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ANNEXES

 

Annexe 1 - Les systèmes mondiaux capitalistes

L'actuel système mondial (ou SM) est le quatrième SM capitaliste, d'où son abréviation en C4. Il a commencé de prendre forme avec l'implosion de l'URSS qui a permis à la suprématie des Etats-Unis de se faire sentir sur la planète entière. Quelques novations majeures se sont affirmées depuis lors, telles l'énorme croissance économique de la Chine ou celle, plus récente, de l'Inde.

Le SM précédent - dit C3 - était lui aussi d'échelle planétaire. Il avait pris forme durant la seconde moitié des années 1940, quand les principales conséquences de la seconde guerre mondiale s'esquissèrent par l'effet combiné de l'expansion soviétique, de la révolution chinoise et de la décolonisation amorcée par l'Inde et l'Indonésie.

Une trentaine d'années plus tôt, le SM en vigueur - à dénommer C2 - avait débuté, alors que le capitalisme venait de parachever la conquête d'une planète répartie entre quelques puissances, riches d'empires coloniaux et de zones d'influences. En effet, les bouleversements des années 1910 exprimaient à la fois l'émergence de quelques puissances nouvelles (Etats-Unis, Japon et Russie) et le retentissement mondial des rivalités entre les vieilles puissances européennes (guerre nippo-russe; révolutions mexicaine, chinoise et russe; guerre européenne rendue mondiale par ricochet des colonies et semi-colonies).

Quant au premier SM capitaliste - dit C1 - qui a régné tout au long du 19è siècle, il avait commencé de prendre tournure, dans l'Angleterre de la révolution industrielle, vers le milieu du 18è siècle et, de là, il avait peu à peu conquis la planète entiére en contaminant toutes les possessions coloniales-marchandes de l'ancienne Europe et tous les pays où, par d'autres voies, l'industrie et le marché capitalistes ont assuré leur emprise.

En résumé :

SM C1 du 18è siècle anglais au capitalisme mondialisé par l'Europe, ses dépendances et ses colonies .

SM C2 des années 1910 au milieu des années 1940, sur une planète entièrement dépendante.

SM C3 des années 1940 aux années 1990, sur une planète entièrement divisée par la "guerre froide" et ses ramifications.

SM C4 depuis les années 1990, sur une planète dominée par les Etats-Unis.

On peut considérer chacun des termes de la série C comme une phase du SM capitaliste ou comme l'une des formes d'une série de SM précédée par deux autres séries, au moins, que je dénomme A et B et qui ont connu de multiples phases souvent enchevêtrées, sur des aires jamais planétaires. Sur ce point voir notamment Le monde au 21è siècle (ed. Fayard, 1991).

L'erreur théorique à ne pas commettre est de considérer comme des SM pleinement capitalistes ceux des SM B que quelques puissances européennes ont bâtis à grand renfort de comptoirs commerciaux, puis de plantations, sur des territoires lointains - principalement à partir des 14è-15è siècles - tous éléments d'un capitalisme marchand (colonial et mercantile) que le capitalisme industriel (puis financier) subvertira au cours de sa phase C 1. J'ai discuté ce point dans le n° 108 de la revue Hérodote (1er semestre 2003) consacré à la Géopolitique de la mondialisation.

 


Annexe 2 - Civilisation, culture, idéologie.

Je ne puis évidemment résumer, ici, les quelques centaines de pages qui m'ont permis de commencer à décortiquer les rapports de plus en plus diversifiés qui existent entre ces trois concepts. Selon un usage que j'ai justifié dans La Société (ed. Seuil, 1977-83) et constamment repris par la suite, notamment dans Le Monde au 21è siècle (Fayard, 1991, Siglo XXI, 1994) ou dans les essais de Macrosociologie publiés en 1999 sur www.macrosociologie.com, j'appelle idéologie l'une des trois fonctions vitales que les hommes-en-société ne peuvent pas ne pas exercer. Il leur faut produire tout ce qui sert à l'entretien de leur existence et de leur société, d'où découle toute leur vie économique. Volens, nolens, il leur faut partager une organisation de leur vie en société, qui est la substance même de leur vie politique. Enfin, ils ne peuvent pas ne pas se représenter le monde où ils vivent et concrétiser de mille manières et par mille actes et discours ladite représentation, laquelle est l'idéologie au sens le plus général du terme.

