes, le dynamisme du jeune capital industriel se heurte aux premières résistances de la classe ouvrière et aux positions tenues par la propriété foncière. Pour prendre des forces, ce capitalisme doit mobiliser une main-d'oeuvre accrue, laquelle provient de la ruine de l'artisanat et, surtout, de l'exode rural. D'où l'ambivalence de la rente foncière : d'un côté , son maintien, voire son renforcement, soude l'alliance entre la classe capitaliste et celle des propriétaires fonciers, lesquels se convertissent finalement en exploitants capitalistes (par conversion directe ou par formation d'une couche de fermiers capitalistes) : c'est le modèle anglais; d'un autre côtéla rente foncière des grands propriétaires reçoit le renfort politique d'une petite propriété opaysanne qui demeure ou devient nombreuse , voie suivie par la France où elle retarde l'exode rural et ralentit le développement capitaliste.1

La FE 10 domaniale capitaliste inaugure la série des sociétés modernes où la structure des classes devient très complexe. Aussi n'est-il pas surprenant de constater que la classe des régnants affirme sa spécificité. On pourrait relever les textes de Marx et d'Engels où "l'indépendance anormale" de la bureaucratie moderne caractérise aussi bien les régnants que les tenants et où la domination politique (symbolisée par un Louis Bonaparte ou un Bismarck) semble manifester une particulière autonomie du pouvoir d'Etat. Mais en étudiant (au tome 5) les types d'Etat on pourra vérifier que ces exemples attestent surtout la spécialisation effective de la classe des régnants.

 Le résumé ci-après doit être considéré comme un pense-bête tout-à-fait schématique.

- Luttes de classes déterminées par les effets combinés de l'exploitation rentière (latifondiaire) et de l'exploitation capitaliste.

- Classe de régnants (exigue, mais tend à être nettement spécialisée)

- Classe de tenants (tend vers le salariat et s'étoffe)

- Classe des propriétaires fonciers (généralement autonome, sauf conversion hâtive à l'exploitation capîtaliste du sol)

- Classe de paysans-exploitants (locataires, métayers, etc.) et Classe de petits propriétaires exploitants (leurs formes mixtes et leurs éventuels prolongements capitalistes)

- Classe capitaliste (essentiellement industrielle; son dégradé jusqu'à l'artisanat)

- Eléments d'une classe d'encadrement capitaliste (encore très peu développée)

- Classe ouvrière (prolongée par une éventuelle copuche d'ouvriers agricoles)

- Classe capitaliste marchande (aux couches diversifiées de la "haute banque" à la petite boutiqueeee quasi artisanale

- Eléments d'une classe d'employés du capital marchand (semi-salariés à statut relativement privilégié)

- Classe artisanale (dont le déclin commence)

- Classe des compagnons (dont la prolétarisation est en cours)

- Eléments divers assez nombreux (prêtres hors l'AE, idéologues marchands, domestiques, étudiants, rentiers, etc.)

- Apparition d'entreprises à surdétermination idéologique (presse, spectacles, etc.)

 

29. Sociétés capitalistes (non monopolistes)

FE 11 capitaliste

FE associées à des Appareils de type E à J - les variantes G et H se rencontrant surtout dans les sociétés dépendantes d'une pûissance extérieure. Le poids hypothétique de ces Appareils s'étale de 1,5 à 4 % de la popûlation active (type E) à 10 à 25% de celle-ci (type J).


MP 10 capitaliste

MP 4 paysan

MP 5 artisanal

MP 6 capitaliste marchand

MP 9 latifondiaire

MP 11 coopératif

MP 7 esclavagiste

MP 8 servagiste

MP 14 esclavagiste concentretionnaire

Articulations économiques : rentière et par le marché généralisé

Aire économique : du marché

Logique de VE


A la différence de la précédente où le capital perçait à l'encontre d'une propriété foncière prédominante, la FE 11 établit la prépondérance du capitalisme. dans l'industrie dont les branches se multiplient, mais dans les transports, la banque, le commerce et même l'agriculture. Le capital marchand est chassé de la banque, laquelle devient, avec la Bourse, le principal mécanisme de centralisation des capitaux épars, prêtables au capital industriel. Les premières formes du capitalisme commercial s'épanouissent dans les drands magzasins, le succursalisme, la vente par correspondance, etc.

