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A la recherche de l'Amérique latine

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TABLE DES MATIERES

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(1) - Aperçus de l'Amérique latine

(2) - L'Amérique latine dans les systèmes mondiaux d'avant 1990

- Sur la population

- Sur les Etats

- Sur le Zeitgeist

- Sur l'économie

 

(3) - L'Amérique latine subordonnée aux Etats-Unis

- Sur les emprises et interventions "américaines"

- Sur les réticences et révoltes politiques en Amérique latine

- Sur les liens politiques entre les classes possédantes et les Etats-Unis

 

(4) - L'Amérique latine dans le système mondial actuel : aspects économiques

- Sur les emprises bancaires

- Sur l'économie actuelle

- Errements ou contre-offensives ?

 

(5) - La vibrante civilisation de l'Amérique latine

- Des appareils idéologiques très inégalement développés ?

- Sur l'hégémonie en vigueur

- Les nouvelles Indes occidentales

 

(7) - Un Nouveau Monde, enfin ?

- Sur la violence légitime

- Sur la coopération économique et politique

 

 

Annexes

1 - Les systèmes mondiaux capitalistes

2 - Civilisation, culture, idéologie

3 - Rentes, marchés et Etats

4 - Le FMI, matrice de la dette ?

5 - Sur la logique propre des régions du SM

 


 (4) - L'Amérique latine endettée

 

Sur les emprises bancaires

En Amérique latine, les emprises bancaires sont plus fortes que les emprises militaires - en tout cas ce point mérite discussion - mais, à la différence de ces dernières, elles ne sont pas imputables à un Etat, aussi puissant soit-il, ni à une alliance d'Etats dûment hiérarchisée, et ce quels que soient les rapports de forces au sein des institutions financières internationales qu'une comparaison superficielle pourrait rapprocher des alliances. En fait, ces emprises sont celles de banques commerciales où la prépondérance américaine est peu à peu grignotée par les banques européennes et japonaises, en attendant que la Chine (et l'Inde ? et la Russie ?) rejoignent (en force ?) le groupe des compétiteurs mineurs d'aujourd'hui. La marque principale imprimée par les banques résulte des opérations pour compte étranger qu'elles

promeuvent. Quand les apports de capitaux extérieurs débouchent sur des spéculations qui mettent en péril la monnaie locale, les crises monétaires qui en résultent requièrent des soins dont le FMI semble exercer la maîtrise, alors qu'il n'en est, au mieux, que le coordinateur (voir annexe 4). En d'autres termes, il faut partir du gonflement de la dette extérieure et en prolonger l'analyse au delà du FMI qui fait écran aux banques (et aux bourses).

On ne le sait que trop, la dette globale de l'Amérique latine s'est gonflée par l'effet de crises comme celles du Mexique (1982 et 1994), du Brésil et de l'Argentine (souvent, notamment en 2001 pour cette dernière) et de divers autres pays. D'une crise à l'autre, l'endettement des pays concernés s'est gonflé de crédits "de sauvetage" plus chers que les précédents29 et le service de la dette (principal et intérêts) s'est alourdi considérablement, par rapport au PIB national30. Le risque de crise a grandi à mesure que la libéralisation des échanges et, surtout, des transactions financières s'est accrue. Ainsi, l'ensemble des flux nets de capitaux privés vers l'Amérique latine qui ne comportait encore, pour la moyenne des années 1980, que 4 % d'"investissements de portefeuille privés nets" - c'est-à-dire de placements boursiers nets des sorties de la même période - a vu cette moyenne bondir à 51 % pour la décénnie suivante31 , avant d'enregistrer au début des années 2000, le grand reflux provoqué par la crise argentine et ses risques de contagion. En fait, comme on peut entrer en bourse et en sortir de jour en jour, voire d'heure en heure32 , la contagion est dûe, avant tout aux spéculations bancaires (clients inclus) que les habiles preneurs de risques déclenchent en fuyant "à temps", avant que les moutons de Panurge se jettent sur des caisses vidées de leurs trésoreries en devises. La spéculation bancarisée conduit ainsi à la crise monétaire, beaucoup plus sûrement que la "mauvaise gouvernance" des Etats. Toutefois, il serait déraisonnable d'imputer "aux étrangers" tous ces aller-retour pernicieux, car les classes fortunées des pays latino-américains y participent autant que leurs liquidités le permettent. Le "patriotisme monétaire", inconnu des bourgeoisies européennes, est plus inconnu encore des classes riches d'Amérique latine, parce qu'en cette région du monde les inégalités de revenus battent tous les records. En 2002, Stanley Fischer, Deputy Managing Director du FMI, soulignait ce point en notant que les 10 % les plus riches de cette région recueillent en moyenne 40 % du revenu national - contre moins de 30 % pour leurs homologues étatsuniens - les plus hautes "performances" étant celles du Brésil. Se mettre à l'abri, en $, est la sagesse des possédants brésiliens, mexicains et autres, dès qu'une tempête monétaire s'annonce. La même sagesse conduit parfois à dollariser l'économie, c'est-à-dire à faire du $ une monnaie usuelle. Au Panama où c'est le cas depuis 1904, la monnaie nationale a disparu tandis que les trafics locaux (licites ou non) se sont adaptés à certte situation qu'ils entretiennent. Ailleurs, les essais (Salvador, Costa-Rica, Equateur, etc.) ont été ou seront sanctionnés par des échecs dont l'exemple le plus accompli à été celui de l'Argentine en décembre 2001.

D'un point de vue bancaire, Miami semble être la capitale de l'Amérique latine. Tout se passe comme si le transbordement de marchandises - venues d'un peu partout et à éclater vers diverses destinations latinos - qui est l'une des fonctions de cette ville avait pour répondant les transbordements de crédits commerciaux et de fonds (licites ou non) depuis ou vers l'Amérique centrale, caraïbe et australe. En tout cas, l'association des Banques et institutions financières du Miami-Dade County le croit, non seulement parce que les latinos comptent pour 60 % dans la population de ce comté (moitié Cubains, moitié le reste), mais surtout parce que la centaine d'établissements ainsi associée s'occupe principalement d'une clientèle étrangère et fortement croissante : 187.000 "visiteurs" en 2000, dont 115.000 assurément "étrangers", contre 9.000 "visiteurs" dix ans plus tôt.33 Tout le gratin bancaire mondial est représenté dans cette ville, y compris les établissements latinos de quelque importance, aux côtés de quelques firmes d'origine plus obscure. La quarantaine de milliards de $ gérés par ces institutions, fin 1999, "pour compte étranger" ne donnent qu'une idée incomplète de leur rôle, car ce sont là des soldes après placements effectués ou avant replis d'urgence, d'autant que le 20è siècle bancaire s'acheva, ici, dans le calme. Mais, à vrai dire, l'auto-promotion de Miami contraste avec la discrétion des statistiques bancaires américaines quant aux provenances et destinations des aller-retour de crédits et placements gérés depuis les Etats-Unis, si bien que le centre de gravité des opérations avec l'Amérique latine pourrait bien être ailleurs, sans doute à New-York, capitale de la banque mondiale. Qui veut comprendre l'Amérique latine devrait explorer cette question, non sans sourire au passage devant le beau programme d'un GAFI réuni à Miami pour débattre du lavando de dinero.34

