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L'EUROPE OU LES EUROPES

 

Table des matières

Annexe 1 - La politique agricole commune (PAC)

Annexe 2 - Recherche d'une politique monétaire ()

Annexe 3 - Sur la géographie des luttes de classes

 


TABLE DES MATIERES

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Inroduction

Premiàre partie - L'Europe au temps de la guerre froide

(Autrement dit : L'Europe dans le troisième système mondial capitaliste)

(1) - La chaïne américaine.

(2) - La chaîne soviétique.

(3) - Reconstruction ou novation ?

(4) - Capitalisme d'Etat à l'ouest, socialisme d'Etat à l'est.

(5) - La vogue des "communautés" à l'ouest.

(6) - Les bénéfices du communisme.

(7) - L'OTAN s'insatalle.

(8) - L'effondrement du socialisme étatique.

(9) - L'Europe des Etats.

 
Deuxième Partie - L'Europe après la guertre froide

(Autrement dit : L'Europe dans le quatrième système mondial capitaliste)

(10) - La nouvelle donne.

(11) - La jeunesse de l'euro.

(12) - L'OTAN contre l'Europe.

(13) - L'Europe affaiblie par ses élargissements.

(14) - Les inquiétudes de l'Europe vieillissante.

(15) - Les grands Etats européens : 2 + 1 < 3.

(16) - Les carrefours de l'Europe.

 
Annexes

Annexe 1 - La Politique Agricole Commune (PAC)

Annexe 2 - Recherche d'une politique monétaire

Annexe 3 - Sur la géographie des luttes de classes


 

Septembre 2004

 

L'EUROPE OU LES EUROPES

 

Annexe 1

 

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LA POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE

 

(dite PAC)

 

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Le Traité de Rome, fondateur de la Communauté Economique Européenne (CEE) entra en application le 1er janvier 1958, mais la PAC qui allait devenir sa principale conséquence - budgétaire, sinon politique - ne tourna rondement qu'à partir de 1966. Après quoi, d'euphories en catastrophes, elle poursuivit un chemin aussi cahoteux qu'onéreux.
 
De la PAC au pactole

Au départ, l'objectif affiché était de sortir l'Europe des Six (Allemagne, Bénélux, France et Italie) d'une dépendance alimentaire dont le rationnement des années de guerre avait fait cruellement sentir l'acuité. A cette fin, les six pays coalisés dans la CEE entreprirent d'accroitre la productivité de l'agriculture, tout en stabilisant le marché de chaque produit. Leur démarche conduisit à créer, avec toutes les associations professionnelles concernées, une "organisation commune" pour chaque catégorie de produits; à garantir, cas par cas, un prix plancher (baptisé "prix d'intervention"); et à imposer un "prix indicatif" à partir duquel les importations seraient taxées. Il s'agissait, en fait, d'abriter le marché commun agricole et, si possible, d'acquérir une capacité d'exportartion. On rétablit de la sorte un protectionnisme semblable à celui que Méline et ses émules d'autres pays avaient établi vers la fin du 19è siècle contre les blés et bovins à bas prix en provenance des "pays neufs", mais un protectionnisme collectif des pays de la CEE avec, en pointillé, l'ambition bientôt affichée de faire de la CEE une puissance exportatrice de produits agricoles. Le mécanisme des prix ainsi fixés pour chaque campagne, c'est-à-dire année par année, était simple et le demeura, malgré les complications dont il fut surchargé au fil des ans. Pour les produits dont le prix plancher était menacé par une production excessive, des interventions stabilisèrent l'offre. On stocka du beurre, du lait en poudre, on distilla le vin excédentaire, etc, quitte à déstocker ou à exporter quand le marché en offrit l'occasion. Pour les produits dont les prix plancher étaient menacés par des importations à trop bas prix, on soumit les importateurs de ces produits à des taxes ramenant leurs marchandises au niveau des prix plancher . Enfin, pour gérer les dépenses de stockage (et équivalent) et les recettes tirées des déstockages ou des taxes à l'importation, on créa un Fonds Européen d'Orientation et de Garantie Agricole (FEOGA) annexé au budget général de la CEE.1

 La première étape de la PAC commença allègrement en 1962 par la création de "l'organisation commune" du marché des céréales, suivie de peu par l'organisation du marché des bovins et ainsi de suite. Au fil des années, une vingtaine d'organisations communes furent ainsi établies mais seulement après qu'une grave difficulté politque, survenue en 1963, eût été levée. Cette année-là, en effet, le gouvernement de Gaulle agaça plusieurs des membres de la CEE en, refusant l'accés de la CEE, à la Grande-Bretagne qui souhaitait alors y entrer. Dans ce contexte, la fixation des prix pour les produits déjà concernés par la PAC fit problème, d'autant que les modalités de la solidarité financière entre Etats durent être précisées et qu'il apparut clairement que le solde des interventions dûes à la PAC serait inégal d'un pays à l'autre. L'affaire traîna, d'autant que le gouvernement français menaça de quitter la CEE et s'abstint de participer aux délibérations agricoles. Cette politique de "la chaise vide" cessa en juillet 1965, quand un compromis politico-financier fût trouvé (et que le Benelux se résigna au rejet du Royaume-Uni).2

Alors commença l'âge d'or de la PAC. L'auto-suffisance européenne fut atteinte en moins de dix ans - sauf en de rares produits comme le soja - les exportations se développèrent, les excédents demeurèrent occasionnels et gérables. Le financement s'ajusta sans trop de drames, le revenu paysan s'améliora, sauf en quelques régions où la modernisation tardait à s'accomplir et où aucune industrie attractive ne venait purger les campagnes de leur main-d'oeuvre excédentaire. Bientôt des aides furent prodiguées pour améliorer les techniques culturales et répandre les semences sélectionnées, l'insémination artificielle et autres progrés génétiques, cependant que les législations nationales s'adaptèrent souvent au regroupement des trop petites exploitations et au remembrement des terres trop parcellisées. Evidemment, les gains furent plus nets en plaines qu'en montagnes où les friches gagnèrent du terrain. De façon moins évidente, l'agriculture fut bientôt prise en sandwich entre les industries d'amont qui lui procurent matériels, semences, engrais et produits phyto-sanitaires et les industries d'aval, dites agro-alimentaires, qui façonnent les produits agricoles en marchandises adaptées aux goûts de consommateurs dont elles orientent par ailleurs les habitudes. Les gains de production réalisés dans ces conditions s'accompagnèrent d'un puissant développement du crédit, souvent favorisé par les Etats. Le paysan s'enrichit, mais s'endetta, ce qui le mit en situation périlleuse quand la production déborda des débouchés internes et internationaux;. En outre, la dépendance où le tient son "sandwich" d'industries s'appesantit peu à peu, sauf dans les pays où la coopération agricole était ancienne, solide et respectée, pays aux premiers rangs desquels figurent les Pays-Bas et le Danemark. Au dernier rang, se situe la France où les paysans sont combattifs à la moindre crise, mais individualistes en diable : leurs organisations devinrent puissantes en effectifs, mais demeurèrent impuissantes pour ce qui est d'organiser la production et la commercialisation des produits. Pas question, dans ce pays riche en tous domaines ruraux, de conquérir une prédominance semblable à celle des Danois sur des marchés bien choisis (porc, fromage, etc.) ni d'établir en quelque domaine que ce soit une prédominance mondiale équivalant à celle des Hollandais sur le marché international des fleurs coupées

Toujours est-il que la PAC s'élargit comme la CEE qui passa de six à neuf pays en 1973 (Royaume-Uni, Danemark et Irlande), puis à dix en 1981 (Grèce) et à 12 en 1986 (Espagne et Portugal). Lorsque l'effectif passa à 15 en 1995, avec l'entrée de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande, la PAC était déjà en proie à des tensions difficiles à réduire, qu'elle accentuera pourtant en 2004, par un saut de 15 à 25 Etats membres.3

 Quotas et jachères

Durant les années 1970, la surproduction devint chronique. Peu à peu, toutes les novations concourrurent à ce résultat, jusqu'à l'alimentation des bovins, herbivores convertis aux farines-de-n'importe-quoi, au détriment même des céréales. Les "restitutions"4 à l'exportation s'enflèrent pour ces dernières, comme pour d'autres produits. Pour résorber les excédents, la CEE dut durcir sa PAC de diverses façons dont chacune donna lieu à d'âpres débats, renouvelés d'année en année et scandés par de multiples manifestations revendicatives. Les turbulences paysannes devinrent plus fréquentes que les grèves ouvrières.

Certaines productions furent limitées par des quotas, c'est-à-dire des maxima de production garantie. Pour les céréales, les dépassements de quotas furent tolérés, mais taxés. Pour limiter les surcoûts dûs aux achats publics de produits excédentaires (stockage de beurre, distillation de vin, etc.), la croissance annuelle du budget du FEOGA fut plafonnée, à partir de 1985, à 74 % du taux de croissance du PIB durant l'année considérée. La betterave gémit, le blé revendiqua, mais les plus mal lotis se trouvèrent du côté des élevages et des fruits et légumes (où les "pleines saisons" de naguère furent annulées par l'abolition des frontières du marché commun, même si les groupements de producteurs établirent parfois des "barrages filtrants" illégaux). Parmi les autres difficultés qui compliquèrent plus encore les marchés agricoles, les péripéties monétaires occupèrent une place éminente. Les prix garantis pour chaque "organisation commune" de produit étaient exprimés en une monnaie de compte identique pour tous les pays de la PAC, mais cette monnaie "comptable" devait être convertie dans les diverses devises des pays inclus dans la PAC, si bien que les réévaluations du deutschmark, les dévaluations du franc et d'autres monnaies qui étaient alors soudaines et fréquentes durent être corrigées. A cette fin, on créa en 1969 un système de "montants compensatoires monétaires positifs ou négatifs", au mécanisme fluctuant et complexe, qui tendait à annuler, pour les producteurs ruraux, les conséquences des aléas monétaires, ce qui ajouta finalement au coût de la PAC en élargissant les marges de manoeuvre frauduleuse ouvertes aux négociants européens, notamment aux exportateurs. Ces compensations disparaîtront en 1999, sauf pour les pays qui refusèrent de se joindre à l'euro..