Les sociétés anonymes commencent à se multiplier et parfois même à truster ou cartelliserdes activités diverses. Cette concentration du capital amplifie la classe d'encadrement capitaliste.: la multiplication des travailleurs collectifs a pour corollaire la diversification des "officiers et sous-officiers de la production". Dans l'atelier, l'usine et le grand magasin, une échelle continue de qualifications et de positions hiérarchiques prend forme.DE son côté, la classe ouvrière prend une grande ampleur, car l'accumulation du capital repose, alors, sur une extension massive de la main-d'oeuvre exploitée. La majeure partie de la classe ouvrière est employée dans l'industrie, mais les travailleurs salariés de l'agriculture et des transports, comme les employés de bureau et de commerce se multiplient également et, le plus souvent, ils commencent à devenir des ouvriers, ce qui mérite explication.

 

30. La détermination des caractéristiques et des contours de la classe ouvrière a suscité de multiples débats depuis Marx. Rien de surprenant à cela : la représentation qui n'épuise jamais le réel doit sans cesse être affinée pour améliorer les prises qu'elle donne,sur un réel en permanent devenir. Un récent état de la question est notamment donné par Poulantzas2. Ce qui fait principalement problème tient à ceci : la classe ouvrière est-elle une classe de travailleurs manuels ? ou de travailleurs salariés ? ou de travailleurs productifs ?

La classe ouvrière ne peut être définie comme une classe de travailleurs manuels, nonobstant l'usage courant du mot ouvrier. En fait , le dosage du travail à dominante manuelle ou intellectuelle au sein des travailleurs collectifs se modifie considérablement d'un âge technique à l'autre.

[La suite du texte original détaille les principales étapes de cette évolution où jamais la classe ouvrière, aussi fruste soit-elle n'est formée que de travailleurs manuels : la qualification de la force de travail accompagne le progrès des moyens de travail.]

 La classe ouvrière ne peut pas non plus être définie comme la classe des travailleurs salariés pour l'évidente raison qu'avant comme après la maturation du MP capitaliste, des salariés existent hors celui-ci. On peut même observer qu'une fraction importante de la plus-value est reçue par la classe capitaliste sous forme de revenus salariaux : les patrons non-salariés sont de petits patrons ou des survivants du MP capitaliste marchand...

Manuels souvent, mais de moins en moins, salariés toujours, mais sans détenir l'exclusivité de cette forme, les ouvriers se reconnaissent principalement à leur travail productif. Mais productif de quoi ? Marx répond que "le capital industriel est le seul mode d'existence du capital où sa fonction ne consiste pas seulement en appropriation, mais également en création de plus-value, autrement dit de surproduit".3 Encore faut-il comprendre ce que Marx entend par là, pour savoir s'écarter de ses formulations, si le développement réel du MP capitaliste de son vivant ou après sa mort justifie un tel écart.

La nouveauté du MP capitaliste, c'est qu'à la différence du capital marchand qui grappille son surplus parmi les valeurs créées en d'autres MP (artisanal notamment), le capital industriel est producteur : il s'y crée un produit, il s'y forme un surproduit que Marx désigne comme plus-value. Si l'on considère le MP capitaliste dans toute son étendue, de sa phase industrielle à ses extensions ultérieures dans les transports, l'agriculture, le commerce , la banque, etc., on observe que ce MP fait place à une classe capitaliste unique, qui ne tarde pas à transcender ses diversités fonctionnelles, en amalgamant des groupes d'entreprises virtuellement actives en tous domaines - une classe formée de (P3)2 pour reprendre une formule que l'analyse des structures économiques a explicitée. La classe capitaliste unique, portée par un MP capitaliste, ne se définit pas par le fait qu'elle extrait une plus-value; mais par le fait qu'elle s'approprie cette plus-value sous des formes diverses (profit industriel, commercial, financier). Cette classe capitaliste trouve en face d'elle une classe unique de travailleurs exploités par le capital, une classe qui n'est pas à concevoir comme productrice de plus-value, mais comme productrice de profits pour le capital.