La banque est opaque, le travail l'est moins. Les statistiques étatsuniennes détaillent assez bien les zones où sont concentrés les immigrés latinos et leur ventilation par pays d'origine si bien que pour étudier les interactions subtiles que les Etats concernés exercent les uns sur les autres, en termes économiques comme en termes politiques, on sait où porter le regard. Pour ne retenir qu'un seul aspect, je souligne qu'à l'inverse des riches spéculations notées plus haut, les émigrants latinos qui s'activent au Texas, en Floride, à New-York et en d'autres Etats dont le principal est la Californie sont la source de transferts importants vers les familles restées au pays. Leur total annuel approche des 40 milliards de $, le Mexique étant le premier des bénéficiaires. Depuis des années, les banques américaines s'efforcent de capter ce courant d'affaires, mais leur échec est significatif. Elles ont cru que leurs commissions - inversement proportionnelles au montant de chaque transfert, comme il sied à une banque "qui a des frais fixes" - devaient être resserrées au maximum, mais leur abaissement d'environ 15 % (pour les envois de 50 ou 100 $ par mois) en 1999, à environ 8-9 % actuellement n'a presque rien changé. Elles accusent désormais le mauvais équipement de pays destinataires où les agences bancaires sont rares hors les grandes villes, tout comme les distributeurs de billets. Il leur reste à découvrir que les transferts effectuéss par les soins de parents, d'amis ou de compatriotes "du village" dureront tant que cette solidarité élémentaire restera économe d'impôts et taxes et combinable avec divers menus trafics. Bref les remittances des exilés attestent d'une frontière sociologique moins poreuse que celle des hommes d'affaires;

Pour qui s'intéresse aux inflexions que la société étatsunienne opère dans les cultures communes* latino-américaines, par le biais des visiteurs et immigrés d'origine latino, Los Angeles et Miami sont sans doute deux observatoires à privilégier, mais pour qui veut suivre en profondeur les effets durables de ces circuits (selon les Tres dimensiones en la geografia de la pobreza35 que sont les villes, les campagnes et les communautés indigènes) maintes enquêtes de terrain sont sans doute à conduire, car mon ignorance me conduit à penser que les synthèses sont encore rares en ces domaines.

 

Sur l'économie actuelle

En 2003, les Etats-Unis comprenaient (en arrondi) 35 % des habitants de l'ensemble des Amériques et ils disposaient de 85 % de la richesse annuellement produite dans cet ensemble où la population continuait de croître plus vite qu'aux Etats-Unis, tandis que la croissance économique moyenne y demeurait moins soutenue qu'en ce dernier pays. Ainsi le PIB par tête de chacun des Etats latino-américains poursuivait, au regard du PIB par tête étatsunien, le déclin partout observé depuis lseconde guerre mondiale.36 Le décalage était particulièrement aigu en Colombie et au Pérou, le cas de l'Argentine étant (peut-être provisoirement) renforcé par la crise monétaire de la fin 2001. Les "petits" pays omis par le tableau étaient tous logés à la même enseigne, même si la miséreuse Bolivie tombée à l'indice 1 en 2002 (base 100 en 1950) était loin des "performances" chiliennes trop souvent louées (indice 25 en 2002, à peine plus que le Mexique…).

Le tournant le plus dramatique ne s'est pas amorcé avec la mise en place, vers 1990, du SM C 4 (voir annexe 1), mais bien avec les grandes crises monétaires des premières années 1980, quand la libéralisation des échanges et des transactions financières devint une déferlante Autrement dit, l’Amérique latine perdit alors les capacités d’auto-développement que son relatif protectionnisme d'après-guerre et les initiatives de ses capitalismes d'Etat* lui avaient procurées pendant quelques décennies. Le cas n'est pas douteux pour qui observe l'évolution de l'investissement en capital productif.37

Néanmoins, elle continue de se distinguer avantageusement de l'ensemble de l'Afrique et de la plupart des régions asiatiques pour ce qui est de l'industrie. En effet, depuis les années 1960, 15 à 16 % de l'emploi total est fourni par les industries manufacturières, avec 1 ou 2 % de plus pour les pays du cône sud; les dites industries contribuent pour 25 à 27 % à la production totale, avec un écart au bénéfice du cône sud un peu supérieur à celui de l'emploi. La part élevée des produits manufacturés dans les exportations des principaux pays en porte témoignage : l'Amérique latine est une région au moins aussi industrialisée que l'Europe d'il y a un siècle, mais avec des entreprises d'une honnête modernité.38 Les Etats-Unis sont la principale destination de ces exportations, tandis que l'Union européenne vient en seconde position pour le seul Brésil. Partout, enfin - sauf au Mexique - le troisième rang est tenu par les autres pays de l'Amérique latine.

 

Errements ou contre-offensives ?

Entre catastrophes et espérances, l'Amérique latine chemine vers de maigres progrés accomplis au prix d'immenses efforts très inégalement répartis. Il est vraisemblable que les niveaux de vie populaires stagnent ou reculent depuis des décennies, tandis qu'une minorité réussit obstinément à maintenir un standard de vie étatsunien et que d'assez minces classes intermédiaires sont exposées à de rudes secousses dans un "ascenseur social" dont les pannes sont fréquentes et les réparations hasardeuses. Pour qui veut examiner les politiques par lesquelles les Etats répondent à ces cahots, le risque est grand de se perdre dans le brouillard d'une actualité tumultueuse, sans apercevoir de vraies lignes de force - ou de fréquentes lignes de faiblesse.

Bien que les politiques de substitution aux importations soient passées de mode, l'étude de leur échec demeure d'actualité surtout si elle conduit à une critique pertinente du capitalisme d'Etat*, non pour le honnir, comme il sied à l'actuelle doxa libérale, mais pour en trier les outils et surtout pour en réévaluer les principes et les stratégies. Ainsi les nationalisations bancaires improvisées par le Mexique en 1982 ne peuvent être utilement critiquées, sans prolonger leur examen jusqu'aux privatisations tout aussi improvisées de 1991, lesquelles ne tardèrent pas à surcharger le Fobaproa39 jusqu'à contraindre le gouvernement à faire prendre en charge par le budget la dette de ce Fonds, c'est-à-dire à nationaliser les pertes de la privatisation. Encore faut-il noter que toutes les banques à privatiser n'ont pas trouvé preneur. Bref, cet exemple doit figurer (tout comme celui des industries pétrolières) dans une recherche sur l'utilisation pertinente des nationalisations, car celles-ci peuvent avoir un avenir des plus utiles au Mexique, comme au Venezuela, au Chili où la récupération publique de la rente du cuivre n'aur ait rien de contre-indiqué et en d'autres pays encore. Au passage, je souligne que l'achèvement de la privatisation de Pemex - la compagnie mexicaine - "justifiée" par le besoin de capitaux pour des investissements "trop retardés" serait une lourde erreur. Elle privatiseraitt une richesse que l'avenir valorisera de plus en plus, plutôt que de nettoyer Pemex des abus prébendiers et populistes qui l'ont anémié et des prélèvements fiscaux très excessifs (40 % du budget fédéral) qui dispensent l'Etat de s'attaquer aux inégalités fiscales et autres. Il vaudrait mieux économiser une rente pétrolière pleine d'avenir et en capter le maximum au service du pays (voir annexe 3).