Mais il subsista d'autres fraudes qui tenaient à la difficile coopération des administrations nationales, compétentes pour l'agriculture, et de l'administration européenne, laquelle ne peut se livrer qu'à d'occasionnelles inspections sur le terrain d'une PAC de plus en plus étendue. Ainsi les mises en jachère décidées pour limiter les production de céréales, de betteraves, d'oléagineux et de protéagineux, les primes à l'arrachage de vignes, les primes à la vache (et le marquage qui individualise chacun des animaux concernés) offrirent l'occasion de ruses et de tricheries pas faciles à contenir.

Même rationné, le pactole de la PAC continua d'exister, mais les stocks devinrent énormes : par exemple, à la fin de 1991, 25 millions de tonnes de céréales et 900;000 tonnes de viande bovine. Une réforme plus radicale dut donc intervenir, dès 1992. Elle se traduisit par une diminution importante des prix de soutien, notamment dans le secteur céréalier et, à un degré moindre dans le secteur des produits animaux. A quoi s'ajoutèrent des mises en jachère obligatoires, mais compensées par quelques nouvelles aides. En outre, la CEE laissa à ses Etats membres le soin de régler directement et à leurs frais les aides complémentaires qu'ils créèrent éventuellement. Enfin, la PAC aida au reboisement de parcelles agricoles et favorisa la pré-retraite des agriculteurs de 55 ans et plus. Ces mesures, jointes à un resserrement des contrôles et à de plus rapides sanctions procurèrent à la PAC une certaine détente budgétaire, mais pour quelques années seulement.

En 2000, année dont le détail comptable paraît bien vérifié, la situation de la PAC se présentait ainsi, en chiffres arrondis :

41 % des ressources étaient encore absorbées par les "cultures arables" (céréales, betteraves, oléa- et protéa-gineux)

17 % par le boeuf et le lait

32 % par tous les autres produits

10 % enfin pour le développement rural, c'est-à-dire les aides non tournées vers la production.

Tous produits confondus, 23,1 % des valeurs agricoles proviennent de France, suivie par l'Allemagne et l'Italie (15,4 % chacune) et par l'Espagne (12,7 %), le tiers restant se partageant entre les onze autres membres de la PAC. Mais, les ressources procurées par la PAC - variables selon les catégories de produits - se partageaient tout autrement, si bien que la France était de loin le premier bénéficiaire net et l'Allemagne le principal payeur net5 , les autres pays occupant des positions diverses, mais moins tranchées. La Grande-Bretagne est un cas particulier, car sa contribution à la CEE (pour la PAC et les autres dépenses) fait l'objet d'un "rabais" de 4,6 milliards depuis un "accord" arraché par Mrs Thatcher en 1984.6

A présent, de nouveaux orages menacent, d'autant que les nouveaux participants, accueillis en 2004, vont "s'asseoir à la table du banquet"et que, sans attendre leurs concours et leurs pressions, de vives critiques dénoncent par ailleurs les méfaits de la PAC. Le pactole deviendrait-il une impasse ?

Avant la PAC à 25 : derniers efforts vertueux.

Des négociations achevées en 1999 et parachevées en 2002 ont en principe plafonné les dépenses de la PAC jusqu'en 2006 et parfois même jusqu'en 2013. Ces accords ultra-détaillés n'ont rien d'imprécis, même s'ils sont explicitement ouverts à quelques ajustements. Mais les aléas climatiques et autres affecteront de façon imprévisible les diverses productions, tandis que se feront sentir les évolutions politiques qui surviendront chez les Quinze d'aujourd'hui, chez les Dix nouveaux venus et, plus encore, dans le vaste monde où la PAC a mauvaise réputation.

S"agissant, en premier lieu, des projets prévisionnels concernant les Dix, on peut noter, par exemple, que les interventions prévues pour les céréales vont être progressivement rognées, mais que, pour satisfaire aux exigences du gouvernement français, toujours patriote du "blé qui lève", diverses souplesses pourront ralentir ces freinages pourtant nécessaires, sans compter qu'ici comme pour divers autres produits, des générosités nationales pourront corriger partiellement les reculs de la PAC, si les Parlements en décident ainsi, sans trop heurter les contribuables nationaux. Des précautions analogues accompagneront les quotas laitiers qui survivront jusqu'en 2014, sauf à leur appliquer aussi le nouveau verrou commun : en effet, le total de l'aide européenne pour toutes les catégories de produits sera plafonné au niveau de chaque exploitation. Encore faudra-t-il que les administrations nationales et européenne tirent bien ce vertueux verrou.

Pour l'élevage bovin et ovin, la novation est autre. Chaque Etat pourra soit conserver intégralement l'actuelle prime à l'abattage, soit conserver l'actuelle prime à la vache allaitante ainsi que 40 % de la prime à l'abattage, soit conserver 75 % de la prime spéciale aux bovins mâles, le tout sous réserve d'un paiement unique par exploitation. Encore un exemple ? Pour le vignoble, l'interdiction de planter de nouvelles vignes est maintenue mais assouplie afin de mieux accompagner les évolutions de la demande, tandis que les mesures d'arrachage sont confirmées, quoique ciblées sur les régions "qui connaissent des excédents structurels graves". Cette guerre à la piquette pourrait toutefois être gênée, parce qu'un "mécanisme de distillation de crise" pourra encore traiter "les cas exceptionnels de perturbation du marché", sans doute dûs à un ensoleillement excessif ?

Sans entrer dans plus de détails - tant ils abondent - on peut souligner les deux contradictions de ce dispositif. D'une part, il est riche de plafonds globaux par année et par catégorie de produits, tout en visant à globaliser l'ensemble des aides européennes au niveau de chaque exploitation, afin de limiter aussi leur total à cette échelle. Mais les exceptions et autres souplesses offrent maintes chatières dont on peut douter qu'elles soient toutes bien gardées par les agents de Bruxelles, des ministères nationaux ou des collectivités locales. Les souris feront encore des trous dans les plafonds. Si bien que, d'autre part, on doit observer que la décentralisation des plafonds, à l'échelle des "micro-régions de culture et d'élevage" qui permettrait d'ajuster les aides, leurs finalités, leurs plafonnements et leurs contrôles à des situations concrètes bien définies, n'est pas organisée par les directives à long terme de la PAC. Donc, cette souplesse hautement souhaitable dépendra des capacités décentralisatrices de chaque Etat et des habitudes citoyennes formées dans ces divers moules. On doutera donc que les velléités décentralisatrices de M. Raffarin suffisent, en la matière, pour balayer les résistances du Ministère de l'Agriculture français, de ses directions départementales, de ses partenaires (et tuteurs ?) des grandes confédérations "paysannes" et de l'omniprésent Crédit Agricole. Mais sait-on jamais ?

 La mise en oeuvre de la PAC à 25

Il serait vain de détailler les divers décalages et transitions imposés aux Dix nouveaux venus par leurs "accords d'adhésion" à l'Union Européenne (UE)7 et par les directives qui projetent la PAC jusqu'en 2006 ou, parfois, 2013, directives à la négociation desquelles ils n'ont guère participé et qui seront appliquées sous la houlette d'administrations locales et européenne non acclimatées à cette "terra incognita". D'inévitables remises en chantier interviendront à mesure que les Dix apprendront à "parler l'européen" et vérifieront si leurs espoirs se réalisent.8 Elles se mêleront aux réformes que les réactions des "vieux de la vieille" Europe susciteront pour des raisons multiples où les variations du climat politique en chaque Etat et les novations du commerce mondial joueront le rôle principal. La seule voie d'accés à ce futur mouvant est d'inventorier le stock des critiques qui se sont accumulées, à l'égard de la PAC, au cours des dernières décennies

Encore faut-il, avant d'écouter ces critiques, apprécier exactement leur contexte. En simplifiant quelque peu, on peut dire que la situation agricole de 2005 ne ressemblera à celle des années 1950 que chez certains des Dix. En Pologne, notamment, la surabondance des paysans et la médiocrité de leur équipement justifient ce rapprochement. A partir de là, tout un dégradé s'observe, jusqu'à la Tchéquie et la Hongrie où l'on trouve une situation point trop éloignée de celle de l'Europe occidentale actuelle. Ainsi, l'Europe de l'Est devra se délester d'un net excédent de paysans, selon un chemin longuement suivi par l'Europe de l'Ouest. Celle-ci, en effet, a d'ores et déjà rejoint le cas anglais des années 1950 - ou n'en est pas loin - car c'est une Europe sans paysans. Seules quelques micro-régions montagneuses,9 écartées, engluées dans un parcellaire peu remembré ou frappées par quelque anachronisme ethnologique10 comptent encore une main-d'oeuvre paysanne non négligeable, souvent d'âge élevé et pauvre de revenus. Ailleurs, des exploitations de bonne taille et bien équipées, assistées ou non par des sociétés de travaux ruraux, fonctionnent avec une main-d'oeuvre familiale, doublée de saisonniers pour certaines récoltes fragiles, telle celle des fruits et légumes. Or il est probable que, sous la pression concurrentielle de l'Ouest, les Dix perdront plus vite encore leurs sureffectifs ruraux, même s'ils réussissent à atténuer les conséquences sociales de ce mouvement, par exemple en s'inspirant des modèles danois et hollandais, plus que des exemples anglais ou français. Néanmoins, la prochaine décennie de la PAC, aux aides rabotées par des abattements dégressifs sera, pour les agricultures des Dix, une ère de modernisation et d'enrichissement en même temps qu'un puissant facteur de faillite et d'exode rural. Non point l'un ou l'autre, mais l'un et l'autre, en dosages variés par pays et par micro-région. Donc, une provocation à réclamations et débats.