ll importe de comprendre que l'économique, le politique et l'idéologique ne désignent pas trois objets distincts, trois domaines séparés, trois activités étrangères les unes aux autres. Ce sont les trois aspects consubstantiels les plus globaux d'une seule et même réalité : la société que forment les hommes-en-société. Cette réalité est infiniment subdivisable par une division du travail qui tend à se ramifier de plus en plus, mais qui ne peut abolir l'unité du réel social, quelles que soient les distances que cette division du travail crée et élargit en tous sens entre les groupes d'hommes que la société assemble.

Bref, l'idélogique enveloppe, entre autres, tout ce que d'inépuisables querelles savantes tentent de définir comme "culture" ou "civilisation". Pour trancher dans ces débats, je pose que la culture désigne l'ensemble des pratiques et représentations communément répandues dans un peuple donné, héritage présent, mais sans cesse retravaillé de pratiques et de représentations d'âges fort variés; culture qui est plus ou moins commune à tous les peuples (et fragments de peuples) co-présents dans la société régie par un Etat donné, selon le degré d'intégration de cette population. Des sociétés soumises à des Etats différents, mais porteuses de cultures apparentées - par les langages comme par les rites et croyances, par les coutumes vestimentaires et alimentaires, par les traditions familiales et matrimoniales et ainsi de suite ad infinitum - peuvent être dites de "même" civilisation. Plus le champ civilisationnel s'étend à un nombre considérable de sociétés, plus leur éventuel héritage culturel commun se rétrécit. C'est pourquoi, visant un objet aussi vaste qu'une "région mondiale" du SM C4, je suis obligé de m'en tenir aux "grandes civilisations" qui, souvent, viennent de très loin dans le temps et s'adornent d'une grande variété de cultures différenciées, car elles offrent néanmoins de nets contrastes civilisationnels d'une région mondiale à l'autre : les distinctions qu'elles légitiment ont un pouvoir séparateur comparable à celui de l'Océan Indien ou de l'Himalaya.


 Annexe 3 - Rentes, marchés et Etats.

Les rentes liées aux immeubles, bâtis ou non, et aux brevets qui protègent l'avance technique des firmes ne sont pas prises en compte ici, à l'inverse des rentes minières et des rentes foncières liées aux productions exotiques. Ces dernières sont influencées par les Etats qui taxent les produits recherchés par des pays incapables de les produire, tandis que les rentes minières dépendent des Etats qui autorisent la prospection et l'exploitation du sous-sol, qui en taxent les productions et qui parfois les accaparent jusqu'à nationaliser les mines, y compris les gisements d'hydrocarbures..

Le partage des rentes se joue sur plusieurs marchés, de l'Etat d'origine aux autres Etats concernés. Je fais abstraction de ces derniers - aussi gourmands soient-ils 1- pour ne considérer que les parties prenantes présentes en Amérique latine, à savoir : les Etats locaux, les nationaux de ces Etats (propriétaires, actionnaires, syndicats, etc.) et les compagnies étrangères actives sur place (recherche, exploitation, transformation, etc. sans oublier les plantations et les négociants-exportateurs). Les Etats sont en principe les acteurs prépondérants. Leurs lois, leurs tribunaux, leurs douanes, etc .pourraient s'appliquer pleinement, mais leurs capacités sont limitées par les stratégies des compagnies étrangères aptes à se déplacer vers d'autres pays; par les stratégies des propriétaires, syndicats et négociants nationaux; et, enfin, par la vulnérabilité des agents publics, de tous rangs - du douanier au ministre - aux manœuvres "frauduleuses" (ou "coutumières") des précédents. Reste qu'à travers ces tamis une partie des rentes pétrolières, gazières, minières et foncières2 tombe dans les caisses de l'Etat et en ressort sous diverses formes, à quoi s'ajoutent d'autres redistributions indirectes, par exemple celles qui se traduisent par le très bas prix des produits pétroliers dans les pays d'où les hydrocarbures sont extraits.