Mais le retour en grâce des nationalisations et d'autres méthodes du capitalisme d'Etat* telles que la réforme agraire, la réglementation de certains prix, la création éventuelle d'entreprises publiques (nationales ou non40), l'engagement de grands travaux d'utilité collective, etc., devrait s'accompagner d'une énonciation précise de leurs conditions de possibilité (en termes économiques et politiques, locaux comme internationaux) et d'une nonciation tout aussi précise des erreurs qui en sapent la portée (bas prix du pétrole et autres dérives prébendières et clientélistes, refus des péages sur l'usage privatif des travaux d'utilité publique, etc.). Plus généralement encore, tous les Etats latino-américains gagneraient de réelles marges d'initiative et d'auto-défense contre les dérapages de la "mondialisation", s'ils révisaient à la baisse leurs enflures budgétaires et à la hausse leurs fiscalités, en s'attaquant prioritairement aux énormes inégalités des revenus et des fortunes, domaine où elles détiennent actuellement un triste record mondial.41 Aucun argument tiré des risques de fuite des capitaux étrangers ou d'exode des cadres et dirigeants qualifiés ne devrait être pris en compte dans les débats sur ces divers points, tant il est vrai que les partants (ou les "exclus") seront aussi facilement remplacés que les irremplaçables techniciens vénézuéliens du pétrole…et qu'en matière de capitaux étrangers, le problème central sera moins de les attirer que de les endiguer de façon à empêcher leurs reflux soudains.

Les réflexions précédentes décrivent a contrario certains des errements populistes et des excès libéraux dont l'Amérique latine a trop souvent donné le triste spectacle, à la manière des Gribouilles argentins se précipitant en 1991 vers un currency board42, pour plonger six ans plus tard vers une intenable parité du peso avec le $, non sans bazarder, au passage, tout ce qui pouvait être "dénationalisé", le tout conduisant à la crise de 2001, à ses répercussions européennes de 2002-03 (chez les acheteurs espagnols, français et italiens de biens nationalisés et de titres boursiers ad hoc), à la dégradation du Mercosur et des économies du cône sud et à une valse lente avec les autorités du FMI qui contribue paradoxalement au lent assouplissement de ce gendarme du $. Qui plus est, ces mêmes réflexions déplacent par trop le regard vers les politiques intérieures, alors que l'actuel encagement de chacun des Etats latino-américains devrait imposer, par tous les moyens possibles, une action coopérative déterminée pour assouplir et corriger le FMI, rénover de l'intérieur l'OMC, infléchir l'Organisation des Etats Américains (OEA) et la Banque Interaméricaine de développement (BIAD), bref libérer l'Amérique latine d'une dépendance qui excède de beaucoup l'inévitable interdépendance internationale.

L'idée de coaliser, d'une manière ou de l'autre, les principaux Etats d'Amérique latine pour élargir leur marge de manœuvre vis-à-vis des Etats-Unis a déjà été expérimentée - ou plutôt rêvée. Le Mexique qui s'était longtemps considéré, à juste titre, comme le havre des républicains espagnols, puis des intellectuels fuyant les dictatures militaires d'après 1960 a finalement enterré cette prétention en rompant ses relations diplomatiques avec Cuba, en 2003, même si le sommet de Guadalajara l'a fait rêver derechef à un leadership plutôt économique et limité à l'Amérique centrale. Le Mercosur suscite, lui aussi, des rêves (provisoirement ?) démesurés, quand ses membres oublient que cette union douanière ou cette zone de libre échange en pointillé n'est même pas une coopérative d'Etats dotée d'un socle propre : les quatre fonctionnaires qui lui servent de secrétariat ne sont pas (encore ?) l'embryon d'une union, les négociations ouvertes en son nom avec l'Union européenne sont l'affaire d'Etats à l'ouest de l'Atlantique, les perspectives d'union monétaire que l'Argentine ou le Brésil caressent le temps d'une crise monétaire sont (pour le moment ?) d'inoffensifs serpents de mer. Au reste, on ne peut reprocher aux dirigeants latino-américains de s'abandonner à de telles projections, lorsqu'on entend, en 2000, l'ex-Deputy Managing Director du FMI - Stanley Fischer - envisager qu'à l'instar de l'euro, maintes monnaies latino-américaines pourraient se laisser remplacer par le $ ou par le real (brésilien) ou par une monnaie régionale à créer.43

Toutes ces réflexions ne sont pas des fariboles, mais ce sont assurément des extrapolations discutables. Toutes ont cependant le mérite de pointer les principales directions d'action pour l'Amérique latine, c'est-à-dire pour les Etats qui exercent, en son sein, une influence réelle. La première de ces directions concerne le FMI où les tumultes russes, asiatiques et sud-américains enregistrés depuis 1990 (c'est-à-dires dans le présent SM) ont ameubli le terrain. Les petites réformes déjà esquissées en son sein (voir annexe 4) méritent souvent d'être encouragées, mais l'essentiel est de mettre en place, avec ou contre le FMI, des retardateurs de capitaux flottants (à la malaise ou mieux), des renforcements de ressources propres au FMI lui-même (DTS et emprunts propres, etc), et de refuser les conditions draconiennes requises par les fournisseurs de wagons aux trains de prêts que la petite locomotive du FMI fait mine de tracter vers la sauvegarde des pays surendettés en crise. A ce dernier titre, toutes les audaces sont souhaitables (moratoires, refus de remboursements, etc.) jusqu' à ce que, de renégociation en renégociation, les prêts soient allongés, les spreads rationnés, les indexations sur le Libor écrêtées et les quotités annuelles du "service de la dette" strictement plafonnées. Bref, il s'agit, au fond, de décourager les banques new-yorkaises et autres de trop prêter - ou même pour un temps, de prêter - à des entreprises ou des administrations d'Amérique latine, cependant que des efforts parallèles sont à mener pour donner à des coopératives d'Etats, comme la BIAD, le maximum de ressources prêtables et à des partenaires étatiques (européens ou asiatiques) l'occasion de participer à des entreprises mixtes de grande envergure avec des Etats (ou des coopératives d'Etats) latino-américains. Le tout en bordant ces efforts par des politiques budgétaires solides, nourries de fiscalités bien réorientées. Toutes choses qui ne pourraient progresser que par saccades et au prix de tumultes divers : mais l'Amérique latine ne se libérera pas de la géhenne où elle souffre depuis un demi-siècle, sans au moins une décennie d'efforts pénibles.

Derechef, on peut lire les réflexions précédentes à l'envers, c'est-à-dire en supposant que de telles orientations sont irréalistes, inatteignables, périlleuses, etc. On en découvrira alors le contretype qui est une prolongation (jusqu'à quand ?) des crises et drames des décennies récentes. Une même double lecture est conseillée pour les réformes commerciales à opérer dans ou/et contre l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Dans cette voie des progrés substantiels ont été amorcés récemment, à l'initiative, notamment du Brésil. En effet, le groupe des 20 pays mené par la Chine, l'Inde et le Brésil, qui s'est affirmé en 2003 qui a fait avorter, à Cancun, la conférence de l'OMC préparant une nouvelle vague mondiale de libéralisation des échanges a encouragé les 34 pays du continent américain, asssemblés à Monterrey, en 2004, à écarter le projet de Zone de Libre-Echange panaméricaine, obstinément soutenu par les Etats-Unis. Certes, rien n'est acquis, mais la "ligne de front" s'est utilement déplacée : l'effacement rapide des douanes, subventions et autres aides qui entretiennent à grands frais les agricultures (presque dépourvues de paysans…) du Japon, d'Europe et des Etats-Unis étouffent les paysanneries d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine semble devenir l'objectif premier pour que l'OMC poursuive ses efforts libre-échangistes. Il est donc temps de réfléchir aux étapes suivantes d'une démarche internationale ajustant sagement les chances de développement des pays où, comme en Amérique latine, l'avenir industriel ne peut être exposé à tous les vents, quels que soient - dans la moyenne et longue durée - les bénéfices réels d'échanges de plus en plus souples.