Le gouvernement français qui fait mine, aujourd'hui encore, de s'en tenir aux aides et de refuser les réorientations vers le "développement rural" trouvera peut être dans les pays les plus arriérés de l'Est, des renforts pour soutenir sa position contre les pays accoutumés à la décentralisation - c'est-à-dire à l'action ajustée d'aussi près que possible aux besoins effectifs des micro-régions - et contre les pays "verts", plus sensibles que lui aux critiques environnementalistes et aux aspiratiuons écologistes que le "développement durable" tente de concrétiser. Mais il se condamne ainsi à de difficiles batailles en retraite qu'il serait plus sage de ne pas livrer, dût la croûte des "archéo-PAC" s'en trouver brisée. En effet, cette croûte s'est formée par l'alliance objective des services communautaires qui gèrent la PAC et de leurs homologues nationaux des ministères de l'Agriculture (y compris leurs antennes régionales et locales) avec les fédérations et confédérations pilotant une grande part du "syndicalisme paysan" et avec d'autres compères comme les Crédits Agricoles à la française ou les groupes industriels bien implantés à l'amont et à l'aval de ce qui reste de paysanneries. Un changement d'axe de la PAC désorganisera ce petit monde qui comprend fort bien "l'hébreu" des directives "agricoles", mais ne se soucie guère des secteurs et régions non ou mal désservis par la PAC actuelle, ni des critiques légitimes qui l'assaillent de l'extérieur.

Critiques légitimes dont les plus véhémentes s'en prennent aux prodigieux dégats provoqués par la dérive ultra-productiviste finalement engendrée par la PAC dans les pays où, comme en France, aucun contrepoids suffisant n'a pu infléchir la politique nationale. D'où d'épouvantables dégats causés aux rivières et aux nappes phréatiques, comme aux terres saturées de nitrates et de pesticides, aux airs désormais chargés de pollens "génétiquement transformés" et irrésistiblement transformateurs d'autres végétaux, sans compter les produits finals eux-mêmes gorgés d'adjuvants "conservateurs". La conversion des pollueurs en payeurs, c'est-à-dire la multiplication des précautions et des taxes destinées à contenir, puis à résorber ces méfaits majeurs n'a pas encore beaucoup de partisans en maints pays et certainement pas en France. Mais la conjonction des pays de l'Est, parfois moins abîmés et des pays déjà à demi entraînés dans la voie des "politiques vertes", ainsi que le coût croissant des soins et réparations imposés par la pollution environementale pousseront inévitablement dans cette voie que les politiciens "sages" d'aujourd'hui jugent encore utopique.

 La PAC vue de loin

Reste l'obstacle énorme auquel la PAC a commencé de se heurter : la situation des pays asiatiques, africains et latino-américains dont les produits agicoles de toute sorte sont écartés du marché européen par une PAC profondément protectionniste.11 Les seules exceptions concernent les produits exotiques (café, thé, cacao, quelques espèces fruitières, etc) ou, pour d'autres rares produits, les menues voies d'accés ménagées par les accords dits "de Lomé" au bénéfice d'anciennes colonies européennes et de quelques autres pays "pauvres mais méritants". Hormis, ces courants d'importations de peu de poids, les aides de la PAC font généralement blocage. Le cas le plus significatif est celui des multiples produits où la PAC offre aux exportateurs européens des "restitutions" qui compensent l'écart entre le prix que la PAC leur garantit et le prix qu'ils peuvent en tirer dans le vaste monde où ils sont soumis à la concurrence. Quelle que soit la diversité des normes qui les fixent, ces "restitutions" et leurs équivalents, sont de véritables subventions à l'exportation, par lesquelles la PAC assiste les exportateurs européens, tandis que le tarif extérieur commun à toute la CEE fait barrage aux importations à bas prix par lesquelles les producteurs hors-PAC pourraient dérégler celle-ci.

Mais dira-t-on "tout le monde fait la même chose !". Tout le monde, en effet, c'est-à-dire tout le monde riche qui protège ses paysans contre les importations "à trop bas prix" venues d'ailleurs. Une étude de l'OCDE12 a montré, en juillet 2004, que, pour les années 2001-2003, les pays les plus protectionnistes sont la Suisse, l'Islande et la Norvège dont le soutien fournit environ 75 % des recettes agricoles brutes, suivis de près par la Corée et le Japon (un bon 60 %), après quoi figurent l'Union Européenne (près de 40 %, le Canada (environ 35 %) et les Etats-Unis (un bon 20 %), etc. Ne disputons pas de ces chiffres, le fait est que les riches se protègent.et c'est bien ce qui irrite les pays du reste du monde. Les prochaines négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) amorceront vraisemblablement une décrue de ces "riches" protections.

En effet, des négociations mondiales doivent s'ouvrir en 2005 (ou un peu plus tard). Elles sont préparées depuis 1999, par d'âpres débats sur l'ordre du jour à respecter et sur le cadre général de l'accord à conclure, débats pour la tenue desquels l'OMC a pérégriné, comme l'on sait, de Seattle à Gênes et de Cancun à Doha, c'est-à-dire de tempête en tornade. Les décisions arbitrales rendues par l'OMC sur la base des accords déjà signés donnent une nette indication sur les évolutions à attendre. Le protectionnisme européen de la banane13 ou de la betterave à sucre et le protectionnisme américain du soja ou du coton ont été sanctionnés, cependant que l'Inde et le Brésil ont pris la tête d'une alliance d'Etats bien décidés à élargir ces brèches, Etats qui, ont déjà fait sentir leur poids au sein même de l'OMC. On est passé des manifestations de rue - qui d'ailleurs se répèteront - à des manoeuvres diplomatico-judiciaires au coeur de l'organisation mondiale. Donc, un peu plus tôt, un peu plus tard, plusieurs des piliers de la PAC seront sciés.

 

***

 

Débattre des évolutions souhaitables et des objectifs à privilégier déborderait de la présente annexe. Mais on peut, à tout le moins, dégager quelques principes : il est inutile de geindre pour sauver la PAC ou pour la restaurer dans sa (supposée) pureté originelle, mais il vaut la peine de la réformer radicalement, jusqu'à supprimer en peu d'étapes, toutes ses aides et "restitutions", pour les remplacer par des aides nouvelles, ciblées sur les seules micro-régions où une agriculture de haute qualité ou de grande difficulté sera jugée politiquement et humainement nécessaire; à quoi on devrait ajouter, pour peu d'années, un effort de restructuration pour mettre à niveau les agricultures de l'Est . Les réformer, aussi, jusqu'à remplacer toutes les procédures d'allocation centralisées à Bruxelles et dans les capitales étatiques par des procédures nouvelles, aussi finement décentralisées qu'il se pourra (quant à la fixation des objectifs et à la disposition des moyens), tout en bâtissant une solide police anti-fraudes d'échelle européenne et de portée, elle aussi, bien agencée localement.
 


 

NOTES

de l'annexe 1

 

1Ce schéma ultra-simplifié devrait être enrichi de multiples précisions, pour tenir compte des produits soumis seulement à une protection extérieure, de ceux inclus dans des accords internationaux particuliers et de ceux, enfin, qui bénéficient d'aides spéciales, sans compter maintes autres boucles : les détails de la PAC sont un hébreu connu de rares érudits.

2Auquel il sera mis fin en 1973.

3Cette dernière promotion comprend la Pologne et la Hongrie, les deux héritiers de la Tchécoslovaquie, les trois Etats baltes et la Slovénie, ainsi que Malte et la partie "grecque" de Chypre.

4 La principale simplification du mécanisme des prix présenté plus haut concerne ces "restitutions" dont il sera question plus loin, quand leur scandale deviendra mondial.

5 L'Allemagne verse quatre fois plus que la France à l'Europe. Sa charge nette équivaut à 0,36 % de son PIB (contre 0,12 % pour la France) car l'aide "régionale" qu'elle reçoit, notamment au titre de l'ex-RDA compense partiellement le déficit dû à la PAC.

6 Son fameux "I want my money back" a toutes chances d'etre enfin effacé au cours des prochaines années.

7 Puisque tel est désormais le nouveau nom de la CEE.

8 Une étude de la CEE publiée en mars 2002, estimait que, de leur adhésion à 2007, la PAC augmentera de 30 % le revenu paysan des Dix. C'est possible, en moyenne. Mais qu'en sera-t-il au niveau de chacun des Dix et, plus encore, au niveau de chacune des exploitations survivantes ?

9 Comme le sud de l'Allier.

10 Comme la Corse.

11 Et des marchés américain ou japonais par des obstacles analogues.

12 Dont les méthodes diffèrent de celles de la PAC, si bien que les protectionnisme américain y est, semble-t-il, un peu minoré.