 

Les pays qui considérent leur potentiel rentier comme une richesse temporaire dont l'emploi doit viser au mieux-être de leur population affectent le maximum de cette ressource à des investissements3, générateurs durables d'emplois, de profits ré-investissables et d'impôts ordinaires. Ce cas n'est pas fréquent, en Amérique latine, car les rentes minières et foncières y ont été gaspillées de longue date par des Etats coloniaux ou marchands, par leurs agents locaux et par les propriétaires de mines, de domaines et de plantations. Au 19è et surtout au 20è siècle des efforts ont été accomplis, au moyen de lois protectionnistes, de stratégies "d'autosuffisance", de nationalisations, de réformes fiscales et budgétaires, etc., pour mieux capter et utiliser ces rentes, mais ces efforts ont été fragilisés par les pressions en retour des classes et des Etats dérangés, souvent poussés dans cette voie par les "multinationales" ayant accaparé la meilleure part des mêmes rentes.

La part de rente qui revient aux Etats latino-américains, par voie fiscale ou par appropriation directe, a été en grande partie dilapidée par clientélisme politique (avantages consentis aux personnels surabondants des compagnies nationalisées, recrutements excessifs effectués par les Etats) sans oublier les prébendes du haut personnel étatique et les dilapidations résultant de dépenses budgétaires mal orientées. Les ressources rentières gaspillées ont souvent déformé la structure des classes sociales et la nature de la domination politique, en boursouflant certains appareils d'Etat, en corrompant certaines forces politiques ou syndicales4 et en accoutumant les masses populaires aux délices du populisme et du clientélisme.

La rente qui pourrait être source de richesse s'est trop souvent soldée par une misère rentière, faite d'aspirations éveillées mais inassouvies, de modernisations promises et parfois tentées, mais rarement accomplies.

 

Notes 

1 - La lourde fiscalité des produits pétroliers - en France et en maints autres pays développés - est un exemple de ceytte gourmandise.

2 - Ces dernières étant liées notamment aux plantations de tous produits exotiques, du café à l'hévéa, etc.

3 - Investissements économiques, mais aussi sociaux (santé publique et formation d'une main-d'oeuvre qualifiée) en veillant toutefois à écarter les interprétations laxistes qui peuvent facilement basculer vers un populisme démagogique.

4 - Tels les syndicats de cadres et même de salariés des compagnies pétrolières nationalisées, comme on a pu en juger fréquemment au Mexique ou récemment au Vénézuela, lors de la "révolte" anti-Chavez de 2002.

 


Annexe 4 - Le FMI, matrice de la dette ?

Le rôle du FMI s'est modifié lorsqu'il fallut fournir au Mexique, puis à d'autres pays latino-américains, asiatiques et même à la Russie, des crédits qui ne tardèrent pas à se compter en dizaines de milliards de $. Après les tâtonnements de 1982-84, une nouvelle routine prit forme. Comme l'encours de crédits à moyen et long terme qui s'est accumulé en peu d'années pour répondre à ces crises a rapidement excédé les ressources propres du FMI ( y compris les facilités automatiques auxquelles s'étaient engagées de longue date les banques centrales des pays riches), ledit FMI se transforma, de grand prêteur international en petite locomotive des vastes trains de crédits qu'elle assembla au cas par cas, en "syndiquant" les apports des grandes banques commerciales des Etats-Unis, avec quelques concours venus de l'Europe et du Japon et quelques renforts venus de la Banque Mondiale et des Banques Régionales de Développement (en Amérique latine : la BIAD).

Autrement dit, le FMI couvrit de son drapeau des montages financiers par lesquels les grandes banques prêtèrent aux pays en crise monétaire des sommes leur permettant de continuer le service (principal et intérêts) des prêts que ces mêmes banques avaient précédemment consentis, tant pour leur propre compte que pour celui de leurs clients dûment conseillés. Mais, au passage, les conditions des prêts changèrent : leur durée fut allongée, leur coût accru et leur exécution fut gendarmée par le FMI (réduction du déficit budgétaire, extension du libre jeu du marché, privatisation du secteur public, etc. ). Les doléances des pays en crise et les souffrances imposées à leurs populations ont assuré la publicité de ces conditions draconiennes, mais elles ont souvent laissé dans l'ombre deux éléments majeurs : d'une part la hausse du spread et, d'autre part, la source des conditionnalités attachées aux nouveaux prêts.