Ici, l'Amérique latine peut occuper un rôle pivotal, car elle est en voie d'industrialisation bien plus avancée que l'Afrique et qu'une grande partie de l'Asie, tout en ayant déjà souffert durant des décennies du libre-échange mal tempéré auquel la Chine et l'Inde commencent désormais à s'exposer. Mais cette position - que le Brésil de Lula semble bien comprendre - ne servira pleinement les intérêts propres de l'Amérique latine que si les pays de cette région ou, en tout cas, les principaux d'entre eux savent s'accorder et s'organiser, en déjouant autant que de besoin les pressions et manœuvres que les firmes et les administrations étatsuniennes ne se priveront pas d'exercer. Ainsi, l'essor de l'Amérique latine dépendra plus que jamais de la maturation d'un nouveau panaméricanisme.

 

(5) - La vibrante civilisation de l''Amérique latine

Je le répète, la réalité sociale est consubstantiellement économique, politique et idéologique, si bien que les remarques précédentes ont déjà produit, comme de biais, divers aperçus culturels que le politique ou l'économique ne pouvaient masquer totalement. Mais ici la perspective est différente : il s'agit de privilégier les aspects idéologiques de l'Amérique latine, ce qui rejettera vers l'arrière-plan diverses adhérences économiques ou politiques. Ou du moins, il s'agirait d'opérer de la sorte, si la documentation dont je dispose le permettait.. Mais ici, mes fréquentes ignorances vont se conjuguer avec l'apparente rareté des synthèses culturelles latino-amricaines, pour aboutir à des résultats que je juge plus insuffisants encore que ceux des pages précédentes. Donc, je vais, plus que jamais formuler des interrogations ou aventurer des hypothèses, faute de pouvoir avancer avec assurance. Je le regrette d'autant plus que - première hypothèse - j'ai le sentiment qu'un progrés de la région latino-américaine vers une meilleure connaissance de soi et vers un aménagement du système mondial actuel, mieux ciblé à son profit, requerraient une exploration approfondie de ses réalités culturelles, plus encore que de ses réalités économiques et politiques - ce qui n'est pas le cas pour d'autres régions du monde, comme l'européenne ou la nord-américaine. J'appelle donc le lecteur à redoubler de vigilance critique.

Des appareils idéologiques très inégalement développés ?

L'Eglise fut longtemps un puissant appareil idéologique d'Etat (AIE) dans presque toute la région. A-t-elle partout perdu cet adossement pour n'être plus qu'un simple AI ou a-t-elle gardé à l'échelle nationale, locale ou domaniale des liens privilégiés avec le pouvoir ou la propriété ? Ces éventuels bastions ont-ils été renforcés par les pressions vaticanes contre la "théologie de la révolution" ? Soutenus ou construits par la nouvelle "maçonnerie" de l'Opus Dei ? ou par une reprise en mains de certaines des 18 provinces jésuites ou de toutes - fût-ce au prix de l'éviction des "brebis galeuses" par trop converties à la "politique", en Amérique centrale notamment ? A-t-elle partout parachevé son redressement post-révolutionnaire aussi bien qu'au Mexique ? Est-elle partout exposée à la concurrence de cultes amerindiens (ancrés dans les peuples plutôt qu'appareillés ?), c'est-à-dire grignotée par le vaudou, la santeria ou le candomblé, désormais sortis de leur clandestinité dans le sein même de l'Eglise ou dans l'ombre des communautés (paysannes, urbaines, indiennes, métisses, autres) ? Subit-elle, par ailleurs une vive pression de la part des églises, confréries, "sectes" et autres AI religieux, qui se réclament de l'une des branches du protestantisme ou d'autres mouvements (et lesquels) ?

L'AI scolaire, de tous niveaux, dépent-il encore d'AI religieux (et lesquels ?) dans certains Etats, à certains niveaux ou dans certaines filières spécialisées ? Ou bien les Etats (locaux ? fédéraux ?) contrôlent-ils cet AI ? Quel est le poids réel des réseaux transcontinentaux comme la Iberoamericana ou sa rivale laïque ? Existe-t-il, à des fins spécialisées, allant de la formation des maïtres jusqu'aux laboratoires de la recherche savante la plus onéreuse, des formes pérennes de coopération latino-américaine, sans oublier le foisonnant fouillis des colloques ? Quelle géographie intra-régionale ces coopérations dessinent-elles ? Débordent-elles souvent vers les Etats-Unis ou dépendent-elles de ceux-ci ? La CEPAL a-t-elle(eu) une doctrine à cet égard ? Des Etats se veulent-ils pilotes, comme le Mexique accueillant les intellectuels émigrés des dictatures militaires ? Cuba ? Brésil ?

Que penser des données sur l'illettrisme des plus de 15 ans : 11 % pour l'ensemble de la région, 3 % en Argentine, 8 % au Mexique, 12 % au Brésil, etc. ? Y a-t-il des paquets de pays retardataires ? des sous-régions, des classes sociales, des communautés amerindiennes particulièrement négligées ou, au contraire, traitées par des soins spéciaux ? La situation actuelle s'inscrit dans quelle dynamique ? celle-ci réussit-elle à surclasser les effets de l'exubérance démographique ? Les taux de scolarisation qui sont très supérieurs à ceux du Proche et Moyen-Orient ont-ils pour conséquence qu'à la différrence de cette dernière région, les études supérieures s'accomplissent au pays, plutôt qu'en Europe et aux Etats-Unis ?

Sans détailler autant le questionnement, je pense qu'il faut bien jauger la diffusion de la presse et du livre, le foisonnement de la radio et de la télévision, l'extension (ou déjà le déclin ?) du cinéma, et l'utilisation domestique de l'informatique et d'internet, en s'intéressant aussi à leur degré de pénétration par des intérêts et des produits étatsuniens.44

L'inventaire géopolitique des AI ne doit pas s'arrêter là, pour une région où les spectacles sportifs jouent un rôle politique et culturel majeur, où la création artistique résiste apparemment bien à la marchandisation mondialisante, en quelques domaines comme la littérature, la musique, la peinture, etc et par quelques spasmes comme ceux dont la production cinématographique est le siège dès que des Etats bloquent un tant soit peu le rouleau compresseur hollywoodien. En tous domaines, il s'agît à la fois d'apprécier les degrés et les formes de pénétration des firmes et institutions nord-américaines, d'évaluer l'importance et le rayonnement des foyers de culture régionale et de rendre visibles les linéaments de possibles politiques culturelles nationales ou coopératives (entre Etats). En toutes matières, il s'agît d'évaluer la triple inégalité de l'appareillage idéologique : entre pays; entre communautés, classes et autres groupes d'un même pays; et par rapport aux autres régions du SM actuel, afin d'asseoir une réflexion sur les chances d'autonomie culturelle de l'Amérique latine.

 

Sur l'hégémonie en vigueur.

En effet, il faut garder présent à l'esprit ce qu'on peut appeller la bascule de Gramsci, le rapport qui s'établit en chaque société entre la contrainte exercée par l'Etat et le consentement de la population à l'ordre établi. Contrainte / consentement, autrement dit en remontant à leur source : domination politique* / hégémonie idéologique*. Le soubassement de la domination est à chercher dans l'appareil d'Etat* dont les classes dirigeantes peuvent faire usage, le socle de l'hégémonie est inscrit dans la culture commune* à toutes les classes de la société que le système complet de l'appareillage idéologique* entretient et déforme.45

Aux dominations politiques, déjà évoquées, ne font face, semble-t-il que deux types (rivaux) d'hégémonie, si je puis omettre les séquelles de l'hégémonie communiste* à Cuba46 et les (moins rares ?) séquelles d'une hégémonie fasciste* - qui, d'ailleurs n'a nulle part eu le temps de mûrir, me semble-t-il. Ces deux rivaux sont l'hégémonie religieuse* et l'hégémonie juridique*.