[La suite du texte original invite le lecteur à étudier de près les thèses de Marx sur le profit commercial4 où le statut du travailleur du commerce est jugé semblable à celui des autres salariés du MP capitaliste : force de travail achetée par le capital; valeur de cette force de travail déterminée comme celle des autres salariés. La seule différence que Marx retienne correspond à la situation où le MP capitaliste n'a pas encore réussi à se substituer au MP capitiste marchand qui l'a historiquement précédé. Autrement dit les employés du commerce (ou ceux de la banque) ne peuvent être tenus pour des catégories inchangées, des débuts du capitalisme industriel à nos jours. Ces catégories ont été "prolétarisées" à mesure que l'emprise du MP capitaliste ("industriel") s'est élargie, si bien que les "OS de la paperasse" ou les "OS du commerce" ont fini par prendre conscience de leur condition ouvrière, en tant qu'OS (= ouvriers spécialisés)5]

On a fait abstraction de la classe d'encadrement capitaliste poour simplifier l'analyse ci-avant. Le poids relatif de cette classe intermédiaire n'est pas le même dans chaque secteur du MP capitaliste : il est fréquemment plus grand dans le commerce que dans l'industrie; il l'est assurément dans la banquie. Or la parenté des conditions requises pour entrer dans cette classe d'encadrement ou dans maintes fonctions d'employé (niveau de formation et confiance patronale) a longtemps favorisé une relative identification des statuts offerts aux uns et aux autres, sans compter le souci patronal de différencier les cols blancs d'une classe ouvrière qui devient remuante. C'est dire que le devenir-ouvrier de ces éléments n'opère pas de la même manière, ni avec la même force que le devenir-ouvrier des diverses "corporations" de l'industrie ou des transports. Mais, la tendance prépondérante, dans la durée, est néanmoins l'inclusion des employés dans le statut banal de la classe ouvrière.

 

31. Le MP 10 capitaliste transforme les classes qui survivent à ses côtés, accrochées à "leur mode de production suranné". La transformation est d'autant plus rapide que l'accumulation etr la concentration du capital sont vigoureuses. Le principal obstacle tient à la rente foncière. Il ne dépend pas du seul capitalisme que la fraction du surproduit détournée vers la rente soit optimisée, de façon à bien approvisionner le marché du travail par l'exode rural, tout en modérant le coût des approvisionnements requis pour l'entretien de la force de travail. En effet, la nature et la force des classes propriétaires et paysannes dont chaque pays est héritier pèse plus ou moins lourdement sur cette évolution de la rente. Des héritages divers conduisent à des alliances et à des luttes de forme et de durée variables, d'un pays à l'autre.

Du côté de l'artisanat et du commerce, la progression du capitalisme est partout plus sensible. Le capital marchand est finalement rejeté à la fin du circuit de la marchandis, dans la boutique soumise à la concurrence croissante du commerce capitaliste. L'artisanat est expulsé de nombreuses branches de production, mais garde quelques positions ou s'enrichit de secteurs nouveaux où la vente et l'entretien de marchandises et la production de services échappent, pour un temps au MP capitaliste.

Les classes déterminées par les appareils étatiques et idéologiques prennent une ampleur inégale et sont plus ou moins vite mêlées aux luttes des autres classes. Les tenants de l'Appareil d'Etat (AE) suivent une trajectoire comparable à celle des employés, mais à une vitesse différente, d'un secteur à l'autre de l'administration. Entre les régnants et eux une classe d'encadrement administratif prend peu à peu tournure. De leur côté les éléments non-étatiques de l'AI commencent à proliférer, chez les idéologues marchands des professions libérales, puis dans l'encadrement des associations de toute sorte, cependant que maintes activités idéologiques commencent à se mouler dans des formes semblables à celles de l'industrie.

 

32. Le potentiel des luttes de classes dans les sociétés capitalistes est schématisé ci-après. Une comparaison avec la figure du n° 28 souligne les simplifications produites par le triomphe du MP capitaliste.