Le taux d'intérêt des nouveaux prêts est généralement égal à Libor + spread. Le Libor (London Interbank offered Rate) est le taux d'intérêt requis pour les prêts à 3 ou 6 mois sur le marché londonien. Autrement dit les banques prêtent pour de longues durées des capitaux qu'elles empruntent et renouvellent tous les 3 ou 6 mois, en répercutant les variations de leur taux. Ainsi indexés, les nouveaux crédits subissent un supplément de taux d'intérêt qui reste généralement fixe jusqu'à leur extinction, supplément dénommé spread qui est censé couvrir les frais et la rémunération de la banque prêteuse, ainsi que le risque qu'elle court en prêtant à un pays sujet à des crises monétaires (risque pays). En Amérique latine, le spread a battu des records (environ 15 %pour le Mexique en 1995 et 14%pour le Brésil en 1998) et il a le plus souvent oscilléentre 7,5 et 10 %.

Pour mémoire, la première crise "moderne" qui mijotait depuis deux ans se déclencha au Mexique en 1982. Elle fut provoquée par les Etats-Unis reaganiens dont l'inflation devenait galopante et qui se soignèrent par d'énormes taux d'intérêt sur les prêts en $, sans se soucier aucunement des utilisations internationales de leur monnaie. Le Libor atteignit alors des taux astronomiques qui portèrent à 18-20 % ou plus, le taux d'intérêt de crédits à long terme contractés à 6-7 %, spread inclus.

Quant aux conditionalités attachées aux nouveaux prêts "sauvegardant" un pays en crise, elles sont exprimées par des lettres d'engagement (rédigées au FMI, mais signées par les autorités monétaires et politiques du pays emprunteur) où les normes libérales et les convenances des banques prêteuses sont adaptées à chaque cas particulier. Le FMI assure ensuite le gardiennage des engagements ainsi pris (le couteau sur la gorge) par les pays emprunteurs. Au sein même du FMI, ce gardiennage est piloté par l'ambassadeur officieux des grandes banques new-yorkaises, c'est-à-dire par le Deputy Managing Director, toujours choisi par le gouvernement américain, les Etats-Unis étant le principal actionnaire du Fonds. Ce Deputy est adjoint au Directeur Général du Fonds, lequel est traditionnellement un Européen, dont l'influence est variable, mais jamais supérieure à celle de son "adjoint", le tout s'habillant des subtilités d'un Conseil d'Administration où les Etats-Unis surclassent l'Europe qui pourtant détient une part supérieure du capital, mais qu'elle ne sait pas (encore ?) totaliser, aussi "unie" soit-elle.

De 1994 à 2003, le Deputy fut Stanley Fischer. Sa remplaçante est, depuis 2003, Anne O. Kruger, une Républicaine bon teint qui arriva avec l'intention de moderniser l'institution à sa manière. Les crises couronnées par l'effondrement argentin de décembre 2001 avaient accentué de tous côtés les tentations réformatrices. Même la Banque Mondiale en était frappée. Son Directeur Général, l'Américain Wolfensohn, intelligent et honnête, répétait à qui voulait l'entendre que les banques s'octroyant (dans leur spread) des primes de risque-pays de 7 % et plus devaient constituer des provisions pour couvrir ce risque et non pas geindre quand il se matérialisait effectivement. Anne Kruger voulait, elle aussi, une réforme, mais pour renforcer la protection des banques créancières contre les Etats dont la "mauvaise gouvernance" mettait en péril leur monnaie. Son idée était d'appliquer à ces Etats une procédure inspirée de la faillite. Mais dès qu'elle fit circuler au FMI un projet en ce sens, la communauté bancaire entra en action. Non point en invoquant des considérations historiques, tirées des rapports entre la Turquie ou le Mexique etr leurs créanciers européens du 19è siècle, qui pourtant préfiguraient les drames politiques à attendre d'une telle réforme. Mais plus pragmatiquement parce que la faillite implique un juge (quoi ? un tribunal international ou même un Etat qui se mêlerait de nos affaires ?), des moratoires (et qui paiera nos intérêts en suspens, et les intérêts des intérêts ainsi perdus ?) et même des abandons de créances, partiels mais forcés (comment ? on nous sanctionnerait, nous, honnêtes prêteurs, du fait de nos mauvais débiteurs ?). La sagesse bancaire triompha, Anne Kruger retira son projet, mais elle demeure Deputy Managing Director du FMI : pour longtemps ?