La première n'implique pas une adhésion commune ou majoritaire à une église donnée ou à un faisceau d'églises apparentées, mais elle signifie que tout ce que détaille la culture commune (rites de passage, mœurs, manières de vivre, ethos de la quotidienneté, etc. ad infinitum) est un brouet de prescriptions "divines" devenues traditionnelles. Ainsi, par exemple, toute le Proche et Moyen-Orient du SM actuel vit sous hégémonie religieuse. Même dans le Liban polymorphe, la Turquie à demi kémalisée, etc., les traditions islamiques donnent à cette hégémonie sa couleur principale.

La seconde - l'hégémonie juridique - ne signifie pas que les Codes et les Tribunaux règnent en maîtres, que "l'Etat de droit" est de rigueur, que la démocratie parlementaire est révérée comme son Idealtype, mais elle atteste que tout ce que détaille la culture commune est considéré comme étant de facture humaine-sociale et non pas issu de quelque révélation ou divinité que ce soit, ce qui n'empêche nullement d'abondantes survivances et reviviscences religieuses, mais ne laisse jamais le dernier mot aux instances religieuses, quelles qu'elles soient, pour trancher des manières de vivre. Dans le système mondial actuel, l'Europe est un exemple majeur d'hégémonie juridique, comme la Papauté a pu le constater en se faisant largement battre dans les pays des plus chrétiens où elle a tenté de freiner les progrés de la contraception, de l'avortement, du divorce, etc.

A tort ou à raison, je pense que l'Amérique latine a déjà basculé du côté de l'hégémonie juridique, même si celle-ci est loin de mûrir partout au même rythme et que les combats qui ont sanctionné les régimes dictatoriaux des dernières décennies ont servi d'accélérateur à cet égard. Mais il se pourrait que je surestime ainsi le "désenchantement du monde" latino-américain et sa sécularisation en profondeur. Or ce point est politiquement essentiel, car la plasticité des sociétés et leur aptitude à contester la "nature des choses" locales et mondiales est toujours inhibée par une hégémonie religieuse. Intégrer ou exclure les communautés indiennes, les émigrés récents, les futurs nouveaux venus; libérer les statuts féminins des lourds carcans machistes qui les enserrent encore; concevoir de nouveaux avenirs et vingt autres questions de même envergure supposent que "la loi et les mœurs" ne soient pas figés par une hégémonie religieuse, celle-la même qui inhibe un Proche et Moyen-Orient, apparemment riche de possibilités.47

Au reste, l'hégémonie ne change jamais du jour au lendemain. Elle se transforme par une série de crises idéologiques, majeures comme celles qui accompagnent une révolution ou un "mai 1968", mais aussi mineures comme celles qui accompagnent les longs débats législatifs sur tout ce qui "libère" les mœurs ou les tâtonnements divers qui conduisent aux novations dans l'appareillage idéologique et, par ce canal à de partiels "enrichissements" de la culture commune. L'émergence d'une hégémonie juridique et sa maturation résultent donc d'un processus qui peut être long, qui est toujours saccadé et qui n'est jamais parfaitement abouti. Si bien que, pour en juger, il est inutile de s'en tenir aux grands discours des acteurs sociaux (constitution, codes, lois, programmes politiques, etc.) si l'on ne peut en contrôler la portée dans l'évolution des mœurs, le développement de l'auto-appareillage social48, l'exercice effectif de la liberté d'expression, etc. Autrement dit dans l'épaississement de la société civile* aux dépens des appareils d'Etat* ou hors leur portée. Un seul exemple pour concrétiser cette orientation de recherche : quand les principaux pays d'une région ne disposent pas de télécommunications largement diffusées49, le plus moderne des assouplisseurs de société civile leur fait encore défaut, si bien que les porte-voix médiatiques des pouvoirs établis noient encore les sociétés civiles dans un brouhaha peu favorable à leurs libres proliférations. Donc, l'hégémonie juridique est encore naissante, car il faut toujours en juger selon les conditions techniques de l'époque.

Mais sa maturation se heurte à des obstacles "involontaires", tels les travaux pratiques de démocratisation auxquels les Etats-Unis se sont livrés maintes fois en Amérique latine, de 1954 (le Guatemala d'Arbenz) à 2003 (le Vénezuela de Chavez, à suivre), sans que cette région en ait l'exclusivité. Rien n'est plus utile qu'un procès Pinochet pour effacer localement les traces de telles aberrations.

 

Les nouvelles Indes occidentales

A la différence du proche et Moyen-Orient où l'idée qu'il existerait une nation arabe actuelle ou potentielle exerce des ravages depuis le début du 20è siècle, l'Amérique latine n'a jamais été effleurée par un rêve analogue. Ici, l'illusion, répandue surtout dans une partie des classes dominantes serait que cette région est peuplée d'Etats-nations nés de la décolonisation. J'ai discuté ce non-sens plus avant pour ce qui est des Etats. Quant à leur union originelle avec des nations dignes de ce nom, il suffit de réfléchir à l'hétérogénéité de populations dont le métissage est loin d'être achevé et à l'essor très inégal des identités nationales, d'un pays à l'autre autant qu'en chaque pays, pour se déprendre de cette autre illusion, dans une région du monde où la conversion de populations en nations, amorcée par la Reforma et la révolution mexicaines est loin d'avoir déjà été imitée en tous pays.50

Au reste, la révolte du Chiapas est venue rappeler que, même au Mexique, le métissage ethnique et culturel est loin d'être achevé, alors qu'il constitue l'essentiel de .l'intégration nationalitaire (avec des chances de promotion sociale qui tendent à s'égaliser). Le Guatemela voisin où la majorité maya demeure tenue à distance du pouvoir, malgré plusieurs décennies de révoltes et de répressions exemplifie une situation de non-métissage délibéré (qui est le versant culturel d'une féroce inégalité économique), situation que l'Equateur, le Pérou et la Bolivie illustrent au même titre que les républiques d'Amérique centrale et dont le Chili ou le Paraguay sont également atteints de façon plus sournoise - ou plus répressive.

Il n'est pas sûr que la confusion des minorités indiennes éparses presque en tous pays, en une seule masse d'Indiens supposés autochtones, confusion qui semble avoir été promue par les manifestations transcontinentales qui saluèrent (à leur façon) le 500è anniversaire de la "découverte" effectuée par Christophe Colomb, ait aidé à clarifier le problème politique que la plupart des pays latino-américains ont à résoudre, à savoir l'intégration de leurs Indiens, c'est-à-dire la mise à égalité des communautés concernées avec les majorités métisses pour tout ce qui concerne les chances économiques, les conditions de vie, d'éducation et de santé et les capacités de participation politique. Une telle transformation, opérée par incitation et sans contrainte est pourtant la condition même d'une maturation nationale, ouvertement généralisée au fil des ans et des décennies.