13 En provenance des ex-colonies antillaises.

14 L'intégration dans l'Union Européenne n'a de portée bénéfique durable que si elle favorise des progrés économiques et sociaux du type de ceux dont l'Irlande, la Grèce, le Portugal ou l'Espagne ont bénéficié depuis leur adhésion.


 

octobre 2004
 

 

L'EUROPE OU LES EUROPES

 

Annexe 2

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RECHERCHE D'UNE POLITIQUE MONETAIRE

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En 1945, les monnaies européennes étaient en piteux état, même celles des pays victorieux. Dans les Etats occupés ou contrôlés par l'Allemagne, les banques centrales venaient de passer quelques années sous la tutelle de la Reichsbank. Pendant toute cette époque, la Banque des Relations Internationales (BRI) 15 géra les transferts imposés par l'Allemagne à ses vaincus, comme à ses autres voisins. En effet, le siège bâlois de la BRI demeura actif, ses administrateurs européens et américains continuèrent de se réunir périodiquement. Ses archives tardivement entrouvertes retracent les transferts d'or qu'elle organisa de 1938 à 1945, entre les banques centrales, y compris celles de Berlin et de New-York. Elles détaillent, en outre, les opérations de la Reichsbank, y compris les dépôts d'or effectués par cet établissement pendant la période où les banques et les populations européennes furent exposées à divers types de pillage. Elles rendent compte, enfin, des restitutions d'or pillé auquelles la BRI s'employa après la guerre, sous le contrôle d'une Commission Tripartite formée par les Alliés.

(1) - La difficile gestation de l'euro.

Pendant l'immédiat après-guerre, l'Europe manqua souvent des devises nécessaires à ses importations, sauf à utiliser les dons et prêts en $ que les Etats-Unis distribuèrent à leur guise, avant de consolider leur aide par le Plan Marshall. 16 Ainsi, de 1948 à 1951, une Union Européenne de Paiements (UEP) assura, sous contrôle américain, le clearing des réglements intra-européens, avec le concours technique de la BRI. De son côté, le Fonds Monétaire International (FMI) qui venait de naître commença à soutenir les monnaies faiblissantes dont il devait piloter les éventuelles dévaluations, à commencer par celle de la £, fortement dévaluée en 1948. La reconstruction et la reprise économique amplifièrent d'année en année les capacités d'exportation des principaux Etats européens, tandis que les déficits budgétaires américains, bientôt accrus par la guerre du Viernam, furent financés par d'abondantes émissions de $ fort bien acceptés par toutes les banques centrales qui en gonflèrent leurs réserves.17 Dans ce contexte en rapide évolution, les banques commerciales à qui la crise des années 1930 et la guerre avaient naguère fait perdre beaucoup de terrain, relevèrent la tête. Elles réclamèrent la "normalisation" des transactions internationales, c'est-à-dire la suppression des licences d'importation et des contrôles des changes. Peu à peu, satisfaction leur fût donnée, sous l'égide d'une Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) dont la mission première avait été d'orchestrer l'application du Plan Marshall, mais dont l'objectif affiché était le retour au libre-échange promis par ce même Plan. De leur côté, les Etats que la crise et la guerre avaient engagés dans maints rouages de l'économie et que les progrés du Welfare State, réclamés par la plupart des électorats, entraînaient plus avant dans cette direction "interventionniste" ne purent s'abandonner aisément au retour en force des banques commerciales. Mais les nouveaux tumultes des années 1970 bouleversèrent les rapports de force entre le capitalisme d'Etat et le capitalisme privé.

 Durant ces années 1970, les monnaies européennes furent affectées par les mesures dont les Etats-Unis usèrent pour "corriger" leurs déficits. En supprimant la garantie qu'ils avaient donnée à toutes les banques centrales de leur racheter de l'or à 35 $ l'once (ce qui permettait à ces banques de loger le $ à côté de l'or dans leurs réserves de change), ils interrompirent les cessions d'or qui menaçaient d'épuiser leur propre stock d'or, mais ils démolirent du même coup le système de Bretton-Woods sur lequel était bâti le FMI. Non sans tâtonnements, compliqués par les conséquences du "choc pétrolier" de 1973, un nouveau système de "changes flexibles" fût confié à la garde du FMI. Celui-ci laissa à la discrétion de chaque banque centrale le soin de gérer sa monnaie autour de son taux de change officiel, sauf à intervenir par des prêts assortis de contraintes lorsque ce taux devenait intenable. Les principaux pays européens - membres de la Communaurté Economique Européenne (CEE) ou s'apprêtant à y entrer, comme la Grande-Bretagne - convinrent, en 1972 d'un système plus restrictif. Ces pays venaient d'être secoués par de graves péripéties monétaires, notamment par une dévaluation du franc et une réévaluation du deutschemark. Les gouverneurs de leurs banques centrales décidèrent de se réunir chaque mois au siège de la BRI 18où ils préparérent un "Accord de Bâle" (avril 1972) qui réduisit de moitié les marges de fluctuation autorisées par le FMI. La marge accordée par ce dernier était de 2,25 % au dessus ou au dessous du taux de change officiel, autrement dit le "tunnel" du FMI où chaque monnaie devait se tenir était large de 4,5 %; les monnaies européennes durent s'en tenir à 1,125 % au dessus ou au dessous de leur propre taux, soit une marge totale de 2,25 %. La presse parla d'un "serpent" (européen) dans le "tunnel" du FMI. La gestion de la politique agricole commune et des "montants compensatoires monétaires" qui corrigeaient les distorsions monétaires au sein de la CEE justifiait ce système qui se présentait en outre comme un simplificateur de tous les échanges intra-européens.

Une variante enrichie vit le jour en 1979, sous le nom de Système Monétaire Européen (SME). Il maintint, en principe les mêmes marges de fluctuation, mais il renforça les mesures d'entraide et de contrôle réciproques entre les banques centrales chargées de l'appliquer. Celles-ci avaient pris de longue date l'habitude de se prêter (à court terme et avec garantie de change) des capitaux massifs pour soutenir celle d'entre elles qui se battait contre une menace de dévaluation, aggravée par une spéculation internationale. Les prêts d'une banque centrale à l'autre (sans risque de change) furent dénommés swaps et entourés d'une forte discrétion anti-spéculative (d'efficacité variable). L'accord de 1979 rendit obligatoire cette semi-mutualisation des réserves des banques centrales du SME, mais elle ne survécut qu'aux prix d'occasionnelles distortions des taux-pivots : des monnaies vertueuses comme le mark ou le florin (hollandais) s'en tinrent aux marges initiales, d'autres pays, anciens de la CEE ou nouveaux venus dans celle-ci, furent autorisés à élargir leurs marges jusqu'à 6 % au dessus ou au dessous de leur taux-pivot et il fallut même, à partir de 1983, porter cet assouplissement jusqu'à plus ou moins 15 %. Les spéculateurs n'interprétèrent pas ce laxisme apparent comme une reculade, mais y virent à bon droit l'indice d'une volonté de les combattre.

En effet, les travaux préparatoires de l'euro progressaient réellement. Le traité de Masstricht qui allait lui donner naissance avait été signé en 1992, l'Institut Monétaire Européen qui devait préparer techniquement cette monnaie nouvelle vit le jour en 1994, les ratifications du traité de Maastricht se multiplièrent (au prix d'un opting out19 ouvert à la Grande-Bretagne, au Danemark et à la Suède) et un "pacte de stabilité et de croissance" fut signé en 1994 pour apaiser les dernières réticences, allemandes notamment.

En juin 1998, la Banque Centrale Européenne (BCE) fut effectivement créée et elle forma, avec les banques centrales des 15 pays de l'Union Européenne (UE) - alors membres de la CEE ainsi rebaptisée - un Système Européen des Banques Centrales (SEBC) au sein duquel les 12 pays ralliés à l'euro constituent l'Eurosystème. Au 1er janvier 1999, l'euro devint effectivement la monnaie commune de cet Eurosystème, mais les 11 monnaies des 12 Etats participants20 continuèrent de circuler dans leurs domaines respectifs, jusqu'au 1er janvier 2002 où l'euro succéda pleinement à ses onze prédécesseurs.

 La BCE est désormais la banque centrale de l'Union Européenne, hormis les trois pays dissidents qui ne cessent de s'interroger sur leur éventuelle entrée dans une institution qui leur est ouverte, mais à la direction de laquelle ils ne participeront qu'après leur adhésion. Sauf décision nouvelle d'ici là, les 10 nouveaux membres, entrés dans l'UE en 2004 ne pourront pas pratiquer l'opting out, mais ils n'entreront pleinement dans l'Eurosystème qu'après avoir satisfait aux obligations définies par le traité de Maastricht, c'est-à-dire après avoir rejoint une situation proche de la moyenne européenne pour ce qui est de leur taus d'inflation, de leur éventuel déficit budgétaire et de leur dette publique. De son côté, la Grande-Bretagne s'est efforcée d'entrer dans le Conseil des Ministres des Finances qui supervise les activités de la BCE, mais ce droit de regard sans participation lui a été logiquement refusé par les douze pays aujourd'hui membres de l'Eurosystème.

 (2) - L'ajustement d'une monnaie coopérative.

 De fait, l'euro a remplacé sans aucune difficulté les monnaies des douze pays membres et il a occupé sur le marché international des changes une place correspondant à celle qu'occupait l'ensemble de ses prédécesseurs. Néanmoins, cette transition indolore ne signifie pas que l'Eurosystème ait déjà atteint un équilibre satisfaisant, car trois problèmes majeurs demeurent irrésolus ou - ce qui est plus grave - mal résolus : celui des transferts intra-européens, celui du contrôle politique de la BCE et celui du "pacte de stabilité".