Toujours est-il que des menaces sournoises continuent de peser sur la "saine gestion" de cette institution. L'idée de taxer les mouvements internationaux de capitaux, à la Tobin, revient sans cesse, mais s'étouffe grâce aux efforts involontairement convergents d'associations comme ATTAC qui surchargent cet objectif d'excroissances nuisibles1 et des banques de tous pays (trop souvent aidées par des administrations nationales, comme le Trésor français) qui surévaluent les difficultés techniques d'une telle taxe. L'envie d'accroître les ressources à la disposition directe du FMI, par la voie d'emprunts périodiques massifs déplaît aux banques qui fournissent de gros wagons bien chers à accrocher derrière la petite locomotive du FMI. La tentation de distribuer derechef des DTS qui réduiraient certains des risques de crise monétaire est réprouvée car elle porterait atteinte à la bonne "gouvernance" étatique2. Etc. Mais, de crise en crise, la pression monte : la pratique actuelle qui soigne les crises des Etats trop endettés par des cures de surendettement est d'une logique si déraisonnable qu'elle s'écroulera nécessairement.

D'où diverses réformettes, aujourd'hui en cours, qui pourraient présenter quelque utilité. L'une est d'établir entre les statistiques de toutes les institutions internationales qui ont à connaître des mouvements transfrontières des capitaux3 une cross-fertilization rapide, pour savoir vite - et faire savoir - que la situation de telle monnaie devient périlleuse, avec l'espoir de stimuler ainsi les prudences bancaires, plutôt que de nourrir les spéculations des banques et de leurs clients. L'autre est d'activer les GAFI, ces Groupes d'Action Financière Internationale qui sont censés pourchasser le blanchîment d'argent sale, le financement du terrorisme ou de la drogue, etc. comme si ces exercices pour paradis bancaires étaient ignorés des filiales qu'y domicilient toutes les grandes banques commerciales de la planète.

Une réforme plus prometteuse serait d'étendre les précautions anti-spéculatives que le Chili a pratiquées de 1973 à 1985 environ et dont la Malaisie a joué un peu différemment durant la "crise asiatique", précautions qui, pour l'essentiel, obligent les étrangers, apporteurs de capitaux, à en immobiliser une fraction à la banque centrale du pays considéré et à patienter pendant tout un délai de préavis, avant de ressortir tout ou partie de leurs fonds et de leurs bénéfices, ce qui, en somme, permet à ladite banque centrale de voir venir d'éventuelles tensions sur sa monnaie et d'ajuster ses précautions en conséquence. Les résultats satisfaisants obtenus de la sorte ont permis aux pays concernés d'assouplir peu à peu leurs précautions. Une généralisation de telles méthodes, adaptées à chaque cas particulier serait bénéfique. Mais les banques voient d'un très mauvais œil cette nouvelle ingérence des Etats (via leurs banques centrales) dans une activité qu'elles voudraient "purement commerciale". A suivre…

 

Notes

1 - Une taxe Tobin pénaliserait les transferts de capitaux à raison de leur fréquence : sa cible est la hot money, c'est-à-dire les mouvements spéculatifs à court terme. Affecter le produit de cette taxe à une aide internationale supposerait au contraire une ressource croissante...

2 - La 3è partie de Civiliser les Etats-Unis examine cette question; ce texte est disponible sur www.macrosociologie.com

3 - FMI et Banque Mondiale, mais aussi Banque des Réglements Internationaux, OCDE, etc.

 


 

 Annexe 5 - Sur la logique propre des régions du SM

Les régions sont définies et délimitées selon les propriétés intrinsèques du SM lui-même, mais dans chacune d'elles, les propriétés structurelles d'échelle régionale et les activités qui les confirment ou les transforment déterminent une logique propre à ladite région, logique dont résultent éventuellement sa cohérence interne ainsi que les effets en retour qu'elle projette vers tout ou partie du SM ambiant. Les trois régions du SM actuel (C4) qui ont fait l'objet d'études reproduites sur www.macrosociologie.com (le monde sinisé, les Indes, le Proche et Moyen-Orient) vont permettre de concrétiser ces propositions.