L'intérêt profond d'une telle évolution ne peut être mesuré à l'échelle de chaque pays considéré isolément, car l'homogénéisation ethnico-culturelle des différentes populations que l'on dit "nationales" et, donc, la cohérence accrue de leurs Etats respectifs et la densification de leurs ressources physiques et morales me semblent être l'une des conditions maîtresses d'une bonne maturation de l'Amérique latine, d'une émancipation collective de cette région. Faire des descendants actuels de ce qui fut le dépotoir historique d'Indiens décimés par la colonisation des corps et des esprits, d'Africains arrachés à leurs terres natales et convertis en outils agricoles, de miséreux Européens rejoignant tardivement et massivement des conquistadores parfois issus de leurs pays et, sur le tard, d'immigrants venus d'Asie ou d'ailleurs, faire, donc, de ces brouets complexes des peuples cohérents, fiers de leurs travaux et point trop méfiants de leurs Etats est, en effet, le principal moyen d'ouvrir à l'Amérique latine ses deux principales voies d'avenir : une coopération de moins en moins méfiante de ses peuples et de ses Etats entre eux et une capacité de dialogue de plus en plus égalitaire avec les Etats-Unis.

Bref, la maturation de nouvelles Indes occidentales couvrant tout ce que j'ai déjà appelé la deuxième Europe, est - me semble-t-il -l'objectif que les forces éclairées devraient viser en Amérique latine, notamment lorsqu'elles réflechissent aux effets actuels et prochains d'une exubérance démographique qui se ralentit déjà et s'amortira bien avant la fin de ce siècle. Est-ce souhaitable ? est-ce possible ? il vaut la peine, en tout cas, d'en discuter.

 

(7) - Enfin un Nouveau Monde ?

L'équation United States = America est si communément acceptée de par le monde et jusqu'en Amérique latine qu'il faut la contourner par de longues périphrases pour traiter des Amériques unamerican, je veux dire autres que les Etats-Unis d'Amérique du nord. Pour échapper à cet impérialisme linguistique et démêler la paille du grain, j'ai utilisé jusqu'ici l'inélégant étatsunien et le vulgaire latino, mais je vais désormais désigner comme Américains les peuples de la région étudiée, puisqu'ils ont toutes chances de conforter leur majorité qui est déjà bien établie sur le continent américain et qu'ils ont de bonnes chances d'y devenir, enfin, un faisceau de puissances sorties de l'ombre des Etats-Unis d'Amérique du Nord.

En effet, l'Amérique latine n'existe pas encore en tant que telle dans le SM actuel, mais plusieurs développements importants, en semblent lui promettre une prochaine émergence.51 En effet, cette région n'est plus colonie de l'Espagne ou du Portugal, mais partenaire commercial de ces deux pays qui, le premier surtout, déploient de grands efforts pour y élargir leur commerce et leurs prises de participation. Elle n'est plus le champ clos des marchands et des banquiers anglais. Mais elle est assurément le backyard des Etats-Unis, comme on a pu en juger sous divers angles. Toutefois les ruades politiques de ses peuples au cours des dernières décennies ont imposé une transformation (ou un camouflage) de cette arrière-cour sous diverses formules coopératives. Depuis l'étouffement des révoltes populaires, les principaux Etats américains, aussi étranglés soient-ils par leurs dettes internationales, ont entrepris d'allonger leur laisse bancaire, d'enrichir leurs capacités marchandes et d'esquisser entre eux ou avec leurs pairs d'autres continents de nouvelles coopérations, non ou peu dépendantes des Etats-Unis. Ainsi, la transformation du backyard étatsunien en un voisinage de bonne compagnie n'est plus une perspective impensable, même si c'est encore un objectif mal clarifié et d'atteinte délicate. Certes, il se pourrait que, d'ici peu de décennies, les Etats-Unis affrontés à trop de difficultés dans trop de régions du monde en viennent à pratiquer un nouvel isolationnisme qui les amènerait à consolider, autour du donjon nord-américain, leur backyard en un camp retranché accroissant leur profondeur stratégique. Néanmoins, cette perspective est d'une probabilité encore très faible et rien ne garantit qu'elle séduirait (ou soumettrait) les Etats et les peuples américains de la région. Donc, il est raisonnable d'examiner plus avant les chances de l'Amérique latine de se hisser au rang de voisin à traiter sinon comme un égal du moins comme une puissance considérable.

 

 Sur la violence légitime

Une condition requise à cette fin concerne la "violence légitime". L'Amérique latine échappe mieux que toutes les autres régions du SM actuel aux guerres inter-étatiques. L'époque où le Brésil arrondissait ses frontières en guerroyant volontiers est aussi "oubliée" que la guerre du Chaco et il n'a resté récemment qu'un gouvernement péruvien aux abois pour réveiller un vieux conflit sans enjeu substantiel. De ce fait, les armées pourraient fort bien être allégées et les budgets dispensés d'achats militaires sophistiqués et onéreux. L'exemple du Costa Rica pourrait se généraliser en remplaçant partout l'armée guerrière par une gendarmerie à usage interne52 dont l'utilité ne se démentira pas dans une région où des inégalités extrêmes et des arriérations ethnico-régionales surchargent les potentiels de luttes de classes qui sont activés par une industrialisation importante et un latifondisme persistant. Ladite gendarmerie devrait avoir pour ennemis les milices latifondiaires et leurs émules, ainsi que les bandes trop vite dites "mafieuses" que les conurbations à 10 ou 20 millions d'habitants et plus (Mexico, Sao-Paulo, Rio de Janeiro, Buenos Aires, Lima, etc.) produisent souvent. Parfois, comme dans la pauvre Colombie de ce temps, un banditisme effectif serait à cibler également, mais en sachant que sa surinfection par des milices et des séquelles de guerilla imposera de toutes façons un règlement plus politique que militaire.53 Partout, cette gendarmerie devrait aussi être orientée vers la désinfection des armées et polices elles-mêmes, car celles-ci ont été corrompues par la répression des forces politiques jugées "trop à gauche", par l'utilisation de méthodes illégales et par les commodités de la mordida. Bref, la gendarmerie devrait tendre à garantir - et, s'il le faut, à reconstruire - le monopole étatique de la violence légitime.

Des raisons qui donnent à cette proposition l'allure d'une utopie plus que d'un objectif politique majeur et atteignable, deux seulement méritent considération, le reste étant l'effet des dérangements que l'atteinte de cet objectif provoquerait pour les classes nanties de richesses et de pouvoirs et pour la politique anti-drogue d'Etats-Unis d'Amérique du Nord qui devraient réexaminer enfin leur nouvelle Prohibition. Première objection, donc : cette perspective néglige le potentiel de tensions internationales dont l'Amérique latine est porteuse.54 La réponse essentielle à cette objection pertinente est que l'Amérique latine gagnerait beaucoup à s'inspirer des mesures de désarmement contrôlé et de mise en confiance réciproque qui ont été expérimentée avec succés en diverses régions du monde, notamment en Europe après le traité d'Helsinki (1975), et à méditer le cas des guerres balkaniques d'après 1990, car celles-ci attestent que la paix a besoin d'Etats bien assis. Autrement dit, le monopole de la violence légitime est aussi une valeur d'ordre international à soutenir comme telle, fût-ce au prix d'une assistance internationale aux gendarmeries faibles ou inexpérimentées. La seconde objection concerne, évidemment, les réactions à attendre des Etats-Unis que la relative démilitarisation de l'Amérique latine priverait de maintes occasions d'y intervenir et de quelques débouchés pour leurs industries d'armement. Mais le fait est que cette région ne conquerra son autonomie et ses chances de développement pour son compte propre qu'en dérangeant les Etats-Unis.