Le Système Européen des Banques Centrales qui travaille désormais sous la houlette de la BCE gère un réseau dénommé Target, acronyme anglais désignant le transfert express automatisé transeuropéen à réglement brut en temps réel, mais ce Target vise des objectifs trop limités. Son insuffisance tient à la trop faible autorité de la BCE sur des banques naguère souveraines, qui demeurent plus attentives aux intérêts et aux routines des banques commerciales de leur ressort qu'à l'optimisation de l'euro et de son fonctionnement paneuropéen. Les transferts d'un pays à l'autre n'atteignent pas le même degré de célérité et de sécurité que les transferts internes des pays les mieux organisés et les mieux disciplinés par leur ex-banque centrale. A quoi s'ajoutent des écarts de barêmes qui pèsent sur les transactions commerciales et les opérations des particuliers, sinon sur les transferts transeuropéens des groupes capables d'obtenir de leurs banquiers un service aussi rapide et aussi peu coûteux dans l'espace européen que sur le marché mondial. Dès 1994, l'Institut Monétaire Européen dirigé par Lamfalussy, banquier riche d'une expérience acquise notamment à la direction de la BRI, s'était employé à préparer une coordination ou, mieux, une unification des systèmes nationaux de clearing et de virement en usage dans le futur Eurosystème. Puis Duisenberg, premier président de la BCE et ex-dirigeant de la banque centrale néerlandaise - c'est-à-dire d'un pays commerçant, fort attentif aux diligences bancaires - a pris le relais. Mais deux banquiers qualifiés et dix ans de travaux et de négociations n'ont pas suffi pour résoudre des problèmes dont l'habillage juridico-technique ne doit pas faire illusion. Les blocages ont été réduits, mis non effacés. Ils tiennent fondamentalement aux intérêts de banques pour qui le temps (de vérifier ci et d'organiser ça) c'est de l'argent, à moins que ce ne soit, simultanément, un moyen de fidéliser une clientèle en l'engluant.

A l'époque où Delors, président de la CEE, pilotait la préparation du traité de Maastricht, ses services et lui-même ont vanté les futurs mérites de l'euro qui allègerait et simplifierait toutes les transactions bancaires transeuropéennes. Hormis la suppression des commissions de change manuel qui ont disparu puisque les mêmes pièces et billets sont partout valides,21 ce pronostic optimiste a été démenti. Les bénéfices réels de l'euro tiennent à la disparition des fluctuations monétaires qui troublèrent l'espace européen jusqu'en 1998, mais non aux économies et simplifications qu'il a procurées. Pour modifier cette situation, une réorganisation du pouvoir dans et sur la BCE sera nécessaire. Du pouvoir dans la BCE qui est gouvernée par un directoire de cinq membres, eux-mêmes noyés dans un Conseil général où siègent aussi les gouverneurs des douze ex-banques centrales. En somme, ceux-ci ne sont pas devenus les subordonnés du nouveau directoire, si bien que l'aptitude de ce dernier à orienter les ex-banques centrales et surtout à contrôler leurs pratiques et à doubler autant que de besoin les contrôles qu'ils exercent sur "leurs" banques commerciales est fort incomplète et mal ajustée aux besoins, vis-à-vis de pays dont la maturité bancaire demeure inégale.

Ce défaut intime du Système Européen des Banques Centrales - qui s'aggravera du jour où les dix nouveaux venus de l'Union Européenne entreront dans l'Eurosystème - est renforcé par un déficit politique majeur. En effet, à la différence des banques centrales américaine et japonaise, comme de celles des autres principaux pays à monnaie propre - y compris les pays européens d'avant l'euro - la BCE n'est subordonnée à aucun pouvoir politique, une fois réglée la nomination, pour huit ans non renouvelables, des membres du directoire. La seule exception prévue par le traité de Maastricht concerne l'éventuelle dévaluation (ou réévaluation) de l'euro, pour laquelle le président de la BCE et son directoire sont soumis à l'autorité d'un conseil des ministres des Finances aux contours mal cernés (du fait de l'opting out des rebelles-à-l'euro et de la multiplication des nouveaux venus dans l"antichambre de l'euro), conseil qui, en tout état de cause ne pourraitt être opérationnel d'heure en heure et des jours durant quand surviendrait une événtuelle crise de change.

Le vice majeur de la BCE est donc dans son autonomie par trop absolue, dans son indépendance totale vis-à-vis du pouvoir politique (hormis les rares nominations "à huitaine" d'années) Les statuts de cette super-banque centrale lui donnent pour unique objectif de stabiliser les prix. dans son aire d'action. Cette monomanie anti-inflationniste, héritée de la Bundesbank, a été consolidée, pour rassurer ladite banque allemande, par un pacte de stabilité qui fixe des limites précises au déficit budgétaire des Etats et au montant maximum de leur endettement cumulé :(3 % du PIB courant, dans le premier cas et 60 % dans le second) à quoi s'ajoute une norme pour la moyenne des prix : pas de hausse supérieure à 2 % par an. Le tout sanctionné par des pénalités budgétaires. Ce soi-disant pacte de stabilité est muet quant aux baisses de prix (caractéristiques des crises économiques), il ignore l'évolution du chômage et de l'emploi, il est superbement indifférent aux fluctuations de la conjoncture écomique, qu'elles soient cycliques, accidentelles ou d'autre venue. Bref, il exprime le rêve d'un retour du 19è siècle, dont le seul prolongateur, durant le 20è siècle européen, fut le Dr Salazar qui fit de l'escudo portugais une monnaie stable pendant des décennies de crises et de guerres - et qui maintint de la sorte l'arriération du Portugal dans une Europe en pleine transformation.

En 2004, cinq ans après la mise en service de l'euro, le système rêvé par ses inventeurs craque de toutes parts. L'Allemagne, initialement apaisée par le pacte de stabilité et la France apaisant l'Allemagne par une adhésion complète à ce pacte furent les deux premiers pays à sortir de ses limitations budgétaires, pour faire face - de façon d'ailleurs maladroite - à une conjoncture déprimée. Insensibles aux exemples vertueux que donnaient d'autres pays de l'Eurosystème, ces deux puissances résistèrent victorieusement aux sanctions qui auraient dû les frapper, si bien que la réforme du pacte de stabilité a été mise en chantier. Mais rien ne garantit, pour le moment, qu'elle sera prolongée par un recalibrage des statuts de la BCE, pour affermir le pouvoir dans celle-ci et, plus encore, le pouvoir politique sur celle-ci. En effet, si l'on veut éviter un simple assouplissement du pacte de stabilité, afin de s'attaquer, même timidement, aux défauts majeurs du système actuel, deux énormes obstacles devraient être franchis ou, à tout le moins contournés. Premier obstacle : comment raboter les pouvoirs conservés par les ex-banques centrales, de façon à les empêcher de protéger - volontairement ou non - les routines et les travers de "leurs" banques commerciales respectives et à rendre possible un jeu différencié du crédit dans un espace économique européen qui ne sera pas homogénéisé de sitôt et qui, par conséquent, réagit de façon différenciée aux poussées dépressives ou inflationnistes qui se manifestent dans tout cet espace, qu'elles soient importées, comme l'effet des fluctuations des prix pétroliers, ou qu'elles soient endogènes, comme il résulte inévitablement des décisions incoordonnées des entreprises et des administrations. Second obstacle, plus délicat encore : à quel pouvoir politique faut-il soumettre la BCE ? Les mauvaises solutions, en forme de comité ad hoc ou de rotation entre Etats sont riches de variantes toutes médiocres, mais les bonnes solutions, négociées à 12, 15 ou 25, ne pourront pas être d'atteinte facile, car elles déborderont nécessairement de la monnaie vers le crédit et, de là, vers le budgétaire (c'est-à-dire vers la quotité et la nature des dépenses et recettes publiques) le tout sans perdre de vue le poids international déjà acquis par l'euro. Quoi qu'il en soit et quelles que doivent être les itérations successives pour aboutir à un résultat pertinent, une chose est hautement souhaitable : il faut tout faire pour atteindre ce résultat, c'est-à-dire pour renforcer et pérenniser l'euro.

 En effet, à la différence de la PAC qui surcharge les capacités d'action de l'Union Européenne pour un résultat de portée désormais mineure, l'euro est un acquis positif de la coopération européenne. Le fragiliser, jusqu'à son émiettement, voire son effacement, coûterait cher à tous les Etats européens et, plus encore, à leurs populations respectives. Un retour aux fluctuations monétaires d'avant 1999 et aux stop and go22 d'avant et surtout d'après 1975 provoquerait un profond recul économique et social et non un retour à l'expansion glorieuse d'après-guerre. En douter, c'est imaginer que le système mondial d'aujourd'hui est semblable à celui de 1945-75, que les dispositifs politiques des Etats européens n'ont guère évolué depuis lors et que les populations européennes d'aujourd'hui sont portées par un élan comparable à celui de la reconstruction, du baby-boom, du bâti d'un Welfare State, etc. En fait; la BCE peut devenir avec la Banque Européenne d'Investissement et avec le concours d'appareils bancaires bien contrôlés et de bourses mieux agrégées, le levier financier d'une politique hardie. A condition que la coopération des Etats soit agencée de façon à bien asseoir un noyau stratégique de pouvoir, capable d'impulser cette politique et de l'adosser à un regain d'espérances populaires, générateur d'adhésion et d'enthousiasme.

