ACCUEIL 

UN SOUS-ENSEMBLE DANS LE SYSTEME MONDIAL

 

LES INDES

Introduction

***

Dans l'ensemble de cette région, la machinerie du système mondial n'opère pas de façon aussi radicale qu'en Asie du nord-est. L'inertie d'une population dont le nombre et la densité sont du même ordre de grandeur qu'en Chine semble, ici, plus contraignante. Il faut donc prêter attention aux handicaps structurels qui limitent la souplesse actuelle des Indes, sans plaquer sur celles-ci des caractéristiques jadis avérées, mais qui n'ont pas perduré. Il faut aussi se garder des fantasmes que l'Europe des 15è-19è siècles projeta.sur des Indes qu'elle disait "orientales", plus que sur "l'Extrême-Orient".
[2 - Bangladesh; 3 - Sri Lanka; 4 Bhoutan]
L'Inde d'aujourd'hui, c'est-à-dire L'Union Indienne - écrase de sa masse centrale une série d'Etats, substantiels comme le Pakistan, le Bangladesh et même le Sri Lanka ou d'échelle quasi européenne comme le Bhoutan ou le Népal. L'Afghanistan est un cas limite, discuté plus loin, que l'on retrouvera également lors de l'examen de deux autres sous-ensembles du présent système mondial : un pays frontière, en somme, qui servit souvent de couloir d'accés aux Indes. Outre l'archipel des Andaman et Nicobar et celui des Lacquedives qui font partie de l'Union Indienne, le panorama régional devrait encore faire place aux îles Maldives qui sont indépendantes, mais la place manquera pour leur consacrer plus qu'une allusion.

L'Inde n'est pas une sorte de Rome éternisée à la manière chinoise, avec pulsation de royaumes "combattants" et d'un vaste empire. Elle ne ressemble pas non plus à l'Europe du 16è siècle, celle des "guerres de religion" récurrentes. Et pas davantage à l'Europe s'agrégeant, vaille que vaille, du Zollverein à l'Union Européenne. Hormis l'Afghanistan, rebelle à la colonisation, le sous-système mondial que forment les Indes actuelles n'a été rassemblé sous une même autorité qu'au cours du siècle ultime du Raj britannique, lequel a pris fin avec la Partition de 1947. Le Raj, d'un mot hindi signifiant "règne", en vint à désigner l'empire britannique des Indes en son entier, y compris la Birmanie (aujourd'hui nommée Myanmar) pays sur lequel l'Union Indienne ne semble pas avoir de visées, quoi qu'en ait dit Chou En Lai, quand la guerre froide eût affadi "l'esprit de Bandoung" (1955). A la différence du Brésil qui a construit sa prépondérance régionale au milieu d'Etats préformés par les colonisateurs et de maturation tardive, le sous-système mondial où prévaut l'Inde est d'une grande originalité géopolitique. S'il présente, comme l'Amérique latine, une spécificité culturelle, c'est par le fait d'une très longue histoire, commune à bien des égards. Les Indes ont été marbrées par des flux civilisateurs, mûris sur place ou importés et longuement retravaillés, mais sans que tous leurs territoires aient jamais été simultanément soumis au même modèle, au même labour civilisateur. Leur contemporanéité s'est établie, par un mouvement lent et encore lacunaire, sous le Raj britannique, mouvement qui s'est peu à peu accéléré depuis les indépendances, mais dans les limites dessinées par la Partition britannique.

Les repères auxquels se reconnaissent les sous-systèmes distincts du monde actuel ne laissent aucun doute, quant à la spécificité des Indes :

a) Entre Himalaya et océans, cette région forme bien un monde à part, même si le plateau afghan qui la borde au nord-ouest a souvent été, via la passe de Kyber, le couloir par où se sont infiltrées diverses armées conquérantes. C'est seulement au nord-est qu'aucune barrière naturelle ne la délimite : les collines birmanes couvertes d'une jungle épaisse ne sont qu'une marche frontière entre les vallées fécondes et surpeuplées du delta commun au Gange et au Brahmapoutre et des terres birmanes mal exploitables.

b) Le climat démographique des Indes, sans être homogène, n'en est pas moins caractérisé par un ralentissement des naissances, souvent encouragé depuis l'indépendance et poursuivi sans trop d'à-coups. On est loin des freinages japonais ou chinois, mais plus loin encore des exubérances mal contenues du Moyen-Orient ou de l'Afrique.

c) Le climat économique présente des contrastes analogues : il n'est pas aussi "torride" que celui du nord-est asiatique, mais il surclasse néanmoins les langueurs des régions moyen-orientales ou africaines.

d) Le climat politique est loin d'être caractérisable par "la plus grande démocratie du monde" que serait l'Union Indienne, mais il est quand même le fait d'Etats souvent solides et de sociétés civiles plus développées qu'en tout autre pays d'Asie, hormis le Japon et certains de ses petits voisins.

e) Les profondes parentés civilisationnelles, déjà évoquées, sont pleinement distinctives, même dans les zones où l'islam a fortement surimposé sa marque.

**
Les Indes sont un quartier aussi lourdement peuplé que le "monde sinisé". Pris ensemble, ces deux sous-systèmes contiennent près de la moitié de la population mondiale actuelle. On est donc, ici, dans un domaine où les détails importent moins que les mouvements massifs, pour qui veut comprendre en quoi les Indes sont affectées par la machinerie du monde actuel et à quel point elles la subissent - ou la freinent.

Leur examen sera développé ainsi :

§1 - Les handicaps réels des Indes

§2 - Des Etats assez stables et parfois souples

§3 - Un développement plutôt lent, mais assez continu

§4 - Les Indes entre elles

§5 - Les Indes vues de loin

§6 - Les Indes, grande puissance du 21è siècle ?


Grandes régions du monde actuel / Le N-E asiatique (ou : le monde sinisé)/ Le Centre-sud asiatique (ou: les Indes)/


Un sous-ensemble dans le système mondial actuel : Les Indes

Introduction / §1 - Les handicaps réels des Indes / §2 - Des Etats assez stables et parfoid souples / §3 - Un développement plutôt lent, mais assez continu / §4 - Les Indes entre elles / §5 - Les Indes vues de loin / §6 - Les Indes, grande puissance du 21è siècle ?