 

Sur la coopération économique et politique

Ce dérangement se profile déjà, d'ailleurs, du fait de la seconde condition requise pour que l'Amérique latine sorte du backyard, comme l'examen de ses entraves économiques et financières l' a déjà fait apercevoir. Le sas bloquant les capitaux flottants expérimenté par le Chili, tout comme les moratoires de crise imposés par l'Argentine après 2002 seraient des expédients sans avenir si le FMI d'aujourd'hui n'était travaillé par une crise sournoise dûe au fait que de plus en plus d'Etats sont dérangés par les crises de surendettement, les fuites de capitaux après des afflux trop massifs et les taux déraisonnables imposés aux crédits internes et internationaux par les "plans de sauvetage", si ce n'est par le crédit "ordinaire" des banques internationales. Ni les Etats-Unis, ni la banque new-yorkaise et ses émules ne sont gênés pour autant, si bien qu'il faudra encore quelques "crises" soi-disant asiatiques ou latino-américaines pour que quelques réformes deviennent possibles. Les grands pays d'Amérique latine aideront à la maturation de ces réformes en proposant leurs solutions et surtout en refusant de nouveaux "plans de sauvetage" à l'ancienne. Leur capacité pour ce faire dépendra de la vigueur et de la netteté de leur coopération économique, y compris pour prendre effectivement le contrôle de la Banque Interaméricaine de Développement.

Cette visée coopérative s'esquisse déjà dans le blocage répété de la Zone de Libre-Echange des Amériques (ZLEA), cette sorte d'Alena (=TLC) étendue au continent tout entier, malgré ses contre-performances au Mexique. Les Etats-Unis qui promeuvent la ZLEA et qui, à défaut, tentent de multiplier les accords bilatéraux de libre-échange s'opposeront certes à une coopération économique qui valoriserait les échanges à l'échelle d'un Mercosur élargi au Vénézuela (en projet), au Pérou et au Chili, etc. et qui s'emploierait aussi à défendre et, parfois, à élargir en les adaptant, les formes de capitalisme d'Etat* qui survivent au Brésil et ailleurs. Mais leur opposition peut être contrée par des alliances visant à réformer l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) comme celles que le Brésil a entrepris de nouer avec l'Inde, la Chine, etc., tous pays - dits du G20 - où de larges séquelles de capitalisme d'Etat avivent la croissance.55 Certes, il y a loin de l'actuel Mercosur aux perspectives qui viennent d'être esquissées, mais derechef, la question est de savoir si le Brésil, le Mexique, l'Argentine et quelques autres pays voudront et sauront entraîner la région vers un essor plus riche et plus rapide, s'ils voudront l'autonomiser, bref, s'ils voudront qu'elle existe par soi et pour soi. La 11è Conférence de la CNUCED qui se tiendra au Brésil en 2005 pourrait, tout comme les prochains colloques de Porto Alegre, offrir l'occasion de réfléchir coopérativement à de telles perspectives.

Les deux conditions examinées jusqu'ici impliquent une volonté de coopération politique, mais elles n'épuisent pas les mérites de celle-ci qui est en somme une troisième condition à considérer pour elle-même. Sans tomber dans le gauchisme des années 1960-70 qui fit parfois grand cas d'un sous-impérialisme brésilien jugé démultiplicateur de l'impérialisme étatsunien, on doit souligner que le Brésil exercera vraisemblablement un rôle prééminent dans une telle coopération politique, car sa démographie, son économie et son élan y conduisent.56 Quoi qu'il en soit, la prépondérance brésilienne ne sera jamais incontestée, si bien qu'il est souhaitable qu'un mariage harmonieux de ses intérêts avec ceux du Mexique et de l'Argentine soit obstinément recherché et entretenu, ce qui ouvrirait vraisemblablement un espace de compromis où les autres Etats américains pourraient se nicher sans soumission et avec profit. Au reste, assez de fonctions spécialisées et valorisantes s'offriraient à une Amérique latine se voulant coopérative, pour que les représentants de nombreux pays puissent exalter l'honneur de leur nation dans les instances de l'ONU, de l'OMC, du FMI et de maintes autres institutions internationales, y compris à l'échelle de l'Amérique latine elle-même.57 La difficulté ne serait pas là, mais bien dans l'élaboration de positions communes et dans la prise de contrôle - hors tutelle étatsunienne - des instititions panaméricaines existantes ou à créer. Sans doute une attention particulière devrait-elle être apportée aux cas des Républiques de l'isthme central qui ont peut-être besoin d'être "décolonisées" économiquement et politiquement, tout en étant incitées à intégrer égalitairement leurs populations amerindiennes et en étant aidées à cette fin. D'autre manière, une égale attention devrait être consacrée à toute la Mer Caraïbe, qu'il s'agisse d'épargner à Cuba post-castriste une rechute dans sa "riche misère bordelique" d'avant 1958, d'aider Haïti à sortir enfin de sa stagnation miséreuse, etc., mais aussi d'aider au nettoyage des "paradis" bancaires, fiscaux, "droguistes" et autres qui y empoisonnent maints pays, et enfin d'apprendre le bon usage des séquelles coloniales (telles les "accords de Lomé" de l'Union Européenne) qui abondent dans cette région. Vastes tâches, que compléteraient bien d'autres urgences dans les Andes et sur le flanc nord-est où s'étalent les périls, bien distincts, de la Colombie et du Vénézuela.

La coopération politique en Amérique latine gagnerait à écarter ou à minimiser les conflits armés, tout en favorisant l'intégration des classes pauvres et la multiplication des emplois pour détendre des sociétés par trop inégalitaires. Au reste, cette coopération politique devrait s'appliquer également à la promotion culturelle de la région, y compris à l'affermissement de son rayonnement international. Ces objectifs, pour partie inclus dans des tâches évidentes, sinon faciles, en matière de scolarisation, de soins sanitaires, d'alimentation et d'hygiène (ô ce manque d'eau potable…), etc. devraient aussi inclure des visées plus élitiques débordant des capacités propres aux Etats, fussent-ils brésilien ou mexicain. Ainsi des instituts universitaires et techniques de très haut niveau, des laboratoires de recherche, des académies et des Cinecitta, etc. pourraient naître et croître pour féconder la région, en mobilisant ses talents épars plus vite et mieux que les Etats ne pourraient le faire isolément. Pour diversifier richement ces orientations, tout en aidant la région à exister par elle-même, c'est-à-dire à sortir de l'ombre des Etats-Unis, de multiples coopérations transatlantiques seraient opportunes, en débordant bien au delà des coopérations économiques déjà évoquées et des échanges culturels déjà bien établis. En effet, beaucoup de pays européens prêtent de longue date une grande attention aux œuvres littéraires et artistiques de toute sorte qui leur viennent d'Amérique latine et les traces des séjours bénéfiques que maints artistes et intellectuels de cette région ont effectués en Europe sont nombreuses. Sans être négligeable, la réciproque est moins vraie : des foules de touristes européens ont commencé de visiter le Mexique et quelques autres pays, mais le flot des étudiants, intellectuels, artistes et scientifiques qui viennent y travailler ou y parfaire leur apprentissage demeure assez maigre. De vigoureuses initiatives paneuropéennes et panaméricaines pourraient amplifier ces trop maigres échanges pour le plus grand bien d'une Amérique latine en voie d'émancipation.