 


NOTES

de l'Annexe 2

15 Créée pour le réglement aux banques américaines, des dettes contractées par les Alliés de 1914-18 - principalement la France et l'Angleterre - et pour le réglement aux dits Alliés des réparations imposées à l'Allemagne par le Traité de Versailles

16 Voir 1è Partie (n° 1)

17 Non sans faire fructifier lesdites réserves par des prêts à court terme qui devinrent l'une des sources du nouveau marché international du $ - dit, alors, des eurodollars - à quoi s'ajoutèrent, après 1973, les arabodollars engendrés par les hausses pétrolières provoquées par l'OPEP.

18 Ainsi naquit le Comité de Bâle.

19 Faculté de s'abstenir : depuis lors, l"Angleterre et ses suiveurs font partie de la CEE, mais non de l'union monétaire.Ils relèvent encore du SME de 1979.

20 Le Luxembourg, pourtant riche d'une densité bancaire exceptionnelle, n'avait pas de monnaie propre, mais faisait usage du franc belge.

21 A condition de n'avoir pas à les mobiliser par chèque bancaire, par utilisation d'un distributeur de billets ou par quelque autre procédure bancaire tarifée selon des taux très variés dans l'Eurosystème.

22 Les stop and go sont les alternances de relance et d'austérité auquel les désordres monétaires ont conduit maints gouvernemernts.

 


février 2005

 

 

L'EUROPE OU LES EUROPES

Annexe 3

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SUR LA GEOGRAPHIE DES LUTTES DE CLASSES

 

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Cet immense sujet, peu étudié, est trop souvent noyé sous des représentations simplistes de l'impérialisme ou de la "mondialisation". Le premier de ces termes, chargé d'un sens nouveau par Lénine, ses contemporains et leurs sources a été utilement porté au concept, même si maintes vulgates, marxophones ou non, l'ont derechef réduit à quelques simplismes au lieu de le travailler autant que le développement social réel le rend nécessaire. Le second n'est qu'une "vocabulosité", un mot aussi vague que vaste qui aide les esprits paresseux à faire l'économie d'une théorie explicite du système mondial et de son histoire.

Ici, faute d'avoir le temps d'y revenir, je vais négliger les systèmes mondiaux antérieurs au développement du capitalisme industriel, étant bien entendu que leurs immenses séquelles qui peuplent une grande partie des formations économiques et politiques actuelles 23 ont encore quelques répondants aux Etats-Unis ou en Europe. Il suffit de rappeler qu'avant le premier épanouissement d'un mode de production capitaliste 24 , dans l'Angleterre du 18è siècle, les seules classes présentes et actives loin de leurs sociétés d'origine étaient, d'une part, les agents du commerce lointain (marchands et leurs subordonnés, sur mer comme sur terre) et, d'autre part, les diverses classes asservies, tirées du lointain par conquête, razzia, commerce de traite, etc. A ces deux catégories complexes, il faut ajouter les peuplades parfois massives transplantées de ci de là dans les empires de grande taille et les minces filets d'itinérants individuels ou groupés (pélerins, "étudiants", "artistes", etc.).

(1) - Dans les systèmes mondiaux capitalistes, à côté des classes relevant de modes de production de plus ancienne facture et d'appareils étatiques souvent encore minces 25, de nouvelles classes se sont agglomérées à l'échelle d'entreprises d'abord limitées. Les plus importantes sont nées par novation ou par assemblage d'activités textiles déjà déployées sous des formes artisanales ou manufacturières et de quelques autres activités proto-industrielles en dérivant (armes, mines, verre, papier, etc.). Leur importance n'a cessé de croître par accumulation et concentration du capital (c'est-à-dire réinvestissement de profits, apports nouveaux de capitaux monétaires et fusion d'entreprises). Une bourgeoisie industrielle s'est ainsi formée à une échelle longtemps locale ou régionale et son mode de production a gagné d'autres branches d'activité préexistantes (transport, commerce, banque, etc.) ou créées à partir d'embryons artisanaux, (métallurgie, chimie, industries mécaniques, et ainsi de suite à l'infini). Cette bourgeoisie proliférante, mais d'effectif limité, a évidemment été entourée par une énorme expansion d'une classe ouvrière salariée, tandis que s'épaississait peu à peu, entre ces deux classes fondamentales un intermédiaire qui s'est lentement diversifié en fonctions variées, d'inégale valorisation sociale : employés, ingénieurs, techniciens, cadres, etc. Tout ce monde en fermentation permanente n'a cessé de s'enfler, sous des appellations changeantes, avec des statuts différenciés depuis les proches collaborateurs du capital jusqu'aux salariés déclinant vers un statut ouvrier encore masqué par une titulature ancienne (tel est aujourd'hui, en France, le cas de maints "ingénieurs" ou "techniciens"). Ce même monde en devenir s'est mêlé, hors production et échange, 26 à diverses classes ou séquelles de classes anciennes, ancrées dans l'artisanat, la boutique, etc, comme dans les "services" marchands, y compris ceux des "professions libérales", le tout formant un magma de classes moyennes.

Je souligne ce point parce qu'un infini dégradé de nuances ne doit jamais faire oublier les couleurs fondamentales. Dans les sociétés où un mode de production capitaliste est prépondérant, une bourgeoisie et une classe "ouvrière" (= salariée, subordonnée au capital) sont les deux classes fondamentales, celles par rapport auxquelles toutes les autres classes, leurs sous-couches diverses, leurs séquelles et leurs embryons, prennent leur sens, y compris les classes enracinées, par ailleurs, dans l'appareil d'Etat. Mais cette clé générale n'ouvre aucune porte, si l'on ignore les structures idéologiques 27 qui façonnent les représentations des hommes-en-société. Une objection déclinée d'innombrables manières conseille de s'en tenir aux seules représentations finales ainsi façonnées - et ce, jusqu'à nier souvent qu'il y ait quoi que ce soit de fondamental en amont desdites représentations. Cette sottise revient à ignorer que l'humanité (et toutes ses institutions) ne vivent et ne survivent qu'au prix d'une production économique donnée, laquelle est un incessant renouvellement (et, s'il se peut, un élargissement) d'une "valeur ajoutée" dont le partage primaire s'opère entre profits, salaires, rentes 28 et impôts, pour se diffracter de plus en plus - en un ensemble de partages vitaux qui sont la manifestation primaire de luttes de classes de plus en plus subdivisées.

A quoi s'ajoute une difficulté majeure, quand l'ancrage des classes se disperse entre des sociétés diverses, voire lointaines, plus ou moins différentes les unes des autres.

(2) - Pour s'en tenir à la distribution spatiale des classes, il faut d'abord centrer l'attention sur les classes fondamentales. Cela revient à observer la distribution territoriale de celles-ci, aux divers stades de la concentration du capital, du développement étatique et de l'extraversion des principales puissances. Tout ceci en suivant la trajectoire du premier au quatrième système mondial capitaliste.

Au départ, l'exemple de la France est pertinent, parce que ce pays est l'un des premiers - après l'Angleterre et la Belgique - a être pénétré par le mode de production capitaliste, à disposer d'un Etat délimitant nettement "sa" société et à projeter, néanmoins, des tentacules coloniaux et marchands vers le reste du monde. Encore faut-il clarifier le vocabulaire utilisé : le capital désigne un rapport de production, finement analysé par Marx, qui sert d'épine dorsale au mode de production capitaliste, mais le capitalisme est un dérivé de ce terme qui peut se charger de significations, liées mais diverses, selon le champ social qu'il embrasse. Ici, en visant par priorité la géographie des classes sociales, j'appelle capitalisme l'espace occupé par des formations économiques dont le mode de production capitaliste industriel (puis l'un de ses dérivés ultérieurs) est la force prédominante. Le système mondial devient capitaliste lorsqu'il est dominé par des sociétés où règnent de telles formations économiques, c'est-à-dire à partir des 18è-19è siècles.

Tout au long du 19è siècle, on assiste à la lente cristallisation de bourgeoisies d'échelle régionale. Peu à peu, des institutions au premier rang desquelles figurent la banque et la bourse commencent à lier entre elles les bourgeoisies lyonnaise ou lilloise, marseillaise ou rouennaise et ainsi de suite. Cette émergence d'une bourgeoisie nationale a été précédée par l'Etat uniformisateur d'administrations sur tout "son" territoire, mais ne se traduit guère par l'existence d'entreprises d'échelle nationale, hormis les usines d'armement (à client étatique unique), certaines sociétés métallurgiques, les compagnies de chemin de fer et quelques rares autres installations. Au 20è siècle, en revanche, les industries nationales se multiplient rapidement, surtout après 1920, dans le deuxième système mondial capitaliste. Les classes ouvrières salariées suivent évidemment ce mouvement et rejoignent ainsi les salariés d'Etat (bientôt prépondérants dans l'appareil de celui-ci). Les associations (partisanes ou syndicales), la presse et les élections généralisent une évolution esquissée au siècle précédent : des classes d'échelle nationale prennent figure.

Rares sont alors, les entreprises qui se déploient dans tout l'espace national et qui en débordent vers des marchés extérieurs ou vers des colonies. Même pour vendre et installer des chemins de fer, les producteurs européens se contentent le plus souvent d'apporter, par filiales ad hoc, une assistance commerciale et technique, sans immobiliser leurs capitaux dans l'exploitation des voies installées.