 L'axe de l'exploitation capitaliste devient prépondérant . Les axes parallèles à celui-ci sont là presque pour mémoire, car ils résultent de MP en voie de résorption lente ou, parfois, saccadée. L'axe n° 2 figure les luttes déterminées par le partage du surproduit, y compris les conflits dont la rente foncière est l'enjeu. L'axe n° 3, enfin, est dit de la "prolétarisation" car il regroupe les éléments que la dynymique sociale porte vers la classe ouvrière. Ainsi se dessine un système de classes où la classe capitaliste et la classe ouvrière deviennent les deux pôles par rapport auquel tout le potentiel de luttes de classes est, de plus en plus, tiré. Ce n'est plus l'univers de Balzac, mais bien celui de Zola que décrit le résumé ci-après :

- Luttes de classes déterminées par l'exploitation capitaliste, par les séquelles des modes d'exploitation antérieurs et par la résistance des clmasses "pré-capitalistes" aux transformations provoquées par le capital.

- Classe des régnants (exigüe, mais nettement spécialisée)

- Classe d'encadrement administratif et miloitaire

- Classe des tenants (devenue salariée, prend de l'ampleur, se divise en couches déterminées par - l'organisation du travail étatique)

- Classe capoitaliste (se différencie à mesure qu'elle pénètre le commerce, la banque, l'agriculture, etc. et que la classe des propriétaires fonciers se fond en elle; sous un tout autre angle, elle se différencie également, par l'effet de la concentration du capital)

- Classe des propriétaires fonciers (tarde parfois à se fondre dans la précédente; se renforce éventuellement par le développement de la propriété immobilière urbaine)

- Classe d'encadrement capitaliste (en voie de développement)

- Classe ouvrière ( tend à absorber l'ancienne classe des compagnons et, non sans délais, l'ancienne classe des semi-salariés du capital marchand; se divise en couches différenciées par la division sociale du travail)

- Classe capitaliste marchande (tend à être pour partie absorbée par la classe capitaliste et pour partie réduite à une classe de boutiquiers proche de la suivante)

- Classe artisanale ( se mêle à la précédente; perd sa spécificité et se distingue de moins en moins des échelons les plus modestes de la classe capitaliste)

- Classe de paysans-exploitants (locataires, métayers, etc.) et Classe de petits propriétaires exploitants (leurs éventuelles formes mixtes; leurs éventuels prolo,gements capitalistes)

- Eléments divers nombreux (séquelles de la classe semi-salariée du capital marchands, prêtrises hors l'AE, idéologues marchands, cadres associatifs, etc.

- Maintien ou renforcement des couches sociales distinctes recoupant plusieurs classes (domestiques, étudiants, rentiers, retraités)

- Extension des entreprises à surdétermination idéologique (presse, édition, spectacles, etc.)


Notes

1 - Voir l'excellent livre de Pierre Philippe Rey - Les Alliances de classes, Maspero, 1973.

2 - Nicos Poulantzas, Les classes sociales dans le capitalisme d'aujourd'hui, Ed. Seuil, 1974

3 - Karl Marx, Le Capital, 8 vol., Ed Sociales, 4948 à 1960. Voir notamment vol. 4, p.53.

4 - Ibid, vol. 6, pp. 292 sq.

5 - CFDT, Les Dégats du Progrès, Deuil, 1977.


Précédent Suivant
MACROSOCIOLOGIE / INTERVENTIONS/ LA SOCIETE


LA SOCIETE / Présentation / Tome 1 - Une théorie générale / Tome 2 -Les structures économiques /

Tome 3 - Les Appareils / Tome 4 - Les classes / Tome 5 - Les Etats / Tome 6 -Les structures idéologiques


LA SOCIETE - Tome 4 - Les classes /Page 1 : Classes sociales (35Ko) / Page 2 : Classes et Appareils (40 Ko)/ Page 3 : Societes précapitalistes (39 Ko)/ Page 4 : Premières sociétés capitalistes (40 Ko) / Page 5 : Sociétés capitalistes monopolistes (38 Ko) / Page 6 : Sociétés étatiques monopolistes (25 Ko) / Page 7 : Sociétés périphériques du capitalisme (49 Ko) / Page 8 : Critique de la théorie des classes-statut (41 Ko)/ Page 9 :Page 9 : A propos du tome 4 (note de 2000) (50 Ko)