En effet, les pays d'Amérique latine agissant isolément et coopérativement ont tout intérêt à s'ouvrir au monde le plus possible, à y aller voir et à s'y montrer, à mondialiser leur conception du monde. Agir de la sorte avec l'Espagne et le Portugal, certes; mais tout autant avec la France et l'Italie; et bien davantage avec l'Europe entière. Promouvoir le commerce Sud-Sud, sans aucun doute, mais au delà du commerce, révéler toutes ses richesses non-marchandes et découvrir les trésors des régions baignées par des civilisations non-européennes. Prêter attention au Japon, certes, non point à la manière d'un Fujimori y cherchant un avantage particulier - ou un asile politique quand le Pérou ne voulut plus de lui - mais bien en suivant, de Chine en Inde et en Afrique du sud, les traces de Lula avec l'ambition de coopérer avec le plus possible d'Etats dits "du sud", dans un maximum de domaines. Bref, se mettre à exister dans tout le système mondial actuel.

J'y insiste une dernière fois : la maturation d'une Amérique latine libérée de sa dépendance séculaire est parfaitement concevable et souhaitable; mais sa concrétisation - nécessairement pluri-décennale - requerra d'énormes efforts politiques que, seule, une coopération élargie et persévérante pourra alléger. Durant ce long trajet, la difficulté principale résultera des intérêts nord-américains auxquels le backyard actuel convient tout-à-fait. Pour parachever l'indépendance des Amériques, les Américains de la "deuxième Europe" devront assurément aider à Civiliser les Etast-Unis, cette "quatrième Europe" aussi rugueuse que riche.


 

 

Notes

29 Plus chers en spread, nonobstant les fluctuations du Libor : voir annexe 4

30 En % des recettes d'exportation - auquelles les banquiers s'intéressent car elles produisent des rentrées de devises étrangères, moins aléatoires que les apports de capitaux extérieurs - le service de la dette fluctue pour de multiples raisons (compétitivité des firmes locales, fluctuations du marché mondial, concurrence chez les pays importateurs, évolution des taux du crédit ici et là, évolution des changes, des fiscalités, etc.). Néanmoins le surendettement onéreux tend à dégrader ce ratio, sauf prix écrasés à l'exportation, c'est-à-dire réduction drastique du niveau de vie national.

31 FMI, cité par la Revue de la Banque du Canada - Printemps 2002 (p. 39).

32 Sauf précautions à la chilienne ou à la malaise : voir annexe 4.

33 International Banking Impact, étude de Roussakis et Thomakos, (U. de Miami), 15 juin 2000, publiée par la Florida International Banking Association

34 Sur ce blanchîment d'argent et sur les GAFI, voir annexe 4.

35 Cette formule est de Monica Gendreau, dans un remarquable ensemble sur Los Rostros de la Pobreza, coordonné pa Rigoberto Gallardo et Joaquin Osorio, 2 tomes, Itesio, U. Iberoamericana, 1998.

36 Pour les années 1950-90, voir latam_1.

37 Cet investissement se manifeste par une "formation brute de capital fixe", à ne jamais confondre avec les apports de capitaux volatils qu'attirent, à des fins spéculatives, les placements boursiers. Voir les World Development Indicators publiés en 2002 par la Banque Mondiale (figure 4.7, page 69). Le détail par pays (figure 4.2, page 59) montre en outre que le Brésil et le Mexique ont été les principales victimes du freinage "libéral".

38 Les seules retouches à ce tableau pourraient provenir des statistiques d'après 2000, du fait des désordres argentins et surtout, d'autre manière, des comparaisons avec la Chine et l'Inde.

39 Fonds bancaire de protection de l'épargne

40 Le Brésil qui sut s'allier avec le Paraguay et l'Uruguay pour exploiter les capacités électriciques du Parana pourrait utilement s'associer avec le Vénézuela et d'autres partenaires latinos pour organiser l'exploitation des bitumes de l'Orénoque, créer les techniques et fonder les entreprises ad hoc, afin d'échapper à l'emprise que les Etats-Unis s'efforceront de conquérir,à mesure qu'approchera "l'après-pétrole" conventionnel. Une telle démarche renouvellerait l'exploit que fut la production massive d'ethanol par laquelle le Brésil allégea considérablement l'effet des chocs pétroliers de 1973-75, quelles qu'aient été, alors, les réactions des industriels du pétrole et de l'automobile.

41 De ce point de vue, les prudences de Lula, depuis son accession à la présidence brésilienne, en 2003, sont des plus prometteuses, nonobstant les critiques populistes ou gauchistes qu'elles ont suscité sur place et - sottise redoublée - en Europe.

42 Formule liant mécaniquement le crédit interne au stock de devises étrangères

43 Voir www.imf.org/np/speeches/2000/101200.htm (p.7)

44 Que le groupe Abril s'ouvre présentement à des investisseurs étatsuniens est-ce une singularité pour l'édition brésilienne et, plus généralement pour la région ? Que Siglo XXI ne cesse de perdre et de renouer ses alliances est-ce une singularité ? Que les Organizaçoes Globo vacillent, est-ce un symptôme significatif ?

45 Toutes les notions marquées (*) sont développées dans les tomes 3 et 6 de La Société, disponibles notamment sur www.macrosociologie.com

46 Cuba duele, comme dit Galeano…

47 Voir sur ce point Le Proche et Moyen-Orient, étude disponible sur le site www.macrosociologie.com

48 Cet auto-appareillage se manifeste notamment par la libre création de sociétés commerciales et par le libre foisonnement des associations de toute sorte, y compris les syndicats, les partis, les églises indépendantes de l'Etat, etc.

49 Le téléphone encore rare (Brésil et Argentine 20 % de la population; Mexique 14 %) et l'informatique domestique plus rare encore (Argentine 9 % des ménages, Brésil et Mexique 6 %) ou la rareté des émetteurs de radios et des chaînes de télévision non contrôlées par des monopoles étatiques ou privés sont d'évidents indices de faiblesse relative des sociétés civiles.*

50 Il me semble que le Labyrinthe de la solitude d'Octavio Paz - qui conteste l'ancienneté des nations sud-américaines et l'existence d'une indianité unitaire - contraste heureusement avec les illusions "arabes" et vaut pour toute l'Amérique latine.

51 Etant bien entendu qu'en macrosociologie, les hommes se comptent par millions et les durées par décennies

52 Sauf interventions coopératives dans des Etats américains à nettoyer d'emprises "mafieuses" ou de dictatures dûment condamnées.

53 Un grand pas serait accompli dans cette direction si une coalition d'Etats sud-américains prêtait son appui à un gouvernement colombien (à légitimité non douteuse - c'est-à-dire contrôlée) afin qu'il puisse gendarmer son pays sans le concours ambigu des Etats-Unis d'Amérique du Nord, mais avec le concours d'Etats non-"droguistes".

54 Même si la course vers l'armement nucléaire engagée jadis par l'Argentine et le Brésil ne renaït pas.

55 On peut utilement comparer les performances chinoises (en PIB par tête, rapporté à celui des Etats-Unis) avec celles qui ont été présentées ci-avant pour l'Amérique latine où pratiquement tous les indices de ce type sont en déclin depuis 1990 et souvent même depuis 1950. En effet, la Chine qui a plongé ou stagné entre les indices 4 et 5 de 1950 à 1978 est ensuite, passée par un mouvement presque continu, de 5 en 1980 à 7 en 1991 et à 12 en 2002 (indices PWT 6.1). Sur cette lancée, elle dépasserait l'indice 40 au milieu du 21è siècle….

56 Mais qu'en est-il au juste de la balance des migrations de et vers ce pays et, par ailleurs, de l'intercommunication entre ses populations et les hispanophones du reste de la région ?

57 Le fait que le Brésil assure présentement la direction de la force essayant de pacifier Haïti est un exemple à suivre de près.


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