 

Le monde sinisé est, depuis 1945, sous surveillance américaine permanente, car il inclut un Japon qui fut difficile à vaincre, deux Corées séparées depuis 1953, Taïwan en dissidence depuis 1950, une Chine turbulente puis ultra-expansive et la Sibérie russe d'après guerre froide. La surveillance américaine (bases permanentes, alliances variées) s'est peu allégée depuis 1990, car la virtuelle "menace chinoise" a remplacé la menace soviétique dans l'argumentaire des Etats-majors américains. Les gesticulations de la Corée du nord, pauvre et engoncée dans une dictature militaire au décor stalinien et la valse hésitation de Taïwan entre une indépendance que la Chine refuse et des échanges qu'elle stimule offrent aux Etats-Unis maintes occasions d'intervenir à des fins diverses. Mais l'une des nouveautés d'après 1990 est que les pays de la région ne se laissent plus aligner automatiquement sur les Etats-Unis, sans pour autant rallier franchement le "camp chinois" qui d'ailleurs n'existe pas (encore ?) : le Japon soigne lentement ses crises économique et financière des années 1990, la Corée du sud plus qu'à demi dégagée de sa dictature militaire congénitale, tâtonne vers un régime démocratique et un prudent rapprochement avec la Corée du nord, laquelle titube entre misère et novation. La Chine, enfin, retrouve l'élan qu'elle a perdu depuis le 19è siècle, développe à grands pas son économie, déploie ses charmes marchands et diplomatiques vers tous ses voisins, s'émancipe idéologiquement et ne sait trop comment adapter sa structure politique au nouveau monde qui l'émerveille autant qu'il éveille les peurs américaines.

Deux grandes puissances régionales à rayonnement mondial encore inégal, mais terni pour l'une (le Japon) et brillant pour l'autre (la Chine) en pleine édification multiforme. Une dynamique régionale faite d'échanges croissants, de négociations multiples et de nouveaux alignements aux esquisses encore brouillées. Là dessus, la surpuissance américaine, tutélaire depuis un demi-siècle, mais dont le rôle et le poids sont en probable déclin dans la région, nonobstant son ferme accrochage et ses éventuelles sournoiseries. Telle est la logique propre d'une région dont l'importance mondiale s'affirme, à grand renfort de commerce international et d'entreprises multinationales, de chantiers géants et de manifestations de plus en plus sensibles sur la scène politique et culturelle mondiale.

Le cas des Indes est d'apparence plus simple. Cette région bien dessinée par la géographie incorpore la quasi totalité du Raj assemblé par les Britanniques et disloqué en 1947 (non sans leur concours). Seuls ses confins afghans et birmans sont plus ou moins tirés vers d'autres sous-ensembles du SM actuel. L'Inde stricto sensu s'est voulue l'héritière du Raj. Elle y est assez bien parvenue vis-à-vis des petits Etats himalayens (notamment en annexant l'un d'entre eux), moins bien vis-à-vis du Sri-Lanka qu'elle influence, mais ne contrôle pas , et nullement à l'égard du Pakistan, dont elle a à demi satellisé la partie orientale qui s'est autonomisée sous le nom de Bangla-Desh. Quant au Pakistan, à majorité largement musulmane, son indépendance divorcée de celle de l'Inde, au prix d'une dure guerre plusieurs fois répétée ou menaçante, illustrée par un partage du Cachemire frontalier, jamais cicatrisé ni révisé, ce Pakistan, donc, a donné prise à de tenaces renforts extérieurs. L'Inde s'étant alliée à l'URSS, les Etats-Unis ont accordé au Pakistan un soutien obstiné, sinon limpide, cependant que la Chine, bientôt fâchée avec l'URSS a elle aussi prêté son appui au Pakistan. Plus tard, cet entrecroisement de quasi alliances et de tenaces inimitiés a conduit l'Inde et le Pakistan à s'équiper d'armes nucléaires tardivement dévoilées.