(3) - Au 20è siècle commence l'ère des firmes multinationales, par un mouvement d'abord timide, puis ralenti par la crise des années 1930 et dévié par la deuxième guerre mondiale, si bien que les "groupes" n'acquièrent une pleine visibilité (sinon une réeelle transparence...) qu'à partir des années 1950 et suivantes. Ces firmes sont toujours des grappes d'entreprises diversement ordonnées et réparties sur le territoire de leur pays d'origine, lesquels groupes deviennent multinationaux en se prolongeant par d'autres filiales ou succursales dans un nombre croissant de pays étrangers. C'est seulement dans une partie d'entre eux que les capitalistes contrôlant un groupe donné et la hiérarchie qui l'anime incluent des nationaux autres que ceux du pays d'origine, alors qu'en toutes circonstances, le pôle "salarié" de leur activité est occupé par des travailleurs d'extraction locale, lesquels pénètrent peu à peu dans les rangs subalternes de l'encadrement.

Tous ces groupes épaississent leurs états-majors et leurs cadres d'officiers supérieurs ou de rang moyen. En outre, leurs activités à l'étranger les amènent à exporter des cadres infèrieurs et des techniciens pour former et encadrer la main d'oeuvre locale, jusqu'à ce que celle-ci puisse produire des contingents de "sous-officiers" et de techniciens qualifiés qui soient de bons serviteurs des intérêts (capitalistes) du groupe.

Autrement dit le déploiement des groupes d'entreprises provoque toujours un épaississement et une diversification des couches moyennes entre les classes fondamentales. Ceux des groupes qui deviennent multinationaux diversifient, en outre, leurs classes salariées inférieures et moyennes, en termes de nationalité (c'est-à-dire d'origine et de culture). Une complication supplémentaire résulte du fait que les groupes multinationaux ne recrutent pas toujours l'ensemble de leurs salariés ordinaires dans le pays lointains où sont installées leurs usines et mines, mais les importent d'autres provenances. Bref, le feuilletage des classes sociales se colore d'une gamme de nationalités.

Par ailleurs, des changements majeurs interviennent dans ces groupes, du côté de la classe capitaliste : le temps n'est plus où les familles apporteuses du capital occupaient avec leurs associés et leurs "clients" tous les postes supérieurs, car outre des renforts (et contrôles) supplémentaires venues des banques apporteuses de capitaux additionnels, la hiérachie des cadres supérieurs non-familiaux et non-bancaires acquiert une importance et une influence telles que les directeurs généraux, les administrateurs centraux et même les "grands patrons" et autres n° 1 quelle qu'en soit l'appellation sont extraits de cette hiérachie par des procédures où les alliances matrimoniales et les influences bancaires comptent moins que l'innovation technico-scientifique, les prouesses marchandes et autres ou le sabre d'abordage manié d'une main ferme. Galbraith a très bien analysé cette montée en puissance de la "technostructure", que l'opinion publique perçoit en rangeant les hauts ditigeants des groupes parmi les "technocrates".

(4) - Cette technocratie est renforcée par les hauts dirigeants des entreprises publiques qui, parfois proviennent de technostructures privées ou y achèvent leurs carrières, en pantouflant ainsi aux côtés d'anciens de leurs filières professionnelles (X, ENA, autres "grandes écoles", Préfectorale, etc. - tous exemples français qui ont des équivalents dans maints autres pays européens). Les entreprises publiques - dont les plus importantes sont à la tête de groupes presque en tous points analogues à ceux du secteur privé - ne se distinguent des "services publics" que par les détails de leurs statuts et l'échelle de leurs rattachements administratifs (ministères étatiques ou collectivités locales). Sous d'autres noms, ces entreprises et quasi-entreprises à-la-française ont des répondants dans presque toute l'Europe. Le "secteur public" qu'elles forment toutes ensemble est né, pour l'essentiel, au 20è siècle. 29 Auparavant il n'existait que des services municipaux (eau, pompiers, etc) et de rares "administrations" nouvelles telles les Postes - dont les équivalents étrangers ont parfois pris, dès l'origine, la forme de sociétés commerciales bordées par des obligations réglementaires. Au 20è siècle, les guerres mondiales et les crises des années 1930 ont entraîné leur éclosion multiforme, par création directe ou par "nationalisation" d'entreprises privées prééxistantes. Puis, sitôt après 1945, leur nombre et leur taille se sont accrus pour des raisons diverses : réorganisation d'entreprises de guerre; sanction de dirigeants (p.ex. Renault en France ou les Hermann Goering Werke du IIIè Reich, etc); innovations technico-militaires (aviation, atome, espace, etc.); souvent aussi, poussées syndicales, telles celles qui ont conduit, un peu partout, à la nationalisation des houillères; etc.

Pour l'essentiel, les firmes publiques ont été encadrées par une technostructure du genre déjà évoqué et ont fait usage d'une classe salariée aux nuances et aux statuts semblables à ceux du secteur privé, à ceci près que "l'Etat-patron" est généralement plus respectueux de ses propres lois fiscales et "sociales" que la bourgeoisie privée. Par ailleurs, les "services publics" - quand ils n'étaient pas dotés d'un statut industriel et commercial les rapprochant des firmes nationalisées - ont été soumis à des normes administratives identifiant leurs cadres et salariés aux fonctionnaires de rang comparable.

(5) - Dans l'actuel système mondial, les principaux changements concernent les groupes multinationaux, étant bien entendu que dans toutes les sociétés où le mode de production capitaliste prolifère, il atteint rapidement le stade que l'on peut dire capitaliste-monopoliste,30 cependant que le mode de production étatique-capitaliste, si puissamment développé en Europe, au 20è siècle (n° 4 ci-avant) mais combattu depuis lors, continue de progresser en Asie, notamment par reconversion du mode étatique-socialiste 31 chinois. Donc, l'heure est à la prolifération des multinationales de toute provenance, nord-américaines, européennes et australiennes, mais aussi asiatiques des "premiers tigres" (japonaises, coréennes, singapouriennes, taiwanaises, etc.) et, plus récemment, chinoises et indiennes. A quoi l'on peut ajouter quelques éléments plus courts, venant du Proche et Moyen-Orient, d'Afrique australe et du Brésil. La Russie commençant à s'équiper de même (pétrole, aviation, espace), il n'est guère que le gros de l'Amérique latine et de l'Afrique à n'être que cible de multinationales, mais non productrice de telles firmes et groupes.

Néanmoins, le classement desdits groupes, selon leur volume d'activité, leur diversification et leur capacité d'extraction de "valeur ajoutée" ailleurs qu'en leur pays d'origine est très étalé. Pour l'essentiel, les mastodontes sont pétroliers, avionneurs, informatiques ou "assembleurs d"automobile", mais il est vrai que nombre d'entre eux se sont déspécialisés : virtuellement ils touchent à tout ce qui est rentable, ils naviguent du verre au yaourt comme BSN devenu Danone, etc. Mastodontes ou non, ils tendent tous à dénationaliser leur fiscalité et leurs placements, mais plus encore leur dispersion de mines, d'usines, d'entrepôts et de sociétés connexes (vente, après-vente, assurance, transport, crédit, etc). A la dénationaliser, certes, mais pas au point d'abandonner la protection virtuelle de leur Etat d'origine, si précieuse en cas d'émeutes, révolutions, crises, expropriations et autres pépins majeurs où le recours aux diplomates, voire aux soldats d'un Etat puissant a son prix - que, d'ailleurs ils ne paient guère, quand leur "matière imposable" est bien calfeutrée dans quelque paradis fiscal.

Tels sont les agents principaux de l'actuelle "mondialisation" du mode de production capitaliste-monopoliste (et des formes antérieures qui tendent à rejoindre cet Idealtype). Si bien que pour juger des luttes de classes d'aujourd'hui, sans trop se perdre dans le dédale des luttes agraires, artisanales, boutiquières et même latifondiaires qui mobilisent encore la majorité des populations, mais ne brassent pas la majeure partie des "valeurs ajoutées", il faut fixer l'attention sur ces groupes et suivre les migrations internationales de leurs "valeurs ajoutées".

(6) - Le partage primaire de ces "valeurs ajoutées", c'est-à-dire des contributions au "revenu national" des multiples pays inclus dans l'aire géographique des firmes multinationales doit être identifié, dans toute sa nudité, sans chercher à suivre prématurément les embranchements et déviations que ces fleuves de produit brut chargé de plus-value doivent emprunter jusqu'à leur terminus en revenu final, car les comptables et statisticiens d'aujoud'hui peinent à voir clair dans ces deltas marécageux. Leurs outils sont surtout de portée nationale, dans un monde où de rares CNUCED ou PNUD essaient de voir clair au delà des frontières, sans que les OMC ou les OCDE leur soient d'un grand secours.32 Font défaut les outils statistiques transnationaux, les Etats désireux de les élaborer et les concepts pertinents pour éclairer ce travail.

Fort heureusement, au niveau de généralité où l'on doit ainsi se tenir, au stade actuel de la propagation mondiale du capitalisme, un repérage élémentaire est possible, en se référant aux quatre parties prenantes primaires entre lesquelles la plus-value se répartit nécessairement.

Le lecteur que cette proposition choquerait (re)lira attentivement son intégrale de Marx, sans négliger les recherches qu'il consacre aux "faux frais de la production" que sont les impôt

Les rentes qui circulent dans le système mondial actuel sont des rentes foncières associées aux produits de la terre et des rentes minières (pétrole inclus). Les rentes immobilières peuvent être négligées, malgré le tourisme et les rivieras luxueuses et les rentes de monopole sont à déceler non au fil des échanges internationaux, mais dans les boucles des "entrepôts" et autres rétentions où les produits peuvent stagner, par exemple dans un pétrolier géant voguant en plei Atlantique, sans savoir si on le dirigera vers New-York ou Rotterdam. A condition de négliger les fraudes qui pulullent en Afrique centrale, telles celles qui permirent, en Angola, la longue guerilla de Savimbi, "auto-financé" par les ressources diamantaires locales, les rentes minières et pétrolières sont partagées entre les Etats (sur le territoire desquels se trouvent les mines et les gisements) et les compagnies qui exploitent ces ressources et les exportent. Les différentiels des coûts de recherche et d'extraction, d'un site à l'autre, et surtout les différentiels de rapports de forces entre Etats et compagnies se traduisent par une assez grande variabilité géopolitique du partage de ces rentes. Mais, vue d'Europe, la résultante est claire : les Etats et les compagnies de ce continent jouissent pleinement des rentes tirées des gisements anglais, norvégiens, hollandais et autres, tandis que toutes les compagnies pétrolières ramassent en outre une part substantielle des rentes tirées de sites extra-européens.

La résultante est un peu plus complexe pour les produits de la terre (y compris pêche, forêts, plantations, élevages et toutes cultures). Hormis quelques cas particuliers (comme l'exploitation forestière qui se rapproche du cas des mines), les produits exotiques ou banals des terres lointaines (et de leurs eaux environnantes) ne semblent être grevés que d'un profit marchand, parfois gonflé de surcroîts divers (monopoles, stockages, transformations) mais non supérieurs, en principe, aux plus-value que les bourgeoisies locales pourraient tirer - et tirent effectivement - des mêmes ressources, si elles en capturaient pleinement le contrôle jusqu'aux utilisateurs finals. Néanmoins l'Europe - ou, de même, à quelques détails près, les Etats-Unis et le Japon - entretient ses propres paysans en les protégeant de la concurrence des prix marchands mondiaux, grâce à la PAC (voir annexe 1), laquelle a deux effets : d'une part elle prive de débouchés les producteurs du lointain ou en réduit considérablement le volume et la rentabilité; d'autre part, elle fait porter aux contribuables euriopéens le coût intégral de la PAC qui subventionne les paysans européens (et les pêcheurs, etc.).

Profits et salaires requièrent moins d'explications, car dans toute l'Europe, les activités locales procurent sans doute l'essentiel de ceux-ci, même si une vue plus fine devrait tenir compte des immigrés d'autres pays d'Europe qui contribuent aux profits de leurs pays d'accueil. Pour le reste, les bourgeoisies européennes, utilisatrices de travailleurs extra-européens - soit immigrés en Europe même, soit employés dans des entreprises délocalisées au lointain - jusqu'en Chine et aux Indes - tirent de ceux-ci un supplément de profits (particulièrement substantiel au lointain), tandis que les salariés européens expatriés dans ces entreprises délocalisées y trouvent des salaires supérieurs à ceux que leurs emplois métropolitains offriraient. Enfin, on ne commet sans doute aucune erreur grave en estimant que dans les investissements exploités par des groupes européens, dans des pays étrangers de développement voisin de celui de l'Europe, la balance entre les profits tirés de ces Amériques et autres Japon et les profits que les multinationales de ces mêmes pays étrangers tirent de leurs activités en Europe est à peu près équilibrée. Je ne suis pas sûr qu'on puisse en dire autant pour les salaires des uns et des autres, mais je n'en puis juger, faute de données globales pertinentes.

Reste les impôts qui sont affectés de deux manières très différentes. D'une part, les rentes, profits et salaires tirés d'activités extra-européennes s'exposent à des prélèvements allégés soit du fait de fiscalités locales clémentes ou distraites, soit grâce au recours à l'écran des paradis fiscaux, soit enfin du fait des indulgences législatives et des négligences administratives des fiscs européens. En allégeant ainsi les impôts payés par les Européens au titre du lointain, tous les Etats d'Europe perdent une part substantielle de leur matière imposable, alors qu'ils supportent, du même coup, les subventions de la PAC et autres aides à l'exportation, mais aussi les coûts sociaux résultant des délocalisations d'entreprises (chômage, reconversion, etc.) et enfin, les surcoûts "de souveraineté" induits par les activités du lointain (interventions et sauvetages en Côte d'Ivoire ou en Angola, pour ne prendre que des exemples français récents).

Il est vraisemblable que le total actif et passif à prendre en compte n'est pas de même structure pour chacun des pays européens pris isolément, et ne correspond pas à ce que donnerait un partage au prorata des populations, ni même au prorata des PIB, mais on ne pourra juger de ceci qu'après le bâti (éventuel) de statristiques convenables. En revanche, on peut s'appuyer sur la présente analyse schématique pour caractériser mieux qu'il n'est d'usage la géographie des luttes de classes, en France par exemple.

(7) - Les luttes de classes en France. Je le répète, ces luttes ne se réduisent pas à leur ossature économique et ont bien des enjeux politiques et culturels. Mais il reste que le partage de la "valeur ajoutée", cumulée en revenu national, est au coeur ou à l'arrière-plan de chacune de ces luttes. Par schématisation supplémentaire, je laisse de côté les luttes - d'ailleurs classiques - qui se jouent à l'échelle des entreprises génératrices de revenus salariaux et de revenus du capital, et j'ignore de même les inflexions et distorsions de cette première découpe que provoquent les activités des banques et de tous autres intermédiaires financiers (bourse, assurances, etc.) pour fixer l'attention sur les décisions politiques (Etat, y compris ses échelons locaux et ses antennes "sociales", de statut adminisdtratif ou non). Dans le champ opératoire ainsi dégagé, on peut voir clairement

- que l'Etat est le protecteur des classes rurales, grâce à la PAC et aux compléments qui l'abondent; qu'il prive, de ce fait, toutes les autres classes des réductions considérables de prix qui résulteraient d'importations libérées, ce dont souffrent particulièrement celles des classes salariées ou assistées pour qui l'alimentation, l'habillement, etc. représentent une part considérable du budget familial;

- que la libération des importations, visées ci-avant, n'aurait un effet bénéfique que dans la mesure où la protection traditionnelle du "petit commerce" et les habiletés manoeuvrières du "grand commerce" etaient rabotées en conséquence, par des politiques pertinentes;

- que la large utilisation par l'Etat des "recettes pétrolières" a pour effet, d'un côté, d'alourdir la fiscalité indirecte au détriment des classes les moins fortunées, néanmoins obligées d'utiliser l'automobile, etc., cependant que, d'un autre côté, elle convertit l'Etat en défenseur des compagnies pétrolières nationales renforçant leur position rentière et encourage "involontairement" les fraudes et "générosités" dont ces compagnies peuvent se rendre coupables;

- que l'Etat, spectateur impuissant ou indifférent des "délocalisations" d'entreprises, devient de fait "l'allié" des bourgeoisies du lointain, chez qui il favorise le développement du capitalisme et "l'ennemi" des classes salariées nationales dont le poids relatif se réduit dans son propre pays.

Les réflexions précédentes doivent être comprises sans prêter à l'Etat - c'est-à-dire à ses agents gouvernementaux, parlementaires ou de haute administration - une intentionnalité néfaste car celle-ci peut être totalement absente, sans que rien soit changé. En effet, la résultante globale du système mondial en vigueur, à son présent stade de développement est de convertir l'Etat - le français comme les autres européens - en écran déformant les luttes de classes. Pour n'insister que sur le seul exemple de la PAC, l'écran étatique national et la PAC coopérativement activée avec les autres Etats européens qui redouble cet écran, empêchent les classes salariées de s'opposer aux classes paysannes dans chacun des pays européens et empêchent les classes paysannes du lointain de s'opposer clairement et frontalement à leurs antagonistes européens réels. Autrement dit, l'internationalisation croissante des échanges dans le monde actuel obscurcit les conflits sociaux nationaux jusqu'à les faire avorter, et du même coup prive les Parlements nationaux de l'occasion, voire de la possibilité de s'en mêler. Les luttes de classes se métamorphosent en luttes purement internationales d'apparence. Les instances politiques aptes à en connaître - et, éventuellement, à agir - se situent "au dessus" des Etats, soit dans les rencontres coopératives de ceux-ci (le G7, la CEE-UE, ,etc.) soit dans des institutions précises qui ne sont pas encore perçues comme foyers mondiaux des luttes de classes : pour l'essentiel, l'OMC et le FMI (ce dernier apparaitrait tel si l'on avait examiné, ici, les échanges internationaux sous l'angle monnaie/crédit et non sous l'angle produits/revenus)..

 


 

NOTES

de l'Annexe 3

 

  23 Notamment des modes de production et des types d'Etat inclus dans ces formations, tous sujets pour lesquels je renvoie aux six volumes de La Société et à leurs enrichissements dans mes ouvrages ultérieurs.

24 A ne jamais confondre avec le mode capitaliste marchand dont il est issu : voir La Société, tome 2, Les Structures Economiques.

25 Voir La Société, tome 4, Les Appareils.

26 C'est-à-dire par inter-mariage, cohabitation locale et autres connexions.

27 Voir La Société, tome 6, Les structures idéologiques.

28 Les rentes sont acquises dans les divers modes de production exploitant des sites naturels (agriculture, mines, pétrole, logements, etc.).

29 C'est-à-dire dans le deuxième système mondial capitaliste (des années 1910 aux années 1940) et surtout dans le troisième ( des années 1940 aux années 1980), après quoi le reflux a commencé dans l'acruel système mondial en formation depuis 1990.

30 Voir La Société, tome 2, Les Structures Economiques

31 Voir La Société, tome 2, Les Structures Economiques

32 CNUCED : Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement; PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement; OMC : Organisation Mondiale du Commerce; OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement Economique.


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