Cependant, des décennies d'efforts économiques assez continus, mais obérés des deux côtés (comme dans le reste de l'ex-Raj) par une énorme croissance démographique n'ont permis qu'une lente et modeste progression du PIB par tête. Heureusement pour cette région, l'implosion de l'URSS, la correction de trajectoire chinoise, l'officialisation du bipôle nucléaire, l'adoption prudente d'une dose de libéralisme économique et l'assagissement (tout relatif) d'un Pakistan que les Etats-Unis ont à demi utilisé comme base arrière pour leurs guerres d'Afghanistan et d'Irak des années 2000, ont lentement combiné leurs effets pour conduire Inde et Pakistan vers des négociations peut-être prometteuses et pour permettre à toute la région d'accélérer sa progression économique par tête. Ainsi le dynamisme régional s'est plutôt "civilisé", sinon dé-militarisé, mais pas au point d'enrichir beaucoup l'influence internationale de pays d'où aucune firme multinationale n'a pris son essor, et qui n'ont produit aucune initiative majeure de portée mondiale. Les ressources politico-culturelles de l'Inde ne sont encore que des promesses pour le reste du monde.

Comme les Indes, héritier de riches et anciennes cilisations et par surcroît doté d'un trésor pétrolier sans pareil, le Proche et Moyen-Orient est pourtant une région dont l'avenir paraît plus sombre que celui des précédentes. En effet cet ensemble formé par l'ancien empire ottoman flanqué de l'Iran et vaguement prolongé par l'Afghanistan subit un découpage territorial imposé par la Grande Bretagne et la France, victorieuses de la 1è Guerre Mondiale, pour des raisons fortement pétrolières, partage que les Etats-Unis devenus prééminents ont conforté en raflant la plupart des mises pétrolières. L'injection sur ces terres de peuplement varié, à dominante arabe, d'un Etat d'Israël étoffé par les survivants des génocides européens, puis par l'exil forcé des Juifs sépharades (ou de plus ancienne souche), du Maroc au Yemen, a créé en Palestine une situation conflictuelle qui ne s'est jamais encore détendue depuis 1948 et qui a offert, aux Etats-Unis un fort point d'appui régional. Leurs autres points d'appui ont été construits par diverses alliances et par plusieurs interventions sournoises ou guerrières visant à cantonner ou à évincer des régimes réputés hostiles, la dernière de ces guerres ayant été ouverte en 2003, par une invasion de l'Irak aux perspectives encore brumeuses. Quelles qu'aient pu être la variété et la crédibilité des raisons avancées par les Etats-Unis pour expliquer leurs interventions et la diversité des alliances ou soutiens dont ils ont bénéficié, au cas par cas mais presque toujours du fait d'Etats étrangers à la région, il reste que le contrôle du trésor pétrolier a été leur motif principal.

Or il se trouve que, pour des raisons technico-économiques que l'étude de cette région a détaillées, ledit trésor sera en voie d'épuisement d'ici peu de décennies. De ce fait, dans une région où l'exubérance démographique est moins contenue encore qu'aux Indes - et à peine plus qu'en Afrique - et où la croissance économique est inhibée pour de multiples raisons, elles aussi étudiées en détail, la rente pétrolière qui aurait pu être une source très abondante de capital investissable rendant employable une grande partie de la force de travail surabondante, a été - et demeure - pour l'essentiel dilapidée en luxes inutiles et prébendes nocives, saupoudrées parfois d'excessives générosités populistes (voir annexe 3)

Ainsi, le Proche et Moyen-Orient, terre de guerres récurrentes et de sous-emploi tenace, envenimés par les vaticinations religieuses de mahdis de rencontre ou d'imams bien lotis, est, dans la plupart de ses Etats, promis à une misère aigüe que son trésor, bien géré, aurait permis de remplacer par une croissance durable. Chaque année qui passe recule les chances de redressemenr à cet égard, si bien que la probabilité de guerres nouvelles mettant en cause la plupart des frontières dont le centre de cette région est cisaillée est d'une probabilité croissante. Les périls guerriers que les stratèges américains situent autour de la Mer de Chine, pourraient ainsi se concrétiser sur les bordures orientales de la Méditerranée et au delà.

 


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